L ILS COLLECTIONS DE FREDERIC II
servile des procédés. Par là périt le peu de génie dont lAUemagne pouvait encore disposer pour la peinture.
Deux grandes influences successives dominent à cette époque. De 1700 à 1720, on collectionne en Allemagne l’école hollandaise; c’est donc des Hollandais que les peintres indigènes essaieront de se rapprocher. Tel est le cas, par exemple, pour Balthazar Denner (1685-1749), un Gérard Don plus minutieux et plus bourgeois encore, qui ne s'arrête pas de peindre à la loupe des rides et des poils, d’accumuler des notes insigniliantes et insipides; c’est encore le « perspectiviste » Thiele (1685- 1752), ou l’animalier Ridinger (1698-1767), ou le versatile Dietrich (1712- 1774), qui touche à tous les genres et reproduit, avec une prolixité stupéfiante, les ell’ets de Rembrandt, d'Ostade, de Poelenburget de Berchem, en donnant à tous ses tableaux un uniforme et ennuyeux poli de porcelaine.
Quelques années plus tard, de 1730 environ à 1750, c’est le tour de l’école française. En vain un maître comme Tiepolo vient-il dépenser à Würzbourg la fantaisie prodigue et la magnificence d’une imagination décorative incomparable; en vain un Belloto exerce-t-il à Dresde l’art charmant des Canaletto et des Guardi : ce sont les Français qui triomphent et c/est Paris qui donne le ton. Le prestige éclatant de la société française impose à toute l'Europe nos modes et nos goûts. Pour l'heure, il n’est de culture et de politesse que de chez nous. Toutes les Académies littéraires d’Allemagne écrivent en français; les Académies de peinture ont des Français pour directeurs. Enfin on se dispute les œuvres de nos artistes : l’Allemagne est le grand marché de notre école à l’étranger.
Le plus ardent des amateurs est le jeune prince royal de Prusse, le futur Frédéric If. Par ses correspondants, ses rabatteurs, Voltaire, d’Argens, Algarotti, il se constitue une galerie, la première du monde pour la peinture française du début du xviiT siècle. Le premier peintre de la cour, le bon Antoine Pesne, un Français lui aussi, multiplie les portraits du roi à tous les âges, et imagine à Sans-Souci le décor « rococo » du salon de musique, le délicieux salon de la Barberina. Mais les maîtres favoris du prince philosophe, ce sont nos « petits-maîtres », nos peintres de « fêtes galantes » : Watteau, Pater, Lancret, qu'il adore, le grand réaliste, [tour la diversion qu’ils ouvrent à sa pensée, et pour ce qu'il y trouve de vagues voluptés et de tendresses flottantes dans les doux horizons de leur nature imaginaire. Ainsi nos peintres faisaient régner jusqu’aux bords de la Sprée leur idéal de grâce romanesque.