LA GALERIE FARNÈSE
molles langueurs et les asiatiques opulences du Tasse. L'aventure de Phinée l’éclabousse de sang. Le mythe cesse d’être le rêve objectif, imper-
sonnel de 1 humanisme ; il devient l’opéra de nos sensualités. Ce n’est pas sans grandeur qu’Annibal accomplit cette métamorphose et mêle une âme moderne aux fictions antiques.
MORT D ANNIBA.L CARRACHE
Peu d'œuvres l’égalent en importance dans l'histoire de la peinture. C’est d’elle que s’inspirèrent deux siècles de décorateurs. La galerie d’Apollon n'esl qu’une variante de la galerie Farnèse. De Brosses, Stendhal la mettent de pair avec les stances de Raphaël. Mais à l’origine le succès eu fut bien différent. La cabale, adroitement servie par un certain Juan de Castro, commensal du palais, sut faire retenir à l’artiste, sur le prix du travail, sa nourriture pendant huit ans. Le malheureux ne résista pas à
I affront. Déjà calciné par l'effort, il alla s’achever à Naples, en plein été, d’excès et de malaria. Il revint expirer à Rouie le 15 juillet 1609. Il avait quarante-neuf ans. Ses restes reposent sous la Rotonde auprès des restes de Raphaël.
Les élèves. Le Guide. — Les Carraches eurent dumoins I honneur de rendre quelque dignité à l’art de leur pays. Pendant une vingtaine d’années, on allait voir encore, grâce à leur discipline, éclore un certain nombre d’œuvres, jadis surfait» s, mais qui valent mieux que le décri où elles gisent aujourd’hui. La peinture italienne se souvint d’elle-même et sut mouriravec décence.
L’année même ou meurt Annibal, paraît, l’œuvre la plus fameuse de toute l’école : le plafond de Y Aurore du casino Rospigliosi. L’auteur, Gui do Reni (1575-1641), fils d’un musicien de Bologne, d’abord élève de Calvaert, d’où il passa chez les Carraches vers l’âge de vingt ans, était assurément le mieux doué de ses condisciples. Nul n’aurait pu le lui disputer pour le sentiment de la forme et d’une certaine beauté élégiaque et pâle. Sa, tète ultra-célèbre de Béatrice Cenci (palais Barberini) — 1 héroïne du drame de famille qui passionna Rome en 1599 — ne doit pas toute sa gloire à son nom, peut être apocryphe : elle représente un type, qui fut pour la société d’alors ce que sont pour la nôtre certaines figures d'Henner. Peut-être le Guide est-il encore l'artiste italien le plus vraiment national.
II a trouvé la nuance exacte de sentimentalisme qui convient à l’âme romaine, la dose de lyrisme que supporte ce génie de femmes voluptueuses.
C eta.il un grand artiste. Son Aurore est en somme une page sans seconde depuis Raphaël. L’ensemble est mélodieusement conçu en basreliel, quoique les jaunes citron, les orangés et les lilas y composent avec les bleus aigres une harmonie presque moderne, La lumière solaire s’y résou! en un prisme charmant de jeunes filles, parentes des Niobides, dansant la ronde des Heures autour de l’éclatant quadrige ; et la figure de