LA GALERIE FARNESE
disait qu’on n’y savait pas dessiner. Ils ont ressuscité de l’ombre et du mépris l’adorable musicien, le plus franchement moderne des maîtres de la Renaissance, Corrège. Ils dégagent de la tradition le langage de l’avenir, celui qui soit par la couleur, soit parle charme de l’enveloppe, prête une expression lyrique, ensorcelante, divine aux manifestations de la vie.
Les oeuvres. La galerie Farxkse. — Les Carraches s’étaient rendus célèbres dans leur pays (fresques aux palais Fava, Magnani, Sampieri). C’est alors qu’un compatriote, Mgr Aguccbi, secrétaire du cardinal Odoardo Farnèse, leur procura l’entreprise qui allait mettre le sceau à leur réputation : le prélat leur confia les peintures de son palais. En 1597 les trois Bolonais firent leur première entrée à Rome.
Le travail dura près de dix ans. Louis, sans cesse retenu par les soins de l’école, n’y eut aucune part. Augustin mourut (1602), n’ayant eu que le temps de peindre le Ravissetnent de Céphale et l’admirable page du Triomphe de Galcitèe. L’ensemble de cette décoration splendide est bien l’ouvrage d’Annibal; mais on distingue quelques morceaux de la main de ses élèves, l’Albane et le Dominiquin.
Après la Farnésine, le Té et la villa Maser, cette galerie peut passer pour une des expressions suprêmes de la Renaissance. Le thème en est la fable amoureuse des dieux. Comme à la Sixtine, qu’Annibal venait de découvrir, la voûte, à partir du lambris, n’est plus qu’un firmament humain ; qu’on se figure une construction dont les forces s’animent, s'étagent d’elles-mêmes en ignudi, en cariatides, en Termes, en Atlantes ; c’est la matière cristallisée d’un ciel anthropomorphe. Et, entre ces colonnes de l’espace vivant, comme une nue de pourpre et d'or à travers les percées d’une nuée grisâtre, le déroulement fécond de la genèse homérique et le dense roman des couples immortels. Au sommet, s’ébranle dans Xaxos le triomphe nuptial de Bacchus et d’Ariane, sur leurs chars attelés de chèvres et de panthères, avec son Silène aviné, ses satyres chargés d’outrés, ses canéphores, son tliiase bruyant de fanfares et de cymbales, ses bacchantes agitées de tournoiements frénétiques ou tombant épuisées de danses et de vertige, sous un vol de génies portant des vases et des cratères. C’est le poème le plus païen de la peinture italienne.
Mais cet art érudit, où abondent les réminiscences de 1 âge d’or, n’en a plus la sérénité. Le souffle est trouble. La race est d’un sang moins attique, la joie d’une espèce plus charnelle. Ce vaste épithalame a les