‹ La pensée antique (de Moïse à Mare-Aurèle)Chapitre 54 sur 103 · LEUCIPPE · texte numérisé non relu

LEUCIPPE

L'abdéritain Leucippe disait que, sans le vide, le mouvement ne saurait s'expliquer ; et, pour montrer que le vide existe, il se prévalait, par exemple, de ce que le vin renfermé dans une outre est toujours réductible à un moindre volume, ou bien encore de ce qu'on peut verser dans un vase rempli de cendres autant d'eau qu'il en contiendrait si rien n'y était déjà contenu.

En même temps qu'il considérait le vide comme le

lieu du mouvement, Leucippe considérait les atomes comme la matière même du mouvement.

Les atomes, tels que les entendaient ce philosophe et ses disciples après lui, sont les particules simples, les éléments insécables des corps. Revêtus de propriétés diverses selon leurs différences de forme, d'ordre et de position, en butte à une agitation constante, et semblables à ces molécules légères et brillantes que l'œil voit tourbillonner dans un rayon de soleil, ils s'unissent, se séparent, se rencontrent en mille manières : de là cet univers avec ses perpétuels changements.

DÉMOGRITE

Cette doctrine fut complétée par Démocrite, esprit vaste, merveilleusement habile à prévenir toutes les difficultés.

Pour établir Texistence des atomes, il se prévaut de ce qu'il y a d'absurde dans la divisibilité à Tinfini;

Pour démontrer qu'ils ont toujours été et qu'ils seront toujours, il invoque l'impossibilité d'assigner un commencement au temps, à l'espace et au mouvement;

Pour expliquer naturellement tous les phénomènes par des combinaisons atomistiques, il déclare, que les atomes sont impénétrables et doués d'une pesanteur proportionnelle à leur volume et différencie les modes du mouvement, selon qu'il est spontané ou communiqué, oscillatoire ou circulaire ;

Enfin, pour rendre compte de la pensée, il oppose aux atomes crochus les atomes ronds, de nature ignée, qui composent les âmes.

Le point d'appui de toute la théorie est ce principe :

ÉCOLE ATOMISTIQLE 191

« le semblable agit sur le semblable. » Ainsi toute action ol toute passion supposent un contact et un mouvement qui Topère.

C'est du contact de nos organes avec les molécules

sal>tiles, projetées sans cesse par les différentes agréga-

Woxis d'atomes, que résultent, devenant tour à tour

sexisation et pensée, ces « fantômes corporels » qui sont

ies idées,

IMais alors comment expliquer les idées qui ont pour

^t>jct la divinité? De la même manière. Nos idées

^'^^ ï^ les dieux, selon Démocrite, sont, elles aussi, les fan-

*^^ï>nes de certains êtres semblables à nous, quoique

Pl Vxs grands que nous, qui habitent les airs et auxquels

^^^tre ignorance des causes naturelles prête menson-

S'^x^ement une puissance souveraine.

He sage n'est pas la dupe de la crédulité des foules ;

^■^ ÇDrend plaisir à voir la nature s'expliquer elle-même;

^^ 53onge à jouir de la vie en se recueillant à l'abri de

^^^te sollicitude, et^ par l'égalité d'humeur, il se rend

^^'^ssi heureux que possible.

Xes anciens racontent que Démocrite, outre qu'il vécut ^^tigtemps dans la grande Grèce où Leucippc enseignait, ï^^ircourut l'Egypte, la Perse et les Indes. Ces pérégrinations l'ayant ruiné, les Abdéritains, ses compatriotes, jugèrent, à son retour, qu'il était un insensé et voulurent le frapper d'interdiction. Alors Démocrite leur lut publiquement un de ses livres. Les Abdéritains furent saisis d'admiration; et passant, comme c'est l'humeur des foules, d'un excès à l'autre, ils lui votèrent une pension, ils lui élevèrent des statues, ils le mirent à la tète de la ville.

On sait que ce philosophe avait aux lèvres un perpétuel sourire. Il riait de Thumanité pour ne pas pleurer sur elle à la façon d'Heraclite. Là où celui-ci trouvait matière à la pitié, il ne trouvait de place que pour la moquerie. C'est que la vue de nos maux le frappait moins que celle de notre sottise. Toutes choses lui semblaient trop vaines pour les prendre au sérieux et trop plaisantes pour ne pas les prendre en gaieté.

C'est l'honneur de Démocrite d'avoir ébauché dans l'antiquité l'œuvre de la science, en entreprenant, et cela de façon bien plus expresse qu'Heraclite, de tout ramener au mouvement. Son tort consista à ne rien voir au delà.

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