LES PRÊTRES ET LES DIEUX DE LÉGYPTE
En Egypte, tout était dominé par le coll&ge des prêtres, qui étaient en même temps les savants.
Les secrets de leur science convertie en privil&gc étaient le nerf de leur puissance. Imaginez un Franklin, un Leverrier, au milieu de foules ignorantes et superstitieuses, auxquelles ils persuaderaient, l'un avec
son paratonnerre, qu'il commande à la foudre ; Tautre, avec ses calculs astronomiques, qu'il commande aux astres, si bien qu'une comète apparaît par son ordre et que, par son ordre, le soleil et la lune s'éclipsent.
Ces pieux et doctes despotes réussirent merveilleusement à assagir une grande nation, et ils entendirent à fond le régime qui assouplit le mieux les corps et les âmes; mais ils eurent le tort immense de traiter le peuple à la façon des enfants, au lieu de Télever, audessus du culte des formes sensibles, jusqu'aux vérités abstraites dont ces formes étaient pour eux les pâles symboles. De là le double aspect de la mythologie égyptienne : ridicule, si, avec l'ignorant, on y prend le polythéisme à la lettre; vénérable, si, avec le savant, on y reconnaît le langage de la foi monothéiste exprimant la multiplicité infinie des attributs 4e Dieu.
C'est surtout à l'Egypte que fut longtemps applicable le mot de Bossuet : « Tout était Dieu, excepté Dieu lui-même. » Il y avait les dieux-éléments, les dieuxlumière, les dieux-animaux, les dieux-hommes, suscités les uns par la crainte, les autres par la reconnaissance. Qui n'a entendu parler des crocodiles et des bœufs sacrés que choyait et vénérait, avec une inépuisable magnificence, le fétichisme des foules et de leurs prêtres?
Mais peu à peu le symbolisme tend à remplacer le fétichisme dans l'infinie variété des cultes en honneur. Le jour arrive où le dieu Amon, naguère confondu avec le peuple des dieux, prend l'empire au sommet du Panthéon égyptien, sans toutefois mettre un terme à cette adoration des animaux, oies, chats, taureaux, éperviers, et à ces évocations de morts, à ces hantises
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de revenants, à ces incanlations de la magie, siir lesquelles spéculait l'imposlurc des habiles et dont avait besoin l'imagination superstitieuse des simples.
Nombreux étaientlcs dieux qui rendaient des oracles. Mais le grand oracle, l'oracle sans cesse consulté par les Pharaons, c'était Amon.
Pour le vulgaire Amon-Ra n'est que le roi des dieux, le seigneur du ciel; mais les sages adorent en lui le Dieu unique, l'Être suprùme.
Au-dessous de l'Élre suprôme est la « Sagesse » sortie de lui à l'appel de son sourire et de sa parole. Le Père de toutes choses l'ayant rendue féconde, elle a enfanté le Soleil et s'est incarnée dans la Nature infinie. A elle il appartient de dire d'elle-même : « Je suis tout ce qui a été, tout ce qui est et tout ce qui sera. Nul n'a soulevé le voile qui me couvre. »
Auprès de la Sagesse éternelle, qui est la force créatrice, est placé « l'Ouvrier divin », lui aussi né de l'Etre suprême, et en qui se personnifie la force organisatrice donnant aux mondes leurs lois, aux esprits leurs inventions, à la philosophie ses principes.
A cette première hiérarchie de puissances divines se subordonnent plusieurs autres hiérarchies où les divinités, représentées tantôt sous forme bestiale, tantôt sous forme humaine, tantôt sous forme moitié bestiale, moitié humaine, sont groupées de trois en trois, parce qu'on dislingue en tout le principe mâle, élément aclil qui féconde, le principe femelle, élément passif où la fécondation se produit, et enfin le fruit de leur union.
Vers le bas de l'échelle, là où semble s'achever la série des incarnations du grand Être, se trouvent Isis,
8 Lk PENSÉE DANS LE MONDE ORIENTAL
Osiris et leur fils Horus, divinités familières, plus accessibles que les autres aux esprits grossiers et en qui élaient figurés tantôt la lutte victorieuse du bien contre le mal incarné dans Typhon, tantôt l'avènement de rhumanité sans foyers et sans lois à la civilisation, tantôt la double influence du Soleil et du Nil, ces deux pères nourriciers de la terre d'Egypte.
Enfin, comme la Providence bienfaisante pénètre tout, astres, éléments, bêles, plantes, tout était considéré comme pouvant revêtir un caractère sacré et servir de sanctuaire à un Dieu. Chaque canton de l'Egypte avait ses génies protecteurs, ses dieux à part qu'il adorait, et l'ensemble de ces dieux constituait une espèce de féodalité divine.
Les contes que les imaginations avaient brodés sur les interminables dynasties des dieux formaient la plus vaste et la plus complexe des mythologies.