‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 60 sur 391 · LE GENIE DE RUBENS · texte numérisé non relu

LE GENIE DE RUBENS

viennent, au secours du poète, l'élèvent et le dégagent. Elles purifient la chair comme elles excusent les violences. C’est par elles que Rubens, le [dus matériel et le plus terrestre des maîtres, s’égale aux plus nobles esprits. C’est par elles que son génie, le plus naturaliste de tous, se mêle au plus somptueux lyrisme. Son idéal, son éloquence, son spiritualisme, sa « gloire », ses beautés supérieures, tout cela est sur sa palette. C’est elle qui lui permet de tout oser et de tout dire sans jamais tomber dans le trivial, d’épouvanter et d’éblouir, de faire frémir et de consoler. C’est elle enfin qui donne un sens à cette œuvre, la plus vaste qui soit sortie du cerveau d’un artiste : et c’est elle qui fait de cette multitude de scènes antiques ou modernes, tragiques, luxurieuses, mystiques, embrassant sous ses mille formes, sans choix, sans parti pris, toutes les manifestations de la nature humaine, — le plus magnifique monument à la gloire de la vie.

L’influence de Rubens. — Aucun homme n’a exercé sur l’art une action égale à celle de Rubens. Non seulement la peinture flamande est tout entière issue de lui ; mais c’est, ou peu s’en faut, toute la peinture européenne qu’il a définie pour trois siècles.

Cet amalgame des méthodes flamande et italienne d’où sort au xve siècle l’école de Giorgione, et un siècle plus tard l’école des Carraches, aboutit dans son œuvre à une formule complète. Les plus hauts résultats d’ordre spirituel ou pratique obtenus dans les arts, de van Evck à Titien et de Corrège à Caravage, s’offrent pour la première fois dans une combinaison parfaite. L’éclectisme n’est ici qu’un nom qui veut dire la maîtrise savante de toutes les ressources du langage. Cette langue est égale à tous les aspects de la vie. Rubens s'en empare avec toute la force du génie le plus fécond et le [dus vaste. Si la loi du développement des arts tendrégulièrement vers le naturalisme, si d’àge en âge la conception du monde gagne en largeur, celui-là arrache toutes les bornes, il «ouvre la carrière infinie ».Et les écoles futures se contenteront d’exploiter des coins de son domaine.

Il résume tout le passé et, à quelques réserves près, contient tout l’avenir. De son temps, quelques points à peine échappent à son empire. A Rome, Poussin et Claude lui demeurent étrangers. L’Espagne, de son côté, est en dehors de son orbite : encore Velâzquez a-t-il eu avec lui un contact décisif. Mais en Hollande son influence, trop peu remarquée, fut immense. Rembrandt sans cesse fut tourmenté de ce radieux voisinage.

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