‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 348 sur 391 · MENGS ET L’ANTIQUITÉ · texte numérisé non relu

MENGS ET L’ANTIQUITÉ

vaincre, chez le pauvre Antoine-Raphaël, une médiocrité foncière, l’absence complète du don divin.

C’est alors que le malheureux, dont l’indigence passait déjà pour pureté et noblesse de goût, fit connaissance avec Winckelmann, fraîchement arrivé à Rome ; ce fut pour lui le coup de grâce. Il s’éprit des doctrines de son nouvel ami ; reniant l’éclectisme et les maîtres de la Renaissance, il ne vit, ne respira plus que la Grèce toute pure. La Grèce ! Le rêve de Poussin, de Raphaël, de tant d’autres! Mais la débilité de Mengs est incurable. Son plafond du Parnasse, à la villa Albani, ne laissa pas d’être salué comme le chef-d’œuvre de tous les siècles. C’est pourtant une œuvre insipide, sans style et sans dessin, tant le dessin de Mengs est alors banal et vulgaire ; on est obligé de penser aux pires imitateurs de Flandrin et de Delaroche. Voilà ce que trop d’ambition, l’abus des théories, avaient fait d’un artiste né pour être un sage, appliqué et délicat ouvrier.

Et l’artiste lui-même, au milieu de sa fortune, finit par le comprendre. Appelé à Madrid, comme le régénérateur de l’art, il sentit se dessécher son cœur et son cerveau ; il renonça à l’art pour ne plus faire que de la critique, et revint, à cinquante et un ans, mourir à Rome, où il repose au Panthéon, aux pieds de Raphaël.

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