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LA CIVILISATION GRECQUE

Les deux sentiments de Thumain et du beau qui, s*expliquant eux-mêmes Fun Tautre, expliquent Tart et la religion des Grecs, expliquent également toute leur civilisation avec ses qualités et ses défauts.

Les Grecs entendent la civilisation comme un poème. Leur idéal est le développement le plus varié au milieu de la plus parfaite unité.

Cette unité qui doit tout ranger sous sa loi c'est la cité. Elle domine la famille, dont l'objet propre est d'accroître le nombre des citoyens; elle pèse sur l'individu, qui, comprimé dans sa liberté personnelle, est tenu de se laisser morigéner par l'Etat ; elle absorbe la religion et réducation, qu'elle emploie comme les deux grands agents des mœurs nationales; elle se complaît dans la guerre où elle voit, en même temps qu'une source de grandeur et de gloire, une école de virilité et d'esprit d'initiative; enfin, elle s'appuie sur l'esclavage, ce monstre hideux qui entretient sa vie : injustices fatales, semences de mort pour ces démocraties, démagogiques par certains endroits, et, par d'autres, si aristocratiques !

Mais, en revanche, remarquez que l'unité dont il s'agit n'est pas une unité morte, comme en font les despotes, c'est une unité vivante. La cité réside dans le concours actif des citoyens. Associés au gouvernement, ils ne songent point à critiquer ce qui s'y mêle d'exclusif et de tyrannique ; ils se confondent avec la patrie et aiment ses institutions comme ils s'aiment euxmêmes.

S'ils sacrifient une partie des droits de l'homme.

DU POLYTHÉISME ET DU GËXIE BELLË.MQUE 160

c'est pour exagérer les droits du citoyen ; mais ils usent de ces droits du citoyen pour le perfectionnement de l'homme.

Bien difTérents de ces peuples, malheureusement si nombreux, dont la civilisation est toute en dehors, et qui cherchent le progrès dans des combinaisons où l'individu n'est pour rien, les Grecs considèrent l'homme comme la valeur, la force véritable, par qui prospère, grandit et se défend la patrie. Forger l'homme, tel est, pour eux, le grand emploi des loisirs que leur ménage le travail servile. Ils n'ont rien tant à cœur que de favoriser, par la double glorification de la gymnastique et du commerce des muses, la culture de l'ôtrc humain, chair et esprit, muscles et pensée.

11 est vrai qu'ici encore leur instinct de l'unité les égare quelquefois au point d'assimiler beauté et bonté; ainsi ils absoudront la courtisane criminelle : elle leur est apparue toute séduisante, ils la proclament toute sanctifiée.

Mais, s'ils ne comprennent point un beau corps sans une belle âme, c'est que leur effort va à développer de concert toutes les puissances de l'ûtre. Aussi est-ce parmi eux qu'on rencontre le plus d'hommes complets.

Représentez-vous les personnalités grecques qu'a racontées Plutarquc. Comme ces anciens étaient de riches natures! Quelle exubérance de vie! Quelle ravissante nudité ! Que de grandeurs, que de faiblesses franches et vraies ! Ne sommes-nous pas bien petits en comparaison î Obsei-vez surtout ce merveilleux mélange des qualités les plus diverses. Un Epaminondas, par exemple, n*est-il pas comme une fleur de la Grèce,

qui, ailleurs, n'aurait pu avoir son plein épanouissement ?

La primauté philosophique et artistique des Grecs.

Un pays où Thumanité sait si bien sentir et accroîlre en tout sens la force qui est en elle se trouve par làmôme prédestiné à être le paradis de ces fruits supérieurs de la culture humaine, qui s'appellent précisément de ce beau nom : les humanités.

Il ne faut donc pas s*étonner si la Grèce est la patrie naturelle de la poésie et de Tarf, des sciences morales et de la philosophie.

Dans cette contrée privilégiée, Fesprit philosophique et Tesprit poétique se développent en mêmetemps^ sans s'altérer Tun l'autre; la maturité et la jeunesse de la pensée s'allient dans une délicieuse harmonie, et, à côté de la naïveté, de la simplicité, de la fraîcheur d'imagination la plus séduisante, se déploient une ampleur de savoir, une puissance de recherche, une subtilité d'analyse qui élèvent la méthode et la critique au niveau de la force inventive et créatrice, et font que, malgré l'opposition de l'abstrait et du concret, du général et de l'individuel, les progrès des Grecs dans Tétude du vrai égalent leur prééminence dans la production du beau.

Par une coïncidence qui n'a rien de fortuit et qui est profondément instructive, c'est de l'époque où Solon organisa la démocratie athénienne que date chez les Grecs ravèncment de la libre recherche et de la science indépendante.

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