‹ La pensée antique (de Moïse à Mare-Aurèle)Chapitre 29 sur 103 · ORIGINES ET BIBLE DU BRAHMANISME · texte numérisé non relu

ORIGINES ET BIBLE DU BRAHMANISME

L'aspiration vers l'être innommé préparait le culte de Brahma tel qu'il devint dans la seconde époque du dogmatisme indien.

Le mot Brahma désignait d'abord le sacrifice, que les Indiens divinisaient parce qu'il met la terre en communion avec les puissances célestes . Ce mot désigna ensuite par extension la prière qui s'associe au sacrifice et est divine comme lui ; et enfin il désigna, par analogie, la vie physique et morale que protègent le sacrifice et la prière.

C'est ce mot qu'adopta l'orgueil sacerdotal pour signifier l'Être universel par lequel tout existe. Le nom de Brahma^ outre qu'il était déjà consacré par le culte, avait l'avantage de répondre au nom de cette corporation de prêtres qui s'étaient substitués peu à peu aux chefs de famille, et qui, sous la dénomination de Brahmanes^ faisaient profession d'être les hommes de la prière.

Ces élans d'une foi naïve, ces expressions lyriques du sentiment religieux qui constituaient les hymnes souvent sublimes du Rig-Véda, les Brahmanes entreprirent d'en faire une espèce de Bible et ils convertirent toute cette poésie philosophique en un système de formules sacrées.

De plus, pour mieux consolider le despotisme religieux qu'ils avaient à cœur d'établir, ils rédigèrent, en s'aidant d'éléments antérieurs, le livre de la Loi ; le présentèrent comme une inspiration de Dieu même»

édictée par Manou le fils de Brahma, et en firent la seconde partie des Ecritures. C'est ce code à la fois politique et religieux, connu sous le nom de code de Manou, qui est le principal monument de la période brahmanique.

Les lois de Manou abondent en intéressantes maximes applicables aux diverses conditions de Thomme. Telles les suivantes sur la famille : « Un bon mariage est celui où règne Tharmonie des cœurs. Fondé sur un double amour, il peut être appelé Tunion des musiciens célestes, tant deux âmes faites Tune pour Tautre s'enchantent d'une mutuelle félicité. — La parure sied à la femme. Elle met ainsi la joie au cœur de son mari et est le plaisir de ses yeux. — L'époux et l'épouse ne doivent faire qu'un. On n'est pas sûr d'une femme parce qu'on la fait bien garder; on n'en est sûr que si elle se garde elle-même. ■:— Devenue veuve, la femme ne doit même pas prononcer le nom d'un autre homme; et ses enfants doivent occuper sa vie. — Que l'enfant honore, aime et serve ses parents ! sinon ses œuvres pies seront de nul prix. — Un père est plus vénérable que cent instituteurs, et une mère est plus vénérable que mille pères. »

Le mal est que les plus étranges absurdités coudoient les vérités les plus hautes, et qu'à côté de sages prescriptions il y en a une foule qui, par leur minutie ridicule, sont merveilleusement propres à paralyser toute initiative et à garrotter les âmes. Des injustices, que l'ancienne coutume pouvait consacrer mais non légitimer, sont là non seulement sanctionnées, mais encore fortifiées et accrues. Sans doute, les auteurs du livre de la Loi n'ont point créé la distinction des castes dans l'Inde;

mais, rayant trouvée existante, ils ont tout fait pour l'affermir et pour Téterniser, en la dotant d^une espèce de sanctification religieuse.

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