‹ La pensée antique (de Moïse à Mare-Aurèle)Chapitre 61 sur 103 · LV-r-"^-- ;■ '.T%-Si · texte numérisé non relu

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Sophistes ces artistes, ces poètes, ces romanciers, ces dramaturges qui transforment le beau en objet de charlatanisme, cherchent le succès dans le scandale, inoculent aux âmes le vice pour s'acquérir du renom, sacrifient Tart au métier et ne visent qu'à faire de l'argent ;

Sophistes ces éducateurs qui s'évertuent à fabriquer de petits prodiges dont la tête est pleine de choses vides, l'esprit aussi creux que brillant, le cœur sec et vain, le caractère souple et sans force ;

Sophistes ces politiques qui, n'ayant à la bouche qu'ordre, liberté, droit, oppriment le droit, confisquent la liberté et sèment le désordre ;

Sophistes ces théologiens qui, semblables au devin de Platon ou aux casuistes de Pascal, font de la religion un trafic entre la divinité et l'homme, subordonnent la morale soit à une interprétation de textes, soit à l'autorité de docteurs graves, soit à la raison d'Etat d'une église ; purifient le vice des moyens par la sainteté du but; proclament le ciel intéressé aux opinions €qui leur profitent, et battent la grosse caisse avec le Xiom de Dieu ou de ses saints ;

Sophistes ces critiques qui, se moquant des gens hissez dupes pour prendre la vérité et la justice au sérieux, prétendent tout comprendre et ne rien affirmer; 'regardent le train des choses non en hommes, mais ^n amateurs curieux ; affectionnent les formules nuageuses où chacun peut trouver satisfaction ; en un mot, "tolèrent tout, admettent tout, sous prétexte que tout ^st susceptible de quelque vérité et que chacun juge à son point de vue ;

Sophistes enfin ces soi-disant philosophes qui, experts

à amalgamer les doctrines de ceux qui avaient pensé avant qu'ils se missent à parler, accommodent leurs systèmes à leurs petits intérêts, contredisent leurs discours par leurs actes» cherchent à étonner les hommes plutôt qu'à les éclairer, et substituent aux simples dictées de la raison les inventions singulières où leur orgueil trouve son compte,

A coup sûr, tous ces gens ont quelqufoîs des visées honorables qui les distinguent avantageusement d'un Gorgias et d'un Protogoras, lesquels pourtant se croyaient de féconds remueurs d'esprits et d'utiles révolutionnaires ; mais ils se mettent à côté de ces artisans de paradoxe par cela seul qu'ils traitent l'idée comme une matière d'exploitation, fardent leur pensée, s'enquièrent de l'opportun plutôt que du juste et sophistiquent à plaisir la vérité.

Le grand adversaire des sophistes fut un homme que le vulgaire de ses contemporains confondit avec eux, à la suite d'Aristophane, parce qu'en les attaquant il se servit très souvent de leurs propres armes. Cet homme, le grand initiateur de la philosophie ancienne, c'est Socrate.

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