I. Life of Wiseman, II, "iiO
et sans expérience ou théoricien très enfermé dans une spécialité, on trouve ces idées barbares et révoltantes. Quand on les retrouve après avoir un peu vécu, elles semblent être de la sagesse vulgaire. Le sentiment chrétien, la moralité chrétienne dépendent assurément pour beaucoup de la dogmatique chrétienne. Rappelons-nous le mélange d'incertitude doctrinale et de prétendue foi pratique qu'on appelait le néochristianisme. D'étranges coquins portaient avec beaucoup de dévotion le masque du tolstoïsme. Si L'Eglise s'abandonnait aux faiseurs de théories c'en serait vite fait de son aube immaculée. Elle ne conserve la paix qu'en l'environnant, comme dans le noble emblème bénédictin, d'une épaisse couronne d'épines. Ceux qui la disent intransigeante et arriérée ou bien ne lui appartiennent plus ou bien sont encore incapables de la juger. Elle n'est pas intransigeante parce que ce mot ne peut s.'appliquer à la vérité, elle n'est pas arriérée parce qu'il n'est pas de son office de prendre les devants et que son devoir est au contraire de ne ratifier une doctrine que lorsqu'elle est tellement hors de doute qu'elle en est devenue banale. Il en serait autrement si elle attribuait à ses formules \ine finalité qui n' appartient j amais au langage humain , si elle croyait n'avoir rien à apprendre des hommes éclairés de chaque époque, mais cette prétention n'a jamais été celle de catholiques comme Wiseman et Newman : elle ne peut aller qu'avec l'étroitesse et l'ignorance. L'Église ne s'érige pas en juge de la science. Son expérience lui montre seulement qu'elle tient de son fondateur une formule de vie qu'aucune autre depuis dix-neuf cents ans n'a remplacée. C'est cette formule unique qu'elle veut protéger avant tout
et quiconque a senti ce qu'il y a de souverainement grave dans le mot de « vie » ne lui reprochera jamais de faire plus do cas de son secret que des curiosités d'un jour. Donc, sage liberté pour les individus, prudence et même méfiance dans l'autorité : telle est la formule de l'action de l'Église dans l'adaptation de sa doctrine. Inutile de dire que cette formule n'est pas un programme mais l'expression d'une tendance profonde, d'une sorte d'instinct, sans laquelle aucun organisme ne dure et qu'une institution vieille de vingt siècles possède sûrement à un degré singulier.
J'avoue mon goût pour la synthèse vaste et simple que je viens d'esquisser. Elle doit satisfaire, semblet-il, à la fois le philosophe qui a quelque désir d'une doctrine religieuse sur laquelle asseoir sa morale plus solidement que sur la philosophie, et le croyant inquiet des objections qu'on fait de toutes parts à sa croyance. Montrer que la tendance matérialiste est celle d'hier et non d'aujourd'hui, que le théisme, la doctrine d'un Dieu, d'une Providence, d'une moralité révélée dans la conscience mais voulue par Celui qui éclaire la conscience, est compatible avec la notion scientifique d'un monde en apparence livré aux lois physiques; montrer que le christianisme n'est pas tellement un bloc qu'en toucher la surface c'est le menacer tout entier, mais qa'au contraire il contient, comme toute doctrine soumise au langage humain, une part de relativité dont la condition est de changer perpétuellement; prouver par l'histoire que cette adaptation incessante est une chose du présent et du passé, aussi bien que de l'avenir, qu'elle laisse in-
tact tout ce qui nourrit le sentiment chrétien et la dévotion catholique, en écartant seulement des objections toutes liées à une position surannée des problèmes, — ce n'est pas démontrer Dieu et l'Eglise, cela va sans dire, — mais c'est rendre le christianisme et le catholicisme acceptables à des milliers d'hommes droits incapables d'appliquer aux choses religieuses des formes intellectuelles qu'ils n'ont jamais connues ou dont ils se sont déshabitués. M. Ward s'efforce de remplir ce programme avec un courage, une droiture, et en même temps avec un attachement à l'enseignement de l'Église qui doit lui concilier la confiance des chrétiens les plus timides aussi bien que des croyants les plus déclarés. Il est un type admirable de catholique éclairé.
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