LES PORTRAITS UE VAN DYCK
d’élégance qu'ils n’ên avaient, surtout d'une autre sorte, un chiffonnage plus artiste des linges et des robes, une familiarité de grand air qui est le dernier mot de la parfaite noblesse. Il a d’ailleurs autant qu’une femme le sens des modes bien portées, l'instinct des nœuds et des dentelles, des aiguillettes et des aigrettes, des Ilots de rubans, des écharpes et des armes de fantaisie. 11 sait comme pas un poser un personnage, le mettre dans son jour exact, nous fixer d'un mot sur son rang, sa race et son humeur. Et pourtant, dans ces beaux portraits de Gènes et d’Anvers, n’y a-t-il pas encore plus d’un élément étranger, de décorum vénitien et de pundonor espagnol? C’était le caractère des gens ! Mais Van Dyck serait-il enfin tout ce qu’il est, s’il n’était le poète de ses dernières années, et l’ inimitable portraitiste de sa période anglaise?
La cour la plus aimable d’Europe; un roi de trente ans, une reine de vingt; autour d’eux, lien que de la jeunesse, un monde d’adolescents frénétiques de vivre, après l’ennui forcé du règne d’Elisabeth ; tous les carillons de gaîté de la rnernj England éclatant à la fois, un réveillon de fêtes, de rires, de voluptés, et, quelque part dans la coulisse, l’ombre du Protecteur et l’échafaud de Whitehall : quelle société fut jamais mieux faite pour son peintre, aussi brillante et aussi brève? La nuance de mélancolie propre à lame de Van Dyck, pâleur d’épuisement des êtres de plaisir, Yarnari aliquid des excès de délices, l’angoisse indéfinie d’un rapide destin, autant de vérités de plus dans sa peinture de cet essaim de condamnés charmants.
Ce sont les « Cavaliers » d’Edgehill et de Marston-Moor, les élégants qui se dégagent de la cuirasse des paladins, des « euphuistes », des gens de ruelle et de salon, des hommes en déshabillés galants, casaques de satin demi-déboutonnées, ajustements flottants, manteaux peu attachés, chemises bouffantes, perruques blondes répandues sur des cols de batiste, bottines de daim à hauts talons tirées sur des chausses de soie et, dans ce négligé, gardant on ne sait quel air suprême de race et de dandysme. Habitudes, manières, idéal, c’étaient ceux de Van Dyck; personne ne pouvait les rendre mieux que lui. Dans l'histoire d’Angleterre, ces instants de bonheur qui précèdent la grande tragédie politique apparaissent pour jamais tels qu’il les a lixés. Cette auréole du malheur qui accompagne le nom des Stuarts, il y ajoute une grâce qui la rend immortelle.
Grâce à cette conformité unique de l'artiste et de l'heure, à ce mélange de fêtes et de pressentiments funestes, cette œuvre anglaise dé Van Dyck est sans pareille entre les œuvres de tous les portraitistes.