‹ La pendaison, la strangulation, la suffocation, la submersionChapitre 2 sur 48 · RUE HAUTEFEUILLE · texte numérisé non relu

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PRÉFACE

Pendant les deux premiers tiers de ce siècle, l’École française a pris une large part à l’étude des problèmes que soulèvent la pendaison, la strangulation, la suffocation et la submersion. Nous n’avons garde d’oublier les travaux de Casper, de Taylor, des membres des Comités anglais, mais à côté de ces noms illustres nous pouvons citer avec fierté ceux de Chaussier, de Devergie, d’Orfila et de Tardieu.

L’œuvre de ce dernier mérite de nous arrêter. Elle n’est pas seulement un résumé lumineux des travaux antérieurs, elle se distingue entre toutes par une qualité de premier ordre. Tardieu a su poser avec une précision admirable les questions auxquelles l’expert est appelé à répondre en justice, nul n’a délimité avec plus d’art le terrain sur lequel se meut le débat médicolégal.

L’idée inspiratrice n’est pas uniquement celle d’un savant, elle est avant tout celle d’un médecin légiste, qui expose et raisonne dans son livre avec la vision constante de la cour d’assises. Les divisions qu’il a établies entre ces différents modes d’asphyxie n’ont pas seulement pour base des considérations d’ordre scientifique, mais l’ensemble des conditions dont l’expert doit tenir compte au moment de formuler ses conclusions.

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Aussi dans scs grandes lignes l’œuvre de Tardieu est restée classique en France et à l’étranger.

Depuis la mort de Tardieu la médecine a subi une évolution dont les origines se trouvent dans les travaux des anatomo-pathologistes et surtout des physiologistes. Chacun s’est efforcé, en utilisant les méthodes de la médecine expérimentale, de pénétrer plus avant dans l’interprétation des causes des diverses manifestations morbides. Munie d’une instruction technique plus complète que celle de ses prédécesseurs, mieux outillée, notre génération a pu donner aux études médico-légales une impulsion nouvelle. L’interprétation du mécanisme de la mort dans la pendaison, la strangulation, la submersion s’est modifiée, et par suite il a été possible, pour résoudre certaines questions médico-légales, d’invoquer des données dont l’existence ou la valeur avaient échappé à nos prédécesseurs.

D’autre part l’expérience n’a pas confirmé l’importance qu’ils attribuaient à quelques lésions décrites et étudiées avec un soin auxquels nous nous plaisons à rendre hommage. Sur certains points, sur la valeur des ecchymoses sous-pleurales en particulier, les travaux d’un grand nombre de nos contemporains ont démontré que l’interprétation de Tardieu était trop absolue.

Il y avait donc lieu de procéder à une révision générale. Les nouveaux documents que nous devions utiliser ont été publiés en France et à l’étranger dans les recueils spéciaux, dans les journaux de médecine générale, dans les revues de physiologie, dans les comptes rendus des sociétés savantes, notamment dans ceux de la Société de médecine légale de France, etc. ; le docteur désigné comme expert par la justice n’a ni le temps ni les moyens matériels de réunir des matériaux si largement disséminés. J'ai pensé qu’il serait utile de les rassembler, de les analyser et de présenter à ceux qui se trouvent en présence d’une responsabilité souvent très troublante,

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l’ensemble des fails qui constituent l’état actuel de nos connaissances.

Je n’ai pas l’illusion de croire que les problèmes qui embarrassaient Devergie et Tardieu soient tous résolus. La pendaison, la strangulation, la suffocation méritent encore d’être regardées comme l’écueil de la médecine légale. J’ai considéré comme étant mon devoir de souligner les incertitudes, de les faire connaître aux jeunes médecins légistes, de leur signaler les erreurs à éviter, de les mettre en garde contre les affirmations trop absolues.

Ce n’est pas sans une véritable anxiété que je livre cet ouvrage au public médical. La pratique m’a appris combien il est dangereux pour un médecin qui n’a pas une longue expérience des enquêtes médico-légales de trouver dans un ouvrage une phrase qui, dégagée des considérations qui l’entourent, prend une valeur absolue qu’elle n’a jamais eue dans l’esprit de celui qui l’a écrite. Ma préoccupation constante a été de ne pas dépasser dans l’expression de ma pensée les limites de ce qui est pour moi la vérité scientifiquement incontestable. Dans un cours la phrase prend facilement un tour dogmatique :

M. le docteur Reuss, qui cette année encore a bien voulu me prêter son précieux concours, a spécialement veillé à ne pas laisser passer ces formules qui, plusieurs fois pendant une leçon, résument la pensée du professeur. J’ai moi-même procédé à la révision de ces leçons avec la volonté de ne pas dépasser par une affirmation trop. ferme les limites de ce qui est réservé au doute et aux discussions futures. Malgré ces efforts je suis malheureusement convaincu que quelque médecin, interrogé par un magistrat sur une question spéciale, découvrira un passage qui lui paraîtra applicable sans

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restriction aux faits dont l’interprétation lui est soumise. J’ai peur qu’il ne fasse ainsi une fâcheuse découverte. Je voudrais qu’il soit persuadé qu’il n’y a pas en médecine légale deux faits identiques. Pour éviter ces assimilations dangereuses j’ai eu soin de reproduire un grand nombre de rapports médico-légaux, d’y renvoyer le lecteur; en médecine légale il n’y a que des cas d’espèce et je prie le médecin expert de n’utiliser le texte qu’il m’empruntera qu’après avoir lu et médité les exemples qui l’ont inspiré. C’est ainsi qu’il appréciera quelle influence mon opinion peut avoir sur celle qu’il devra formuler dans ses conclusions.

C’est dans le même but que j’ai fait reproduire un grand nombre des lésions que mes devanciers, mes collaborateurs et moi avons eu à constater.

J’ai été heureux de pouvoir mettre à profit le talent de M. Barbarin, externe des hôpitaux; c’est à lui que sont dues les deux planches relatives à la submersion.

P. Buouardel.

17 juillet 1896.

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