‹ La pensée antique (de Moïse à Mare-Aurèle)Chapitre 30 sur 103 · LES CASTES · texte numérisé non relu

LES CASTES

D'après le code de Manou, le prêtre, gardien et interprête des saintes Ecritures, c'est-à-dire des Védas, est le centre de la création. Pour défendre le prêtre est né le guerrier; pour nourrir le prêtre et le guerrier est né rhomme de travail; pour les servir tous est né le paria.

« Brahma fit sortir de sa bouche le brahmane, de son bras le guerrier, de sa cuisse l'homme de travail, et de son pied le paria.

» Il donna en partage aux brahmanes l'étude et l'enseignement des Védas, l'accomplissement des sacrifices, le droit de donner et de recevoir ses grâces.

» Il imposa pour devoir aux guerriers de protéger le peuple, d'exercer la charité, de sacrifier, de lire les livres saints et de ne pas s'abandonner aux plaisirs des sens.

» 11 donna pour fonction au travailleur de soigner les bestiaux, de sacrifier, d'étudier les livres saints, de faire le commerce, de prêter à intérêt, de labourer la terre.

» Quant au paria, le souverain Maître ne lui assigna qu'un seul office, celui de servir les classes précédentes sans déprécier leur mérite. »

Ainsi quatre sortes d'hommes : l'homme de la prière, l'hqmme de la force, l'homme du peuple et l'homme de rien. L'homme de la prière est le maître; l'homme de la force est son second : tous deux dominent et s'en-

trcsoutiennent. L'homme du peuple travaille, s'enrichit^ paie et obéit. Quant à Thomme de rien, son nom signifie abjection et dépendance; servir et pâtir, voilà sa destinée.

Or cet édifice de servitude dont le prôtre est la clef de voûte doit demeurer à jamais ce qu'il est : y loucher ce serait attenter à Dieu même. De là Texécration dont Manou poursuit l'adultère. Il faut le réprimer sévèrement, et tous doivent unir leurs efforts pour le prévenir parce que c'est de lui que naît dans le monde le mélange des classes, mélange funeste d'où procède toute immoralité.

Au roi il appartient d'empêcher que la distinction des castes ne soit méconnue. 11 est le grand justicier, et à son service est « le génie du châtiment ».

Le châtiment gouverne le genre humain ; le châtiment protège ; le châtiment veille pendant que tout dort.

Que le roi s'en serve pour maintenir chacun dans ses fonctions spéciales, et qu'il sache surtout que ce qui importe le plus, ce qui doit être le principal objet de sa sollicitude, c'est d'astreindre Thomme de travail et l'homme de rien à remplir leurs obligations ; car « si cette espèce de gens venaient à s'écarter de leurs devoirs et à toucher aux barrières, ils seraient capables de bouleverser le monde »;

Et en effet, il est arrivé, en certain lieu, à certaine époque, que cette espèce de gens, qui là étaient d'ailleurs un peu différemment traités et avaient nom bourgeois et vilains, ont osé toucher aux barrières et ont entrepris de bouleverser le monde pour le replacer sur les bases du droit.

Le régime des castes, dans Tlnde comme ailleurs, peut avoir été favorisé par la juxtaposition de races conquérantes à côté de races conquises qu'elles s'assujettirent. Toutefois ce régime tient surtout à la légèreté ignorante des peuples enfants et au respect aveugle de leurs descendants pour la coutume établie. Les premiers hommes ayant dû, par goût et par besoin, se partager graduellement les fonctions sociales, ont été amenés à les hiérarchiser d'après leur importance vraie ou supposée, et à croire plus capables de remplir les fonctions de telle ou telle catégorie ceux que les influences héréditaires, Téducation et l'exemple domestique semblaient y prédestiner.

Us ne s'en tinrent pas là, et, soumettant à une loi fixe et invariable ce qui aurait dû demeurer subordonné aux choix de la liberté, ils étendirent à toutes les sphères de la vie sociale le préjugé de l'hérédité monarchique.

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