‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 351 sur 391 · SUISSE : LIOTARD, ANGELIKA KAUFMANN · texte numérisé non relu

SUISSE : LIOTARD, ANGELIKA KAUFMANN

La Suisse, le vieux pays des Urs Graf et des Manuel Deutsch, n’a plus d'école depuis la fin du xvi° siècle. Nulle part la Réforme n’a été prise plus au sérieux. Aussi les peintres, faute d’emploi, sont contraints de s’expatrier : tel est, par exemple, Grimou, qui se fait parisien, au point de compter encore dans l’école française. Ce fut encore le cas pour les autres artistes dont nous allons parler. Et cependant, en dépit de leur vie vagabonde, ils ont tous quelques traits de race, un accent de terroir et un air de famille.

Le meilleur de ces artistes, qui est presque un vrai maître, est le genevois Liotard 1702-1789). Il est le type même du cosmopolite, puisqu’il a travaillé à Paris, à Rome, à Venise, à Naples, à Constantinople, à Vienne, à Londres, à Amsterdam. C’est à Constantinople qu'il prit l'habitude de porter toute sa barbe, et arbora le turban et le caftan du pays. Il s’appelait le « peintre turc », comme son compatriote Rousseau se promenait en Arménien. Il avait d’ailleurs plus d'un point de ressemblance avec ce dernier. 11 lui écrivait, par exemple : « J ai des idées singulières... Nous devrions, pour vivre longtemps, être nus, et marcher à l’ordinaire à quatre pattes; peut-être sommes-nous de la classe des animaux qui ne doivent point boire ». On ne dit pas si cet hygiéniste était un « pratiquant » et allait jusqu’à suivre son extravagant régime.

Avec tout cela, Liotard est un artiste charmant, un des deux ou trois pastellistes les plus exquis d'un temps qui en a tant produit, et de si bons. Son portrait de Mme d'Epinay (musée Rath, à Genève), est un modèle achevé de l’ancienne société française, la parfaite incarnation d’une « intellectuelle » d’alors, — de son extérieur, d’abord, et encore de tout son être. Son air, son geste, sa ligure, évoquent tout un « milieu »

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