‹ La pensée antique (de Moïse à Mare-Aurèle)Chapitre 46 sur 103 · DU POLYTHÉISME ET DU GÉNIE HELLÉNIQUE · texte numérisé non relu

DU POLYTHÉISME ET DU GÉNIE HELLÉNIQUE

Les dieux sont conçus sous la forme humaine et avec les passions humaines. Ce qui les distingue des hommes c'est leur perpétuelle félicité. Encore cette félicité estelle toute humaine : elle consiste en festins, jeux et amours et ne dépasse pas Tidéal des vieux héros de la Grèce.

Au-dessus dés dieux, de même qu'au-dessus des hommes, plane l'invincible Destin ; et les poètes nous parlent sans cesse de ce pouvoir supérieur, comme pour nous faire entendre que leurs dieux ne sont, par rapport à la vraie divinité, que des ombres avec lesquelles joue rimagination des faibles mortels.

En effet, la religion grecque est une religion d'imagination plutôt que de foi, et, quoiqu'il s'y môle certaines notions de justice telles que l'idée d'une autre vie et de châtiments réservés au crime après la mort, l'esthétique y prime la morale.

Le Panthéon hellénique a été, avant tout, le Panthéon de l'art. Œuvre poétique du génie grec, il a servi de fond à toutes les autres œuvres poétiques que ce génie a créées.

Harmonie de la religion et du génie hellénique.

Le propre de ce génie était le sens de la variété et de l'unité, du fini, de la mesure, de la grâce en toutes choses, comme il convenait en un pays où les bosquets : fleuris côtoient les rocs sauvages, où, pendant de longs étés, la neige des montagnes et la verdure des vallons se mirent dans un ciel bleu, où enfin rit un soleil doré dont les rayons, qu'attiédit une douce fraîcheur, échauffent l'inspiration bien plus que les froids climats du Nord, et ne l'enivrent pas comme les brûlants climats

de rOrient. Là, au sein d'une riche et saine nature et au milieu d'institutions variées et fécondes comme elle, la pensée artistique jaillit vive et limpide dans une atmosphère de lumière et d'harmonie. 11 lui faut la pureté de la forme avec la puissance de la vie; elle la rencontre au plus haut degré dans Thomme, non tel qu'il est, mais tel qu'on peut le rêver d'après ce qu'il est, et, fascinée par cet abrégé de toute beauté, elle en fait le type du divin qu'elle sent partout manifeste.

Dès lors, l'idée religieuse prend vie sous mille incarnations différentes. La divinité se joue parmi les hommes et l'humanité se joue parmi les dieux. Toute idée se détermine en un corps, et tout corps se revôt d'une idée; à travers toute matière resplendit l'esprit, et tout esprit a son enveloppe matérielle; tout est sentiment, et tout est raison; tout vit, respire et aime ; tout pense et fait penser.

Chez le Grec, il y a toujours du moral dans le physique et du physique dans le moral, du divin dans l'homme et de l'humain dans le dieu ; et c'est merveille comme l'artiste est habile à fondre l'un avec l'autre.

Regardez ce Jupiter : le dieu c'est l'homme, mais dégagé de sa mortalité, transfiguré par l'idée qu'il porte en lui, et revêtu d'une grâce, d'une majesté olympienne. Regardez cette Vénus : la déesse c'est la femme, un charme vit en elle; mais à travers ses belles formes, il y a je ne sais quel rayonnement immatériel qui purifie sa nudité et interdit aux sens de troubler le ravissement de l'âme devant l'idéale apparition.

Mêmes caractères dans l'architecture et parliculièiHî-

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ment dans les temples des Grecs. Ils ont quelque ressemblance avec des êtres humains en qui resplendirait quelque chose de plus qu'humain.

L'Indien, dominé par la notion de l'unité infînie, traduit l'impossibilité et le besoin de la représenter, en des œuvres démesurées et informes, qui s'enfoncent profondément dans la terre, où sont ébauchés toutes sortes de monstres, mélanges singuliers de la plante, de la bote et de l'homme, à plusieurs tôles et à plusieurs bras, et où les mfimes représentations se trouvent multipliées indéfiniment pour donner une idée de l'incommensurable.

L'Égyptien, s'inspirant de son culte pour l'universel mystère, ne s'en tient pas à mêler la forme animale avec la forme humaine et à faire d'énormes colosses dont les membres fixes et roides sont marqués du sceau de l'immobilité; il construit, au-dessous et au-dessus de la terre, des édifices immenses, magnifiques demeures du silence et de la mort, dont la masse est tout à la fois pesante et grandiose, et qui, par leur vaste solitude, donnent la sensation profonde de l'invisible, de l'éternel.

Rien de ce sublime solennel, rien de ce vague étrange dans l'archi tectonique grecque, qui lire ses mesures de la figure humaine. Mais quel fini ! quelle harmonie ! quelle mélodieuse manifestation de l'esprit dans la matière ! Le temple grec, avec ses élégantes proportions si admirablement concertées, oîi la grâce et la dignité se tempèrent et s'embellissent mutuellement, trans- ■fonne les pierres en une personnalité vivante autour de laquelle flotte une auréole divine.

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