‹ La pensée antique (de Moïse à Mare-Aurèle)Chapitre 27 sur 103 · LE CULTE VÉDIQUE · texte numérisé non relu

LE CULTE VÉDIQUE

Les monuments de la première période sont les recueils d'hymnes qu'on appelle les Védas ou livres de la sagesse. Ces hymnes, mélange de subtilité profonde et d'imagination exubérante, nous montrent le génie aryen divinisant toutes les forces naturelles, concentrant et amplifiant les qualités physiques des choses dans les déités spirituelles auxquelles il les identifie, ramenant les unes aux autres ces déités spirituelles

infinies en nombre, aboutissant à démêler, au fond de toutes, une espèce de trinilé matérielle oii sont figurés le mouvement, la vie et la pensée, et finissant par réduire cette trinité elle-même à Têtre absolu qui soutient tout, qui voit tout, qui a enseveli l'obscurité dans la lumière, qui produit le ciel et la terre, couple béni qu'il nourrit de son lait, qui enfin reçoit dans le monde des pieux, où la jouissance devance le désir, la partie immortelle de Thomme de bien.

Ainsi un polythéisme naturaliste, essentiellement distinct de Tanthropomorphisme grec et où germe rinspiration monothéiste : voilà quelle fut tout d'abord la croyance de Tlnde.

Le feu ou Agni, chaleur, vie et pensée, était comme le médiateur entre l'homme et les dieux.

Au lever de Taurorc, le père de famille, à la fois laboureur, guerrier, poète et prêtre, se tenait debout devant les flammes du bûcher qu'il avait allumé sur Tautel ; l'œil fixé vers TOrient, il appelait les dieux au festin sacré généralement composé de laitage, de fruits, quelquefois d'animaux domestiques, et les assistants se disaient que les dieux arrivaient invisibles, et nul ne doutait de leur présence réelle.

Puis le père de famille prononçait des invocations telles que celle-ci « Que vos âmes se comprennent, mortels ici rassemblés ! Faites une même prière, un même vœu ! N'ayez qu'une seule pensée, une seule âme! J'offre, dans ce sacrifice, votre prière et votre holocauste présentés avec une intention commune. Que vos volontés et vos cœurs soient d'accord ; que vos âmes s'entendent, et le bonheur est avec vous. »

Fabre. — Pensée antique. 6

LE NATURALISME VEDIQUE

Dès cette première époque, le sens métaphysique et le sens moral de Tlnde percent, dans ses hymnes religieux, avec un éclat de poésie, une liberté d'allures, une jeunesse d'enthousiasme, qui ne se retrouvèrent plus. 11 y a un charme enchanteur dans ces naïfs bégaiements de la croyance aux choses divines, et on retrouve là de précieux moniiments pour la psychologie de l'humanité.

Et d'abord, voici comment les Indiens chantaient Agni, le Feu, que la première ignoraijce adora luimême avant d'en faire le symbole de la vie universelle :

« Que le brillant Agni, hôte du peuple, répande ses flots de lumière ; et que de son foyer il comble de biens son serviteur !

» On aime à honorer ce dieu qui est comme votre bien, on aime à le voir grandir et produire ses lueurs. Sur la ramée, il agite ses flammes, comme le cheval attelé à un char agite ses crins.

» Les offrandes le font flamboyer avec des teintes multicolores, et sa jeunesse semble à chaque instant se renouveler.

» Il s'acharne sur le bois qu'il dévore ; il trace en brûlant un noir sentier, et il plaît au regard, comme un ciel qui sourit entre ses nuages.

» Puis il s'étend, il va brûler la terre ; il s'élance ainsi qu'un troupeau sans pasteur. Les plantes sont consumées, noircies, dévorées par Agni jetant ses flammes.

» Donne-nous, ô Agnî, de vaillants compagnons, une heureuse abondance, une belle famille, et de grandes richesses ! »

De même qu'elles personnifiaient le feu, ces vives imaginations personnifiaient TAurore en un langage radieux et souriant comme elle :

« Le large char de Theureuse déesse est attelé ; les dieux immortels sont placés sur ce char ; la noble habitante des airs est sortie du sein des ténèbres pour parer le séjour des humains.

» La première du monde entier, elle se lève et répand glorieusement au loin ses bienfaits.

» Toujours jeune, toujours nouvelle, TAurore renaît pour éveiller les êtres, elle vient la première à Tin vocation du matin.

» L'Immortelle visite nos demeures, et, du haut des airs, recueille nos hommages. Libérale et brillante, elle va sans cesse distribuant les plus riches de ses trésors.

» Par des retours successifs vont et reviennent le jour et la nuit sous des formes différentes. La nuit est une caverne qui enveloppe le monde d'obscurité. L'Aurore la dissipe, elle qui apparaît brillante sur son char resplendissant.

» Telle qu'une vierge aux formes légères, ô déesse, tu accours vers le lieu du sacrifice. Ferme et riante, tu marches triomphalement et tu dévoiles ton sein brillant.

» Pareille à la jeune fille que sa mère vient de purifier, tu révèles à l'œil l'éclatante beauté de ton corps.

» Aurore fortunée, brille par excellence ; aucune des aurores passées ne fut plus belle que toi ! »

Mollis poétique mais plus solennel est cet hymne au Soleil, souvent récité chez les Indiens :

« Ce nouvel éloge de toi, ô radieux et brillant soleil, fest adressé par nous.

» Daigne agréer notre invocation ; visite nos âmes avides comme un homme amoureux va trouver une femme.

» Que le soleil, qui voit et contemple toutes choses, soit notre protecteur !

» Méditons sur la lumière admirable du soleil resplendissant ! Qu'il dirige notre intelligence !

» Avides de nourriture, nous sollicitons par une humble prière les dons du soleil adorable et resplendissant.

» Les prêtres par des sacrifices et par de saints cantiques, honorent le soleil resplendissant que leur intelligence leur dit d'honorer. »

Ils disaient encore :

« Le visage de la vérité est couvert par des voiles d'or épais et prestigieux.

» Soleil! nourricier du monde, dévoile la vérité à nos regards, afin qu'il soit donné à tes fidèles adorateurs de voir le soleil de la justice.

» Soleil! nourricier du monde! solitaire anachorète, dominateur et régulateur suprême, écarte tes rayons éblouissants, retiens ton éclatante lumière, permets que nous puissions contempler ta forme ravissante, et devenir partie de Tôtre divin qui se meut dans toi ! »

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