‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 92 sur 391 · LES GRANDES OEUVRES DE FRANS HALS · texte numérisé non relu

LES GRANDES OEUVRES DE FRANS HALS

fait venir au monde en 1580 ou 1581. On pense qu’il revint à Haarlem à dix ans En 1011, il y signait l’acte de baptême d’un fils. C’était un gaillard qui buvait et battait sa femme après boire. Elle prit le parti de mourir, tandis que son gredin d’époux se consolait avec une jeune veuve, et convolait effrontément, le 12 février 1017, juste dans les délais légaux. Il était temps : neuf jours après la noce, le couple célébrait la naissance d’une iille.

Ce sont là plus que des légèretés, liais avait trente-sept ans, c'est l’âge de raison Mais cet âge-là, le pauvre bomme ne l'a peut-être jamais eu. Sa fin est lamentable. A partir de 1662, il vit de la charité publique. En 1604, on recueille le pauvre ménage à l’asile des vieillards. Hais y végète encore deux ans, à un sou et demi par jour. On l’enterra discrètement le 1er septembre 1060.

Les grandes oeuvres. — Le peintre est extraordinaire.

Il débute tard, à trente-six ans (. Banquet du doe/en de Saint-Georges, Haarlem, 1010), et ce début est un chef-d’œuvre. En un sens, Hais est là déjà tout entier, sinon dans sa dextérité, sa grâce et sa coloration, du moins dans sa puissance propre d’élever une scène de la vie ordinaire à la vie du beau, el de rester inspiré sans cesser d’être vrai. C'est par là que cette page compacte, sourde, rousse, sans air, mais si riche de sens et de portée, si généreuse en beaux détails, esl le pur manifeste du génie hollandais.

Onze ans plus tard (1627) : Hais existe décidément. On a deux toiles de l’année : un nouveau Banquet de Saint-Georges, un de Saint-Adrien. Les statures grandissent. C’est un brouhaha, un branle-bas exquis dans le tableau. La gamme s’éclaircit. Beaucoup de blancs purs (fraises, collerettes', écharpes tendres, casaques chamois, vestes orange. Têtes merveilleuses, mains parlantes, le reste à l’avenant. C’est une vérité, un sens des objets et des êtres, un art de se servir des éléments réels pour une fin pittoresque, et de donner aux choses un prix qu’elles n’ont pas dans la réalité, par la façon piquante et nette de les dire. A cet égard, pour la quantité de ressources, le bouillonnement de beautés fraîches que le magicien fait jaillir du monde contemporain, c’est absolument sans exemple comme cela restera probablement unique.

Mais le miracle est le deuxième Banquet du doelen de Saint-Adrien (1633). Cette fois, rien n’y manque : ressemblances, pittoresque, vie éblouissante, verve magnifique, avec cette grandeur qui vient de la

L'ÉVOLUTION DK F fi A. N S H AK S

parfaite maîtrise et de l absence de parti pris. Ajoutez la solennité d’un décor de plein air, la majesté qui tombe des cimes des grands arbres, la

profonde harmonie qui tranquillise les accords en les baignant de clairobscur et d’enveloppe aérienne. Comme choix de couleurs et comme rayonnement, comme qualité d’observation, beauté des physionomies, équilibre des groupes, effet décoratif, on n’ira pas plus loin, ni Frans Hais ni personne. A cela près que c’est une œuvre qui n’invite pas à la pen-

LA VIEILLESSE DE l-’RANS HALS

sée, qui ne prête guère au sentiment, il n'y a rien de peint à mettre audessus de cette page.

En 1G41, Hais peignait les Régents de sainte Elisabeth. Et il n'v a pas d’autre exemple d’une pareille révolution dans le style d’un maître — - C’est fini de l’éclat, fini des couleurs chatoyantes, fini de la bravoure et de la fantaisie. Hais a la soixantaine. Il s’assagit. Il est encore dans toute sa force, mais le tempérament se calme. Il s'agit de colorer aussi bien que jamais avec des couleurs neutres, des gris, des noirs, des blancs et des verts sombres. Il s’agit de modeler exactement dans la lumière, d’être artiste en traitant des éléments bourgeois, des chapeaux noirs, des manteaux noirs et de tristes rabats. Hais tient la gageure et la gagne. A vingt ans de là, Rembrandt ne sera pas plus savant ni plus fort dans sa merveille des Syndics.

Et voici Hais tout à fait vieux. 11 a quatre-vingts ans passés. De Pex-boute-en-train, du jeune Bursch délicieux d'esprit et de diable-aucorps, il ne reste plus qu’un pauvre hère cassé, humilié, aux abois, que la pitié publique recueille dans la maison de ceux qui n’en ont pas. liais tint sans doute à reconnaître ce bienfait par un ouvrage de sa façon : on eut la charité de se prêter à son désir. De là les deux derniers morceaux de la série, les Régentes et les Régents de l’hospice des vieillards, exécutés par liais deux ans avant sa mort, et ses plus étonnantes œuvres.

Rien n'est, plus émouvant que l’agonie d’un maître, et quand ce maître est Hais, le spectacle devient sublime. C'est le qualis art if ex pereo d’un peintre qui sait tout, mais dont la main défaille. Jamais les perceptions n’ont été plus exquises, les tons de qualité plus rare. Mais le dessin échappe, la touche balbutie. Plus de construction ni de forme solides. Aucun objet n’a plus ni signalement arrêté ni substance définie. L’une après l’autre, toutes les réalités abandonnent ce demi-aveugle. Il n’en lutte que davantage pour étreindre quelques parcelles de cet univers qui le fuit, et d'un effort débile lui arrache encore ces lambeaux de visions, ces abstractions farouches et ces prodigieux fantômes.

Portraits et caractères. — On a encore de Hais quelques tableaux de famille et une centaine de portraits.

Ces portraits sont fort inégaux. II en est d’admirables. Ils se rangent pour l' exécution dans les groupes déjà décrits. La gamme y est d ailleurs strictement limitée par l’uniforme sombre des modèles.

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