‹ La pensée catholique dans l'angleterre contemporaineChapitre 12 sur 41 · Univ. Scnn., p. ^i · texte numérisé non relu

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LE VoYAM'. iiô

ments réellement convaincants. Xewman renonce d'avance à persuader ceux qui viendraient à lui en état de défense, résolus à contredire plutôt qu'à se laisser gagner, à n'accepter rien que ce qu'ils croient irréfutable, et à imposer à la foi des exigences auxquelles ils ne songent à propos d'aucune autre doctrine morale. Son apologétique n'est pas d'attaque. 11 comprend à merveille les difficultés des sceptiques, il sait fort bien qu'à une religion bâtie sur le mystère il faut admettre des objections insolubles et que prétendre le contraire c'est être rationaliste à rebours. Toute sa défense est celle de Butler auquel il doit beaucoup de sa méthode et même de son esprit : c'est au fond celle de tous les grands philosophes chrétiens de tous les temps. Origène la résumée en deux lignes : « Celui qui croit que l'Ecrilure a le même auteur que la nature, doit être prêt à rencontrer les mêmes difficultés dans l'une que dans l'autre. » On ne gagne rien à nier ou à déguiser ces diffiicultés quand on se mêle de les réfuter, mais aussi, on peut montrer à ceux qui s'y buttent qu'ils passent sans réclamer sur cent difficultés semblables. L'incrédulité a sa logique, mais du moment qu'elle pousse cette logique à bout, elle devient nécessairement moins incrédule.

Tout ce que Newman croit pouvoir faire, c'est présenter à l'esprit des probabilités, et moins des probabilités résultant de raisonnements plausibles mais non convaincants, que des impressions nombreuses et complexes, produites d'ensemble et non par séries, d'où résulte la probabilité. « Le véritable office d'un écrivain est de faire naître et diriger des trains of ihought, » c'est-à-dire presque autant des

dispositions mentales que des opérations mentales. On ne lutte pas avec les idiosyncrasies intellectuelles d'un homme, au moyen d'arguments. L'influence de l'hérédité, de l'éducation, de l'état moral et même physique est trop profonde et subtile pour qu'un nombre déterminé de syllogismes la modifie, La reconstruction de l'édifice mental d'un homme est l'œuvre de la vie bien plus que des discussions et des livres : une déception, une tristesse féconde, font plus parfois que cent volumes pour ouvrir l'âme à la vérité. La thèse classique où l'on affirme l'influence de la volonté sur l'intelligence étonne presque toujours les jeunes gens : un peu d'expérience leur en fait toucher du doigt la vérité. En matière morale l'homme incline son vouloir du côté où se tourne son désir. Et celui-ci varie avec les circonstances que le hasard, diront les uns, la grâce, disons-nous, font naître. Si ce puissant ressort se trouve être en faveur de la croyance, des probabilités que dans le cas contraire on déclarerait faibles, paraîtront d'autant plus fortes qu'on souhaitera davantage les voir telles, et le travail de persuasion deviendra possible ou môme facile.

Ncwman demande cependant encore une troisième condition connexe aux deux autres. Il veut que, outre le désir de croire et la disposition à se contenter en matière religieuse comme en tout ce qui n'est pas exclusivement scientifique, de la certitude morale, on lui accorde encore un certain nombre de points de départ ou àassumptions : « Je ne m'adresse pas à ceux qui dans le mal moral et dans le mal physique ne voient que des imperfections parallèles d'une même nature; qui estiment que le

progrès de la race humaine tend constamment à l'annihilation du mal moral ; que la science est vertu et l'ignorance vice; que le péché est une terreur d'enfants et non une réalité; que le Créateur ne punit pas, quil redresse; qu'un Dieu vengeur est un Dieu vindicatif; que nous ne savons rien de lui que par les lois naturelles ; que les miracles sont impossibles, la prière superstitieuse, la crainte du Ciel indigne d'un homme ; que le regret du péché est servile et bas ; que l'adoration véritable est de tenir sa place dans le monde, et le vrai repentir, d'améliorer sa vie ; que si nous faisons notre devoir ici-bas nous n'avons pas à redouter l'au-delà; qu'enfin il est oiseux de spéculer sur une vie future tout entière hypothétique. Ces opinions caractérisent une époque de raflinement, et si je dis que je ne veux pas entrer en discussion avec ceux qui les tiennent, ce n'est pas que je m'arroge le droit de trancher, mais parce qu'il est clairement absurde de vouloir faire accepter une seconde proposition à qui rejette la première *. »

Cette citation nous fait entrer dans la partie positive de l'apologétique de Newman, qu'il nous reste à décrire sommairement pour terminer l'inventaire de la Grammar of assent. On a voulu quelquefois la faire dépendre de Kant, et il y a en effet une ressemblance superficielle entre les deux Critiques et la Grammaire de l'Assentiment ^. Mais cette res-

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