Gram., p
2. On l'a fait remarquer de bonne heure (Cf. Fairbairn, Catholicism, Roman and Anglican, p. 206-214;. Le cardinal Newman a nié qu'il eût lu une ligne de Kant ou même de Coleridge (W. S. Lilly, Essays and Speeches, p. 1)7). Cela doit être vrai de Kant. Pour Coleridge, il a dû en connaître au moins des extraits, car il le cite {Gram^
semblance est purement apparente. Kant fait la critique de notre faculté de connaître elle-même. Newman la regarde comme un fait, au môme titre que la liberté, et borne sa critique aux conditions de la croyance. Cela met un abîme entre les deux points de vue. Les livres qui ont formé l'opinion de Newman sont tout simplement les deux ouvrages classiques auxquels j'ai déjà fait allusion : les Evidences de Paley et Y Analogie de Butler, le premier par répulsion, le second par attraction, mais l'un et l'autre dominés et dépassés par une perception merveilleuse de toutes les influences agissant sur la croyance. Paley dit : Concédez-moi l'existence de Dieu et la probabilité d'une révélation : je vous prouve tout le christianisme. Butler moins scolastique se contente de la probabilité que la révélation montre les mêmes ombres et les mêmes lumières que la science physique; que si l'on veut croire quelque chose au monde, on peut croire aussi à la vérité révélée : on n'en aura pas de démonstration, mais on pourra y adhérer par la certitude morale. Telle est aussi la pensée de Newman : c'est en somme une constatation de la logique dogmatique et nullement un point de vue des sceptiques.
Il y a cependant une autre ressemblance, celle-là frappante, de Newman avec Kant, mais c'est à partir d'un endroit où Kant, croyant rester dans son subjectivisme, en sort complètement pour établir sa morale. Les assuniptions sur lesquelles Newman fonde sa croyance à la religion naturelle ne sont pas des présuppositions sans preuve. Il renonce seule-
p. 30j). Il avait quatnvvingt-dcu\ ans ijuand il «icrivil la leUre cilêe par M. Lilly. On comprend que la mémoire ail pu lui faire défaut.
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ment à les défendre contre qui voudrait les contester, parce qu'il veut être « modestement 'égotiste » et dire uniquement ce qui détermine sa conviction personnelle. En réalité il les croit d'une telle évidence que ce prétendu sceptique va sortir de la réserve qu'il s'était imposée pendant les deux tiers de son livre et tomber dans le défaut même qu'il reproche à Paley. Il est heureux que la mauvaise application ou plutôt l'oubli d'une méthode ne prouve rien contre celte méthode.
Au commencement de YApologia, Newman raconte quêtant enfant, il était très porté à douter de la réalité du monde extérieur : la vie était un songe, il n'y avait que deux êtres dune évidence lumineuse : Dieu et lui-même *. Newman qualifie cette idée de « délestable » et il est certain qu'il n'en garda qu'une habitude de regarder la création comme le « bord de la robe du Créateur ». Cependant il est certain aussi que la présence de Dieu dans la conscience demeura toujours pour lui une intuition d'évidence et la plus haute des certitudes, sur laquelle toute sa vie morale et mentale se basait. En d'autres termes il était un génie religieux : il avait une perception du divin, profonde, directe et facile, comme les génies dont il parle dans la Grammaire, en avaient de la vérité mathématique ou des réalités poétiques. Il n'est donc pas étonnant qu'il ait attaché aux preuves de conscience une importance souveraine et excessive. D'autre part les philosophes catholiques de la première partie du xix* siècle s'appuyaient constamment sur la tradition et le consentement des peuples,