LES FEMMES DE LAWRENCE
peintre de portraits une sorte de supériorité sur Van Dyck lui-même dont les admirables figures posent tranquillement. Et l’éclat des yeux, les bouches enlr’ouvertes, qui les a rendus comme Lawrence ? »
Certes, Lawrence est un des grands peintres de la femme, le dernier qui ait su, dans une langue appropriée, représenter cet être désormais disparu : la femme du monde dans son acception la plus haute, la femme de Cour. Comparez seulement les femmes de Winterhalter à celles de Lawrence, et le second Empire à la Restauration! Et puis, Lawrence a un domaine, où il est de son temps unique et sans rival : le grand portrait de style, officiel et d’apparat. La peinture moderne n'a rien à opposer aux trente-quatre Lawrence du château de Windsor, et surtout aux dixneuf d’entre eux qui décorent la salle dite de Waterloo. C’est l’assemblée de toute l’Europe alliée contre la France, de la coalition qui fracassa nos aigles aux Quatre-Bras. Une des plus formidables tragédies de l’histoire est écrite dans ces portraits de rois, de ducs, de maréchaux, où ne manque qu’une seule figure, la plus grande, celle du Titan vaincu qui accable toutes les autres de sa ruine sublime. Dans ces pages à grand orchestre, chamarrées, galonnées, blasonnées, pavoisées, l’imagination théâtrale de l’artiste semble une convenance du sujet; le prestigieux praticien fait miracle dans les étoffes, les draperies décoratives, les sonorités d’une palette splendide et assourdie; et l’admirable physionomiste, le souple et aigu courtisan, respectueux de l’étiquette et des grandeurs de chair, mais habile à saisir les nuances et les valeurs sociales, n’a jamais trouvé plus belle occasion de s’exercer. Cette étonnante galerie est un des monuments de l’art et de l’histoire au xixe siècle. Elle suffirait à mettre son auteur au premier rang des peintres.
La miniature. Conclusion. — Lawrence a sur son siècle un empire prépondérant : ses contemporains ne font guère que le répéter ou le refléter. On peut donc se contenter de nommer William Owen (1769-1825), Martin Shee (1769-1850) et Thomas Phillips (1770-1845), qui a faille portrait de Lamartine.
Mais il faut dire un mot de la miniature. De tout temps, depuis Holbein, Hilliard et Oliver, elle a été en Angleterre un genre national. Elle obtint, vers la fin du xvme siècle, un regain de vogue extraordinaire. Le nom le plus fameux en ce genre est celui de Richard Cosway (1742-1823), dont la mode, en son temps, frtr une manière de grand homme, qui promena en France, à Rome, autant qu’en Angleterre, sa carrière vagabonde