‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 83 sur 391 · LES DERNIERS PEINTRES FLAMANDS · texte numérisé non relu

LES DERNIERS PEINTRES FLAMANDS

romains que flamands. A la troisième génération, la tare est devenue incurable. Gérard de Lairesse (1640-1711) eut en outre le malheur de s’éprendre (et grâce à des gravures encore !) de Nicolas Poussin, une des plus fortes têtes qui aient pensé sur la peinture, mais l’un des maîtres les plus dangereux, parce qu’il fait de l’art un objet de raisonnement. Le pis est que Lairesse fut fatal à d’autres qu’à lui-même. Reçu à Amsterdam avec acclamation, il contribua fort vers 1680, à la réaction

Cliché Alinari.

Suttermans. — Portrait de Galilée. (Musée des Offices à Florence).

hollandaise. Ses succès, qui ne furent pas seulement artistiques, lui coûtèrent la vue. Il ne laissa pas pour cela de régenter la peinture. Comme jadis Lomazzo, le théoricien de Michel-Ange, il passa le reste de sa vie à dicter des livres d’esthétique. C’en est fait de l’art, quand les aveugles sont les iuges des couleurs.

La Flandre a l’étranger. — Si les hommes de second plan reprennent quelque importance, c’est lorsqu’ils font leur métier d’échos et vont distribuer au loin la parole qu’ils ont apprise. On a vu que Rubens ouvrit lui-même la marche, à l’avant-garde de son école, et fut, en plus d’un cas, le grand ambassadeur et le plénipotentiaire de la peinture. La carte pittoresque de l’Europe au xvua siècle devrait être partout teintée,

LE RAYONNEMENT DE l’aRT FLAMAND

plus ou moins sobrement, de la couleur flamande, sauf l’Espagne, qui conserve la sienne à l’état vierge.

Nous reviendrons à mesure, en parlant de chaque pays, sur les influences que j indique. Mais il faut dire un mot de deux ou trois maîtres qui se placèrent, par malheur, en dehors du mouvement général de leur temps, et demeurèrent prisonniers dans cette impasse de la gloire que l’Italie du seicento offrit à tant de ceux qui n’eurent pas l’esprit d’en sortir ; ils partagent dans l'avenir l'oubli où tombait lentement ce monde en léthargie.

C’est pourtant un excellent maître que ce Juste Suttermans (1591- 1681) qui, entré chez van Balen le même jour que van Dyck, le précéda de peu à la cour de Florence, et demeura le peintre de trois générations de Médicis. Comme portraitiste, il vient immédiatement après le premier des Flamands. Sa manière resta toutefois plus antique; elle tient de François Fourbus qui avait été son maître à Paris, et avait si bien réussi ('liez les ducs de Mantoue. Ce ton suranné convenait à la dignité de ces maisons endormies. Toute l'histoire de la dynastie est écrite dans les portraits de Suttermans. Celui qu'il a fait de Galilée (Offices) respire la force sereine, la certitude positive et indestructible du modèle : c’est le Justum et tenace m de l’astronome et du savant. Mais ses figures de femmes dans leurs attitudes officielles, leurs corsages chamarrés et l’empois de leurs collerettes, ont parfois des airs de jeunes mortes d'un charme inexprimable. 11 y en a une surtout, à Lucques, dont on ne saurait oublier la douceur de belle embaumée.

Jan Miel (1599-1664) fut surtout un peintre de genre. Vivant à la cour de Savoie, il jouit chez les historiens du xvne siècle, des circonstances atténuantes qui s’attachaient pour eux à tout ce qui vient d Italie. On oublia son origine, on amnistia son genre. 11 en fut un peu de lui comme de Pieter de Laer. Mais son influence, à Turin, ne put jamais égaler celle J ii Hollandais à Rome. Elle explique pourtant pour une part (Turin étant une étape sur la route de Rome', les italianismes qui s’infiltrent, à partir de 1650, chez les derniers des petits maîtres d’Amsterdam.

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