‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 9 sur 391 · L ALBANE · texte numérisé non relu

L ALBANE

isolées ou de demi-ligures enveloppées de halos jaunes, flottant dans une fade extase. Le publie raffole de ces toiles pleines de vaghezza. L'auteur esl au comble de la gloire. On ne s’aperçoit pas que le sentiment est mort en lui depuis longtemps. Et il est inconcevable, cet emphatique personnage, exorbitant d’orgueil cérémonieux et pontifiant, dévot, célibataire, prude, de glace avec les femmes, fut-ce le plus beau modèle, se faisant passer pour avoir des visions de la Vierge, et qui sirote à froid ces Madeleines, ces Sibylles, ces Cléopatres profanes et pâmées, qui rendent, rien qu’à les voir, les femmes amoureuses, et que Morelli définit : «La Vénus vénitienne traduite en style jésuite. » Il disait: « J’ai deux cents manières de faire regarder le ciel par de beaux yeux. »

Un voyage qu'il lit à Naples en 1621, et où il eut affaire aux menées furieuses des peintres de l’endroit, fut le commencement de ses revers. Le jeu les acheva. Il nourrissait le démon national du tripot, delà loterie, du hasard. ^Fortune (Berlin), nue sur le globe du monde, avec une bourse et un sceptre, prend ainsi une valeur de confession ou d'exvoto. Mais sa déesse lui fut cruelle. Les dix dernières années du Guide le ravalent au rang d'un industriel besogneux, peignant à la journée dans son intérieur démeublé de joueur, pour suffire à son vice. Depuis Pérugin, qu'il rappelle par tant de traits, on n’avait vu pareil suicide d’un grand talent. Sa mort montra toutefois combien il était populaire. Pendant sa maladie, Bologne se tint en prières. Son corps fut exposé à la vénération publique, comme celui d’un homme mort en odeur de sainteté. En effet, le Guide a incarné la religion italienne. 11 a exprimé le divin sous la forme naturelle à l’âme de cette race ingénument païenne.

L’Albane. — Francesco Albani (1578-1660), l’ami de jeunesse du Guide, et plus tard son rival (par la faute du Guide), vécut quatre-vingts ans et n’a pas eu d’histoire. Son œuvre ne nous touche plus guère; et pourtant, deux siècles durant, l’Albane fut appelé 1’ « Anacréon de la peinture » ; de longues générations respirèrent dans ses tableaux le charme délicat d’une odelette d’Horace. Riche, marié deux fois, cet amateur sans ambitions joua un rôle exceptionnel dans les destinées de son art. Il a créé une convention, que nos grands-pères jugèrent exquise. 11 lut 1 artisan d’une profonde transformation de l'humanisme.

L’idée-mère de la Renaissance, l’espoir d’une restauration intégrale *ie la culture antique, sont des rêves abandonnés. Il n'en reste qu’un tour d’esprit, un fonds d'éducation classique, l’habitude des savantes

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