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CHAPITRE II

DANEMARK : CARSTENS 1754-1798',

A eux deux, toutefois, Mengs et Winekelinann, ils n’en sont pas moins responsables, par leur exorbitante gloire, d’avoir jeté la peinture allemande sur cette fausse route oii elle s’engagea pour longtemps. Bien peu de leurs compatriotes échappèrent à leur exemple : tous se perdirent. Qui se souviendrait aujourd'hui d’un paysagiste comme Hackert (1737-1807) ou d’un Wilhelm Tisehbein 1751-1829), si leurs noms ne se rattachaient à un plus grand qu’eux-mêmes, et si l’on ne se souvenait que ces Teutons médiocres furent les camarades et les amis romains de Goethe?

Et pour tous les pays du Nord, même en dehors de l'Allemagne, le néo-paganisme de Winekelinann devint un Evangile ; sa parole fut un mot de ralliement contre la France : ce fut la coalition de tous les germanismes. Une banquise glacée souda tous les pays aux bords de la Baltique. C’est même en Danemark, avec un Ahildgaard (1743-1809) ou un Asmus Carstens 1754-1798), — pour ne rien dire de Thorwaldsen — que la foi nouvelle trouva ses plus intrépides prosélytes. Carstens est le type et le martyr de cette race d’hyperboréens. Qui a vu, à Weimar, ses compositions incroyables, où se battent les souvenirs d'Homère, de Pindare, de Milton, d'Ossian, son Mégapenthes, ses Argonautes, sa Chute des anges (plus de huit cents figures !), ne revient pas que de pareils rêves soient éclos dans la tète d’un ancien garçon de cabaret, occupé jusqu'à vingt-huit ans à rincer des bouteilles et à soufrer du bordeaux dans une cave de Copenhague, et qui mourut à quarante-quatre ans. Des cosmogonies délirantes roulent éperdument dans ce cerveau mégalomane. C'est une imagination de malade et d’halluciné : un « primaire » qui se croit Titan. Il a tous les matins une idée de Jugement dernier ; et il l’exécute sur-le-champ, sans se gêner, - — tout, au moins le carton, car, à ce degré, l’idée seule passionne l’artiste, et il n’est plus question des mérites du

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