‹ La pensée antique (de Moïse à Mare-Aurèle)Chapitre 26 sur 103 · LE ZEND-AVESTA ET ZOROASTRE · texte numérisé non relu

LE ZEND-AVESTA ET ZOROASTRE

Les plus anciens monuments de la religion et de la philosophie de la Perse se trouvent dans le Zend-Avesta,

l'œuvre providentielle. Ces astres dont les fronts lumineux peuplent la voûte céleste, ces vents dont le souffle sème la vie, ces pluies dont les bienfaisantes ondées activent la végétation, en un mot tous les éléments, toutes les forces de la nature, ont leurs génies.

A côté des esprits de la nature, il y a les esprits frères des âmes. Chaque être a son esprit tutélaire qui est à la fois son vivant idéal et son protecteur providentiel, qu'il lui appartient de s'attacher par la pureté du cœur et par la prière. Quand la mort a rejoint les âmes saintes à Dieu, leurs pieux gardiens, toujours altérés de dévouement, étendent sur d'autres êtres leurs salutaires influences.

En faced'Ormuzd il y a Ahriman, en face des grands esprits du bien et de leurs surbordonnés, les génies bienfaisants, il y a les grands esprits du mal, et leurs subordonnés, les génies malfaisants.

Le vulgaire se les explique par Féternelle coexistence d'êtres méchants et d'êtres bons. Mais le sage n'admet pas qu'il y ait eu de tout temps des êtres méchants. Il attribue leur naissance à Tinévitable imperfection de tout ce qui est créé et à la nécessité du conflit de forces ennemies pour qu'existe le mérite de l'harmonie conquise par l'initiative des volontés vertueuses. Au surplus, il pense que les êtres méchants auront une fin, de même qu'ils ont eu un commencement.

Alors les mauvais esprits, perturbateurs de la nature et ennemis de l'humanité, seront dissipés par les trois prophètes, continuateurs de Zoroastre, qui apporteront le complément de sa loi et, assistés d'Ormuzd, libère-

ront enfin les créatures de tout désordre comme de toute corruption. Alors sera définitive la défaite de la Mort par la Vie. Alors se taira pour toujours la parole de mensonge, et retentira seule la parole de vérité.

Ainsi, selon renseignement de Zoroastre, le Bien est le flambeau de la vie et de la pensée, TLtre pur et parfait s'incarnant dans tout ce qui est lumineux, bon et beau. Le Mal n'esITque ténèbres ; il engendre la maladie, lé crime et la mort; et partout où est le désordre, c'est lui qui se manifeste.

Il y a un empire des ténèbres et un empire de la lumière. Là domine le roi éphémère du mal ; ici domine le roi éternel du bien. L'un a sous ses ordres les démons ou esprits de ténèbres ; l'autre est servi par les anges ou esprits de lumière.

Le Bien et le Mal sont toujours en lutte. Mais le Bien doit finir par triompher et régner seul.

LA MORALE ZOROASTRJENNE

D'après le mazdéisme, ainsi nommé parce quil est la religion du sage, l'homme doit couler ses jours dans un joyeux labeur, soutenu par la foi et par l'espérance.

Coopérateur d'Ormuzd, il est tenu de suivre les inspirations des bons génies et d'imiter leur influence bienfaisante qui fait tout croître et tout prospérer.

Il s'appliquera donc à répandre autour de lui la lumière, la fécondité et la vie; il fera rendre à la terre tous les biens qu'elle peut donner; il convertira les diserts arides en plaines fertiles; il tourmentera la nature pour quelle renaisse transfigurée sous sa main active et intelligente ; il détruira les animaux malfai-

sants et protégera les bons animaux parmi lesquels aux chiens est dû le premier rang.

En môme temps, il favorisera les mariages qui multiplient la race humaine; il abritera les voyageurs sous son toit; il prodiguera ses soins aux malades; il donnera à manger à ceux qui ont faim et à boire à ceux qui ont soif.

Dans les cas de doute si une action est bonne ou mauvaise, l'homme de bien s'abstiendra. En tout, il sera loyal et vrai.

Mentir est le péché le plus honteux de tous, procédant de ce qu'on a mal fait et menant à mal faire. Notre âme doit rester transparente et pure comme la lumière.

N avoir que de bonnes pensées, ne dire que de bonnes paroles, ne faire que de bonnes actions, voilà où il faut tendre.

Un acte vertueux vaut mieux que cent sacrifices, et la dévotion ne dispense pas de la moralité. Qui a failli, ne peut laver sa souillure que par un repentir sincère et par de bonnes œuvres.

Après la mort, nous comparaissons devant le génie de la vérité et de la justice. Il pèse nos vies, en mettant sur les* plateaux de sa balance d'un côté la somme du bien, de l'autre côté la somme du mal. Puis, les âmes traversent un pont jeté sur le vaste abîme deTenfer et menant au paradis. Si le mal l'emporte, elles sont précipitées dans l'abîme avant d'atteindre l'autre bout du pont. Si c'est le contraire, elles arrivent sans difficulté jusqu'au trône de Dieu qui fixe leur rang dans la hiérarchie des âmes bienheureuses, en attendant la résurrection des corps.

Pour se soutenir dans son combat perpétuel contre le mal, l'homme doit glorifier Ormuzd et demander dans ses prières Tassistance des anges, puis faire aux dieux des offrandes, brebis, bœufs, chevaux, et communier avec ses frères dans les banquets du sacrifice. On célébrait ces banquets sur les hauteurs où était entretenu depuis des siècles le feu sacré, qui tenait lieu pour les Perses des images, des statues, des temples et des autels, familiers aux autres peuples. Vêtu d'une robe blanche, la tiare en tête, une verge à la main, le mage offrait à chaque assistant quelques gouttes d*une liqueur symbolique, et, après leur immolation faisait rôtir devant la flamme sainte les victimes bénies, qu'on mangeait en commun.

L'heure viendra où le mal sera détruit, où sera achevée l'œuvre de sanctification universelle, et où les esprits de tous les hommes, membres de la société vivante de la lumière, seront réunis avec tous les purs esprits dans le sein du grand Esprit.

Qu'on envisage le haut sentiment de charité dont s'inspirent les idées qui viennent d'être résumées et qu'on songe que la conception d'un Médiateur ou Sauveur, la notion du Verbe éternel, et la distinction du Père, du Fils et de l'Esprit, trinité dont le soleil, le feu et l'air sont le triple symbole, se trouvent dans Zoroastre, on reconnaîtra peut-être en tout cela une première ébauche de la doctrine qui, plus tard, prévalut dans le dogme chrétien, et on comprendra ainsi cette tradition si poétique qui représente les mages venant, sur la foi d'une étoile, adorer le Christ naissant.

C'est par une espèce de schisme que Zoroastre constitua la religion des mages. Primitivement les Perses faisaient partie de la même société aryenne et avaient les mêmes doctrines que les Indiens dont on va s'occuper.

11 y a à distinguer trois périodes dans le développement des anciennes doctrines indiennes : la période védique, la période brahmanique et la période bouddhique.

LE VÉDISME

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