‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 93 sur 391 · F HANS HALS PORTRAITISTE · texte numérisé non relu

F HANS HALS PORTRAITISTE

Mais dans ces pages, où aucun intérêt ne le dispute à celui des morceaux vivants, éclate une puissance de caractérisation, une certitude de diagnostic, qui font de ce grand rieur un des maîtres dans la science de l’homme. Si la vie de province offrait peu de modèles comme le Descartes du Louvre, elle n’en était pas moins fertile en originaux, que n’usaient pas incessamment les frottements des grandes villes ; et il n’est pas une figure de ce petit monde hollandais que liais n’eût le pouvoir d’élever jusqu’au type. On voit revivre tout le roman bourgeois de ce temps-là dans ces femmes de bonne maison, à béguins et manchettes, enterrées dans leur fraise, confiantes et presque jolies quand elles sont jeunes, bientôt défraîchies et déçues, réfugiées dans leur gloire de parfaites chrétiennes, ou rancies dans leurs soins de ménagères revêches. Les hommes sont de bons diables, joviaux, hâbleurs, viveurs, tels qu’on imagine Hais luimême, friands de braverie, de filles et d’histoires grasses. Avec autant de goût que Yan Dyck, et beaucoup moins de romanesque et d’éléments de luxe, Hais annexait à l’art tout un domaine nouveau, la vie quotidienne, provinciale, bourgeoise ; par ses définitions de classes et de types, il préparait le personnel de la peinture de mœurs, rendait possible la comédie des Steen et des Terborch.

De là, il n’y avait qu’un pas à la peinture de « caractères ». Hais y vint de bonne heure. Ce sont des portraits, comme toujours, à la différence des modèles, choisis de préférence dans la crasse ou le ruisseau. C’était le genre de Garavage, déjà répandu en Hollande par ses imitateurs Moreelse et Honthorst. Tout de suite Hais y passa maître. Ce sont parfois des groupes comme le Joyeux trio (1616), les Petits chanteurs de Cassel ou le tableau de Dresde. Mais la plupart du temps, le peintre s’en tient à une figure, presque toujours un buste, de proportions un peu plus grandes que nature. C’est dans cette formule que rentrent tant de morceaux célèbres, Y Ivrogne (Cassel), le Guitariste (Paris, Rothschild), l’éclatante Bohémienne (Louvre, 1630) et la noire Hille Bohbe (Berlin, 1650), la crapuleuse mégère qui crève d’un rire affreux, son pot d’étain au poing et sa chouette sur l’épaule.

On a dit qu’on pourrait, avec les tableaux de Frans Hais, illustrer une monographie du rire. Le sourire devait être l'habitude naturelle à cette âme apathique. Un sourire répond à tout. C’est une philosophie. La mollesse est peut-être le fond de la nature chez Hais. Les abréviations élégantes de sa manière, son travail peu fondu, anguleux et par lignes droites, son objectivité et son manque d’imagination, ne sont que les

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