LES ELEGANCES DE LAWRENCE
Dès lors, la carrière de Lawrence se poursuit magnifique. Il est le portraitiste officiel de la cour, le peintre du Roi et du monde tory (tandis que Romney est plutôt celui du prince de Halles et des iv/tigs). Il a des liaisons éclatantes, avec les deux tilles de Mrs. Siddons, par exemple, et, dit-on même, avec la reine Caroline. Enfin, rien ne lui manque. Il demande pour ses ouvrages des « cachets » inouïs : 200 guinées pour le buste, 800 et au-dessus pour le portrait en pied. Il a un train de prince, des collections immenses. Académicien à vingt ans, président de l'Académie après la mort de West, sa réputation cependant, franchissait le détroit. Il figure, en 1825, à Aix-la-Chapelle, puis à Vienne, voyageant avec les ministres et les généraux diplomates, installant son chevalet à la porte des ambassades, et siégeant comme historiographe en titre de la Sainte-Alliance. 11 occupe une situation internationale : de la Hofhurg au Vatican, il se transporte tour à tour de congrès en conclaves, ne peignant que des têtes illustres, laurées ou couronnées, des vainqueurs, les héros ou les héroïnes de la gloire ou de la beauté, mais vite usé ;i ce métier, et Unissant par mourir subitement, de surmenage, en écoutant des vers, à soixante ans...
Après l’excès de la louange, Lawrence a éprouvé celui de l’injustice. La vogue qui l avait porté pendant sa vie se retourna contre lui après sa mort. C’est pourtant un merveilleux peintre, le plus original des portraitistes anglais, depuis l'autre Thomas, — c’est Gainsborough que je veux dire. 11 a sans doute une « manière », un type d’aristocratie un peu artificiel, une façon d’allonger les corps en signe de distinction, une complaisance irritante à marquer ses modèles des caractères de la « race » ; il amincit la peau pour laisser transparaître aux tempes le « sang bleu »; il abuse des luisants qui nacrent le bord du nez, humectent les lèvres, opalisent la sclérotique et « escarbouelent le regard » ; il affine, amaigrit les doigts et les attaches ; il a la coquetterie des chiffons, des velours où les cassures mettent du caprice et des éclairs, des accessoires qu’il exécute avec mille roueries, et où il excelle à épingler d’imprévus et piquants « effets ». 11 flatte, il est snob, il manque de naturel, il idéalise tout le temps. Mais est-il. en cela, plus effronté que Van Dvek ? Quelle sincérité dans sa passion du fashionable ! Que ces élégances apprêtées expriment bien leur temps ! Quelle magie quelquefois il sait mettre dans une robe, quelle féerie se joue dans ses romantiques décors! Delacroix l’admirait et le loue infiniment : « Sa prodigieuse finesse de dessin, la vie qu’il donne à ses femmes, qui ont l’air de vous parler, lui donnent comme
Lawrence. — Georges IV. (Ilampton Court.)
Cliché Anderson.