AC T K
le bateau du Havre va partir... Sans rancune, monsieur Sanajou...
^ bille lui terni la main .
S A N A J O L 1 , froidement.
Madame, je rejoindrai le bateau à la nage.
N O E M I , riant.
Ah!... vous nagez bien.
SANAJOU.
Après Georgette, j’ai aimé une autre femme, madame; elle m'aimait aussi , et pourtant elle me repoussait. Un soir, elle se dégagea avec une sorte d’effroi, et soudain je la vis fondre en larmes... \l y avait un secret dans la vie de cette femme, et ce fut elle qui me l’avoua... Elle avait aimé, car il faut en arriver là, madame... Les tendresses d’une femme sont comme ces fruits amers qui tombent quand on ne les récolte pas... Un homme s’était trouvé là, et il les avait ramassés... un homme indigne d’elle... un sot... Mais l’amour est une si délicieuse musique, n’est-il pas vrai, madame?... que l'on ne fait guère attention aux paroles. — Elle comprit qu'elle s’était trompée, mais il était trop tard ; elle était punie de l’amour par l’amant. Si elle se fut donnée à moi, appartenant déjà à un autre, j’eusse pardonné, car je l’aimais de toute mon âme; mais... on pardonne et l’on n’oublie pas... Elle comprit que le bonheur était impossible pour nous. Elle respecta son amour et le garda saint et pur dans son cœur; pour ne pas le profaner, elle exigea de moi le serment de ne la revoir jamais... Maintenant que le temps a passé sur tout cela, je conserve de cette femme un religieux souvenir, car je lui dois presque mon état, un peu de talent, quelques succès... Je ne l’ai jamais oubliée; c’est un noble orgueil, madame, que de garder toute sa vie l’estime d’un homme qui vous a aimée... Mon histoire est finie, j’ai l’honneur de vous saluer.