ARISTIPPE
Aristippe de Cyrène, le chefde Técole cyrénaïque, disait de Diogène : « S'il savait faire la cour aux princes il ne se contenterait pas de légumes. » Mais Diogène disait beaucoup plus sagement : « Si Aristippe savait se contenter de légumes, il ne s'abaisserait pas à faire la cour aux princes. »
Aristippe, disciple indigne de Socrate, est bien le type de ces prétendus sages qui prennent pour règle de la vérité leurs aises, leurs goûts, leurs passions, leurs calculs, et font une grande dépense d'esprit pour se justifier d'être sans dignité et sans vertu.
Il demandait un jour une grâce à Denys le tyran. Le tyran ne Técoutait point. Le philosophe se jeta à genoux et ainsi se fit écouter. « Fi ! lui dit ensuite quelqu'un, vous humilier à ce point! C'est honteux ! » — « C'est honteux, je l'avoue; mais ce n'est pas ma faute si Denys a les oreilles aux pieds. »
Dans une autre circonstance, Denys lui cracha au visage. 11 demeura humble et soumis sous Taffront, et Tun de ses amis le lui reprochant : « Eh quoi ! répondit-il, les pêcheurs se mouillent bien pour attraper un goujon ; voudriez- vous donc que je me plaigne, quand un peu de salive tombée sur mon visage va me faire pêcher un turbot ou un saumon ? »
Et pourtant, Aristippe, en même temps qu'il faisait de la jouissance le but de la vie, prétendait enseigner à ne pas être esclave du plaisir et déclarait qu'il s'appartenait toujours pleinement : « Je possède Laïs, dîsait-il, mais Laïs ne me possède pas. »
A ses yeux, s'instruire c'était s'affranchir. Un riche citoyen d'Athènes lui demandait de se faire le précepteur de son fils. — « J'accepte, dit le philosophe, moyennant cinq cents drachmes. — Comment! s'écria le Cré— sus. Avec cette somme j'achèterai un esclave ! — Achètes-enun, répondit Aristippe, et tu en aurasdeux. i>
Comme il voyageait sur mer, une indiscrétion lu£ apprit que le vaisseau appartenait à des corsaires disposés à lui prendre la bourse ou la vie. Pour lors, il s^ mit à compter son argent, et, feignant une maladresse 9 le laissa tomber dans la mer : de quoi il se donna Faiir d'être fort affligé. Un ami lui ayant dit son étonne— ment : « Eh, répondit-il, ne valait-il pas mieux qu'Aristippe perdît son argent que si son argent l'avait perdu? »