Î8 LA PÉNÉLOPE NORMANDE
SANAJOU.
A ceci : pourquoi les honnêtes femmes, le jour où un galant homme semble courir après elles, pourquoi, dis-je, les honnêtes femmes, au lieu de laisser naître en lui de trompeuses espérances, n’inventeraient-elles pas quelque chose qui semblerait dire : « Monsieur — madame — ne courez pas, car je ne suis pas libre, et c’est une déception qui vous attend. Pardon, madame, — monsieur! — Ah! ne me faites pas entendre cette douce musique de l’amour, une autre voix me l'a chantée. Monsieur! ne mendiez plus mes sourires ni mes regards... J’ai un pauvre à qui je fais l’aumône de tout cela, et en amour, une femme n’a pas le droit de donner à plusieurs pauvres ! C’est une charité de luxe qui n’est permise qu’aux courtisanes. Ainsi, attendez ou que je sois libre, ou qu’il passe un autre cœur qui soit vacant et puisse vous donner une place. Madame !... oh ! je vous en prie ! le strapontin, le marchepied. Non, c’est inutile, monsieur, passez. » Enfin, Complet !
• RENE , inquiet.
Mais tu semblerais dire...
SANAJOU.
Je ne semble pas dire; je dis : ta belle est comme tu me l’écrivais, une femme qui s’ennuie. Une femme qui s’ennuie est capable de tout... On en a vu tuer leurs maris pour se désennuyer... C’est même considéré comme circonstance atténuante... C’est le défunt qui est condamné. Sans l’ennui, comment expliquer ces choix ridicules et inexplicables? Ces pauvres femmes!., rien ne les avertit des richesses de cet amour vrai qu’elles éprouveront plus tard ; elles éparpillent, elles dépensent les diamants, les rubis, les émeraudes, comme du billon et des sous de cuivre; et le jour où rayonne l’amour, elles ont jeté aux mendiants des chemins toutes leurs splendeurs, et leur pauvre cœur ne sent sa richesse passée que par sa ruine et sa misère!...
RENÉ
Ah! madame d’Aprevillo est bien gardée va, un M. Anlhime Férouillat, une sorte de beau Nicolas.
SANAJOU.
Un beau Nicolas!