DU POLYTHÉISME ET DU GÉNIE HÉUÉNIQUE
de cit<5s contre d'autres cités, étaient des luttes de , dieux contre d'autres dieux.
Orphée, ancien disciple des prêtres d'Egypte, fut le principal inspirateur de la théologie grecque pendant le premier âge. Il institua ces mystères sacrés qui devaient se multiplier sous mille formes, tantôt véritables foyers de scandales, tantôt, selon l'intention du fondateur, dépôts respectables de hautes doctrines dont le secret ajoutait à la vénération de ceux qui y étaient initiés.
En ces temps reculés, le culte grec élait une espèce d'apothéose de la Nature, ofi figuraient la Nuit avec ses ombres mystérieuses, le Ciel avec sa splendeur sereine, enfin la Terre et l'Océan se débrouillant du Chaos sous l'influence de l'éternel Amour.
Mais, au lieu de s'enfermer dans l'adoralion abstraite des forces naturelles ou d'une unité supérieure qui les engendre, les Grecs, voyant en l'homme l'image de la divinité et le résumé de l'œuvre divine, furent vite conduits à concentrer et à fondre ensemble la nature et Dieu dans l'humanité.
Comme tout s'enchante au souffle magique de ces imaginations aussi jeunes et aussi fraîches que le doux ,pays où elles sont écloses! Voici apparaître, radieuse et souriante eu sa majesté, la foule innombrable des Immortels ; ils viennent se partager l'univers et ils vont tout animer, tout consacrer, tout protéger, et par-dessus tout le foyer, le tombeau, la patrie, ces trois choses saintes parmi les choses saintes.
Le monde entier n'est plus qu'un vaste temple où. mille et mille formes symbolisent l'éternel mystère. Chaque puissance humaine, chaque force naturelle, chaque sexe, chaque âge a ses dieux; le mal même, vice
OU mort, se purge de sa laideur et est craint, supplié, révéré dans les êtres sacrés en qui il se personnifie. L'homme ne peut faire un pas sans sentir la divinité présente, et, jusqu'à Thumble bocage et au ruisseau discret, il n'y a rien qui n'ait son génie tutélaire.
La terre et le ciel étant ainsi unis par un poétique hymen, il s'établit entre les dieux et leurs adorateurs comme une conversation continuelle. La moitié de l'année est consacrée à des fêtes oii dansent, luttent et chantent de beaux jeunes gens, oîi le peuple iapplaudit des vers harmonieux, où enfin on célèbre par les jeux et les ris ces aimables habitants de l'Olympe propices au plaisir plutôt qu'à la pénitence. Chaque action un peu importante est précédée de prières, d'offrandes, de sacrifices; on consulte les oracles, on interroge les devins; les dieux laissent lire leurs volontés dans les entrailles des victimes, dans le vol des oiseaux, et il n'est aucun phénomène de la nature qui ne devienne un divin langage.
Toutefois,^ cette religion qui, à l'extérieur, pénètre tout et se mêle à tout, n'en veut point à l'âme tout entière. Elle ne formule point de dogmes, elle ne lie point les consciences par l'autorité d'un livre sacré; elle est, avant tout, un ressort politique; elle fait partie de la constitution et des mœurs nationales.
Sans doute, il s'y cache un dogmatisme énigmatique, dont les mystères donnaient peu à peu le mot aux initiés; mais ce dogmatisme, déguisé par des mythes profonds tels que l'histoire de Pandore, de Prométhée, d'Hercule, de Psyché, demeura toujours complètement en dehors de la religion publique.