LES PAYSAGES DE RUB ENS
où l’on rie voit j'arii/iis, en scène qm* des chefs; campagnes de galas et de
de la guerre : étonnante guerre, sans armée, sans blessures, sans morts,
Intérieur dp. ferme. (Musée de Bruxelles.)
JAN SIBERECHTS
cérémonies, où des troupes lilliputiennes manœuvrent au cordeau comme un échiquier de soldats de plomb, où les vastes horizons picards ne s’élèvent si haut que pour offrir au Roi-Soleil le panorama de ses conquêtes, et où les villes bleues, là-bas, se rendent d’elles-mêmes aux magnifiques seigneurs qui caracolent pour l'éblouir sur leurs alezans à courbettes, tandis que l’artillerie tire des salves d’encens.
Le paysaoe. D’Arthoîs, Huysmans, Siberechts. — Le paysage, (jui joue un si grand rôle chez ce beau peintre, est un des genres où l’esprit de Rubens se fait le plus sentir. Ses contemporains conservaient les habitudes microscopiques des Primitifs, le goût de l’infiniment petit, du détail à perte de vue. En plein xvne siècle, ils continuaient de voir en enfants du xve.
Rubens vint bouleverser ces manières vieillotes. Il a fait personnellement, surtout vers le soir de sa vie, quelques-uns des plus beaux paysages qu’on ait peints : impressions rapides, notes ravissantes de justesse, de fraîcheur et de poésie, sensations et rêveries de promeneur campagnard qui se délasse, s’emplit d’idées et fait sa palette en marchant. Le genre ne compte pas de pages plus précieuses que sa petite Aurore et son Tournoi du Louvre. Mais ces œuvres sans publicité n'ont pas exercé plus d’inlluence que n’en a, sur le cours des idées, ce qui se confie au papier des lettres familières; elles ne forment qu’une épisode de la sensibilité de Rubens et n’intéressent pas l’histoire de la peinture.
C’est par le mouvement général de son art, par la vaste impulsion de son génie personnel, par les exigences optiques de son style à grande portée, qu’il affranchit le paysage, l’élargit et le simplifia. « J’avoue, écrit-il quelque part, que je me sens plus propre aux choses qui ont de la grandeur, qu’à ces menues curiosités. » Ces mots résument les idées qui s’imposèrent autour du maître, à tout ce qui relève ou descend de lui en tout sens. C’est Rubens qui est responsable d’avoir imprimé au paysage flamand son caractère tout extérieur et uniquement décoratif.
Jan Wildens (1386-1653), un cousin du maître par sa femme Hélène Fourment, couvre des toises carrées d’arbres ou de taillis, où un piqueur, grandeur nature, promène une couple de braques (Dresde, 1624) ; il comprend le paysage comme un tapissier ses « verdures. » Lucas Van Uden (1595-1672), dans ses petits panneaux à la Téniers (9 à Dresde), peint
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des mares herbues et de grasses prairies où pâture le bétail enfoncé jusqu’au ventre. Le style a volontiers du panache et de l’emphase. Jacques Fouquier (1595-1659), qu’on appelait le « chevalier Fouquières ». travaillait à ses paysages une épée au côté.
Cette « grandeur » se retrouve dans tout ce qui touche à Rubens; on la reconnaît chez les paysagistes des générations suivantes. Un large ravin ocreux aux pentes couronnées de grands arbres, une route sablonneuse se dirigeant là-bas, vers un horizon de landes et, sur la route, des cavaliers à manteaux rouges et coiffés de chapeaux à plumes : tel est, à Munich, le chef-d’œuvre de Louis de Yadder (1605-1645). Jacques d’Arthois (1613-ap. 1683) se plut aux majestueuses futaies de la forêt de Soignes. Luc Aetschellinck (1626-1699) est le Guaspre des églises de Bruxelles et de Bruges. Les deux Huysmans, Corneille, dit Huysmans de Malines (1648-1727) et Jean-Baptiste (1654-1716), construisent, sur des dessous de brique, des aspects de nature sauvages et quelquefois grandioses, avec des trouées de bleu entre les cimes des hêtres. Bonaventure Peeters (1614-1652) est le peintre des mers houleuses, des tempêtes et des naufrages.
Un seul maître, au milieu de ces esprits magnifiques, se distingue par des formules entièrement contraires. Ce Jan Siberechts d’Anvers (1627- 1703) semble à peine de son pays. Il n’en a ni le souffle, ni le rythme, ni l’espèce de brillante moiteur qui lustre les pures œuvres flamandes. Il ne recherche ni l’éclat du ton, ni la grandeur des lignes, ni leur mouvement. Des morceaux de paysage, tels qu’ils s’encadrent d’eux-mêmes dans l’objectif du regard; d'insignifiants motifs, une laitière faisant la sieste sur un talus, quelques vaches broutant l’herbe maigre à l’ombre rare d’une baie : voilà son tableau du Munich. Sa Ferme de Bruxelles, son Canal de Hanovre, ses tableaux de Lille et de Bordeaux sont de même des « tranches » de nature, plulôt qu’ils n’en sont des «extraits », et c’est ce qui les distingue des chefs-d’œuvre de Ruysdaël; mais c’est ce qui les rapproche de certaines œuvres de nos jours. Siberechts observe déjà que le soleil argente plus qu’il ne dore, et c’est un des premiers qui aient deviné les effets du « plein air ». Il est, avec Rubens, le plus original des paysagistes de sa race, mais il est, comme lui, resté sans influence.