DE L'ÉTUDE DES ANCIENNES DOCTRINES DE L'ORIENT
Il n'a été que trop commun d'absorber Thumanité dans les Juifs, les Grecs et les Romains, et de confondre avec rhistoire universelle un coin de Thistoire particulière, comme si voir la Méditerranée était voir tous les Océans.
Que penseraient donc les sages de Tlnde ou de la Chine, s'ils lisaient tel de nos livres les plus admirés oîi on prétend raconter la marche et les destinées de rhumanité, et où il n'est point du tout parlé d'une des deux moitiés de l'humanité, de celle-là môme qui fut le plus anciennement civilisée et qui a été comme la
Fabre. — Pensée antique. 1
première nourrice de Tautre? Ne pourraient-ils pas nous dir« ce que disait à Platon ce prêtre de Memphis : « Platon, vous autres Grecs, vous n'êtes que des enfants ! Vous ne connaissez rien de ce qui est plus ancien que vous ; remplis de votre propre excellence et de celle de votre nation, vous ignorez ce qui vous a précédés, et vous croyez que ce n'est qu'avec vous que le monde a commencé d'exister. »
Tel un homme qui, le soir venu, à l'aspect du soleil qui illumine l'Occident, méconnaîtrait que l'Orient a été tout d'abord inondé de ses feux.
Pourtant n'y a-t-il pas ici quelques phénomènes de vitalité qui devraient frapper les esprits et les faire songer ? Thèbes, et Babylone, et Ninive, ont été englouties, les grands empires dont ces villes étaient les capitales ont disparu, et sur ces ruines se sont élevés de nouveaux empires disparus à leur tour; or voici que la Chine est là, debout, comme elle était debout quand florissaient ces sociétés maintenant évanouies, comme elle était debout. lorsqu'il n'y avait que des marais à l'endroit d'oîi Romulus devait faire sortir Rome, lorsqu'il n'était pas encore venu d'Egypte un Cécrops pour fonder Athènes, lorsque le peuple juif attendait encore son Moïse.
Cette durée est-elle donc un pur effet du hasard, un simple accident de géographie ? Certes, après avoir été battue de tant de flots qui ont tout renversé autour d'elle sans faire chanceler son gigantesque édifice, la Chine peut bien, du haut de ses cinquante siècles, regarder avec quelque mépris ces nouveaux venus qui disent : ft Nous sommes, et il n'y a que nous. En dehors de nous, pas de vérité, pas de moralité. »
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Mais, hommes trop prévenus, ne voyez-vous point que ce qui se perpétue ainsi est vraiment solide, et que cette solidité manquerait s'il n'y avait là pour ciment une grande part de vérité et une grande part de moralité ?
A vous entendre, l'idée morale est née hier et c'est hier seulement que, comme une voix de salut dans la solitude, le mot de charité a retenti au milieu de Tuniversel égoïsme. Ainsi l'Inde et la Chine ont pu être si florissantes sans qu'aucun souffle d'amour, de dévouement et de sacrifice eut passé parla? Ainsi tout le reste, hormis nous, si heureusement nés d'hier, n'est qu'un immense troupeau de déshérités ?
Et c'est pour glorifier Dieu que vous parlez ainsi ! Comment parleriez-vous donc si vous vouliez l'outrager ?
Mais à quoi bon discuter quand les faits, quand les textes sont là, évidents pour tous, et donnent raison à la raison? Cependant encore faut-il consentir à regarder ces faits et à interroger ces textes. Or, on prétend connaître tous les monuments de la sagesse humaine et on ignore, par exemple, l'enseignement d'un Confucius dont la doctrine se soutient depuis deux mille ans et règne encore sur plus de trois cents millions d'àmes !
Qu'on daigne donc regarder, qu'on remarque que ce sage, qui vivait il y a vingt-quatre siècles, rapportait sa sagesse à ses prédécesseurs et se plaignait qu'en son temps on fût si profondément déchu de la philosophie des ancêtres ! Qu'on considère, en outre, cette Egypte dont la pensée profonde se fait jour à travers les mystères qui l'enveloppent encore ! Qu'on examine ces
vieilles civilisations de la Perse et de Tlnde où apparaissent, dès les temps les plus reculés, une métaphysique si savante et les inspirations de la charité la plus sublime! Qu'on repasse par la pensée à travers toutes ces grandes routes que rintelligence s'était ouvertes si longtemps avant notre ère; et peut-être renoncera-t-on à cette vanité puérile qui veut que la date d'une phase nouvelle dans le développement humain soit la date de l'avènement de l'humanité dans l'humanité.
Nous commencerons par le plus obscur, par les doctrines de l'ancienne Egyple, Les sphinx mystérieusement accroupis dont est demeurée peuplée cette terre classique des symboles y figuraient le symbolisme et la figurent aujourd'hui elle-môme, sphinx giganlosque dont nul encore n'a complètement deviné l'énigme, malgré l'énorme multiplicité des monuments et des documents découverts.
Aussi loin qu'on remonte dans l'antiquité, on trouve l'Egypte tout organisée avec ses rois, ses prêtres et ses dieux, se disant déjà bien vieille, déroulant l'interminable série de ses généalogies, et donnant le spectacle de ses grands corps de pierre, œuvre d'une archileclure simple, hardie, sublime.