LES ÉVOLUTIONS DE LA MESSE
La messe, sous sa forme la plus embryonnaire, date (lu 11* siècle où elle était encore la cène.
Après la pfière commune, le diacre criait : « Que les caléchumènes sortent! Que les pénitents sortent! Que les possédés sortent ! » Et tour à tour on voyait se retirer les aspirants au baptême, les pécheurs astreints à la pénitence, les malades que leurs contorsions nerveuses faisaient considérer comme en proie aux démons. Ce triple renvoi causait une grande impression.
De là le nom de messe, qui, par son étymologie latine, sigDÎGe renvoi, donné aux mystères dont ce renvoi était le prélude.
Le jour du Seigneur, des psaumes étaient chantés en commun, et les Ecritures sacrées, la loi et les prophètes, étaient l'objet de lectures que suivaient do pieuses exhortations. C'est après les prières, les chants, les lectures,
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les homélies, qu'avait lieu le renvoi des profanes. L^s fidèles échangeaient le liuîser de paix en témoignage d m> muluel pardon de toutes les offenses, et VAneien qtsi présidait l'assemblée faisait précéder le hani]uct eucharistique d'une invocation et d'une action de ^ràce^. aussi louchante que possible, comme dit saint Justin. A celte époque, pas de formule consacrée', a Les yeux levés au ciel, écrit Tertullien, les mains étendues parce qu'elles sont pures, la léte nue parce que nous n'avons à roufjir de rien, sans moniteurs quinovs enseignent def paroles convenues pari,e que c'est le cœur qui prie, nous adressons à Dieu nos supplications. »
C'est au 111°, au iv° et au v" siècles que se détermine de plus en plus la distinction entre le sacrifice offert à Dieu et le sacrement distribué aux fidèles et que commencent à se constituer des rituels, où le chrétien, faisant ses oblations, dit sa fui, ses vœux, son amour.
Au vi° siècle, le pape saint Grégoire compose un recueil de prières concernant ta célébration de la messe et l'administration de i'eucliarislie.
Déj?i existait cette formule, retenue dans le canon de la messe : « Nous vous prions, Seigneur, de recevoir, apaisé, celte oblation de notre servitude et de celle de loule notre famille, n A quoi Grégoire ajouta ces mots également conservés : « et Je fixer nos jours dans votre paix. »
A|>rè3 vient celle oraison, (jue suit aujourd'hui l'KIévalion et qui pourtant ne cadre guère avec le dogme de la transsubstantiation et do l'oblation à Dieu le l'ère de Dieu le Fils en personne : 'c 0 Dion, nous vous prions de faire que celle oblation soit bénie, npproun'e, ratifit'e, raisomiable, acceptable dont tutrtr son intègrtiM
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■fin qu'elle devienne /jour n'ius le corps et le sang de wolre Fils bien-almé, Jésus-Christ. »
Tout aussi antique était cette formule, maintenue dans l«8 églises d'Orient : « Nous vous offrons des chosea qui snns à vous, faites de elioses qui étaient à vous. « Or le moyen de croire que cela sig;nific : Nous vous oITrons ■^taiH-C/trisi, Dieu-Homme, avec son corps el son sang, ■orinés du [inia et du vin qui font partie de votre créa- ''on ?
A l'office du jour Ju Seigneur, les (iilèlcs êl.iionl tpnus ''e porter chacnn son offrande. Les vivres, l'urijenl, les "'jV»ux, les étoffes qu'offrait leur liliéralité étaient '■^Cueillis par les diacres et mid dans un dépûl spécial, l'^vtr servir à la subsistance du clergé, au soulagement ''•^s tnalheureux, aux fondations pieuses.
li'dsage s'éta()lit que l'ofticiant allât recevoir luï-inème '"S offrandes des personnages considérables et de leurs '®*iimes, tels à Rime les sénateurs et les patriciennes.
Pour la communion les fidèles apportaient des pains 'vilement nombreux que d'ordinaire l'aulel, formé par une grande table, en était comble. Ils apportaient en ">èine temps des fioles de vin qui étaient vidées par les 'diacres dans les calices destinés à la distribution de l'eu- •"baristie.
Du pain et du vin on faisait un partage, afin de n'en 'Consacrer que la quantité exigée par l'administration du ^■icrtment. Mais tout d'abord l'officiant appelait la bénédiction de Dieu sur la totalité des donsofTerls. lia la sorte 'B pain non destiné à la consécration était pourtant béni ; ^t comme le temps vint où on se relâcha de l'habitude lu' avaient primitivement les fidèles présents de participer
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tous à la sainte communion, ceux-là m&me <|ui s'c^ " excliiaieril communiaient encore en quelque iiianiêr«^*grà.ce à la dislribuiion du pain l)ûnit.
Dans l'ailininislralion de l'eucliarislic, il se conistU>]** une sorte de liiérarcliio- L'eucliarifiLie était donnée 80<^" cessivcment aux prêtres, aux diacres, aux diaconesse^aux moines, aux nonnes, aux autorités. Le peuple vens' ensuite.
Prêtres et diacres présentaient l'eucharistie de rafÊ en rang, d'abord le pain que le iitl'e\e prenait (/ans ^^ main el porlaii liti-niême à sa bouche; puis le vin q*** les assistants buvaient en trempant tour n tour lei»*"* lèvres dans les calices piésenlés par les discres.
G'està l'infini que se multiplièrent else compliquera •^ les prières et les cérémonies, souvent pleines de poé^- * et de grandeur, 11 y eut une liturgie du type gullica *" comme une liturgie du type d'.Vlexaudrie, une lîturg' -* i du type d'Aiitioche.
Dès la première heure, on avait récité le Pater, joi^^^ à la commémoration de la Cène el des paroles de Jésu ^^.
Les Évangi/es,]e Kyrie, le Credo, VAffnus De.i, fure^^^^ successivement introduits. j
On en vint èi faire, au cours de la messe, un abrt''^^^ de toute l'histoire de la religion. La création, la renai^^^ sance de l'humanilé après le déluge, la vocalio^^^ ' dAbtaliam, les faits et dits des prophètes d'Israël, l'ip::^'^ carnation, la rédemption, y étaient l'objet d'timpl resBouvcnirs el commentaires. De tout colu il reste fortes traces dans le rite grec, où l'oflice diviu esl Iri long. Oo remarque plus de concision dans le rite roini
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Quelquefois les formules employées semblent impliquer la présence matérielle du Christ dans reucharisUe ; le plus souvent elles n'impliquent que sa présence mystique, entendue dans le sens de cette pensée de Sénëque : ^< Vous vous étonnez que l'homme s'élève jusqu^à Dieu. )Ia.is Dieu lui-même descend jusqu'à Thomme. Bien plus, pour être plus près de lui, il entre dans F homme. En tout ju&te la divinité habite. »
Selon les vieilles formules du rite grec, c'est le Sainl- ^^ f)rit qui, par une sorte de renouvellement de l'incarna- ^'o n, infuse le Verbe dans le pain et le vin et fait de ^^ tle nourriture matérielle une nourriture spirituelle que '^ communiant reçoit « sous le toit de son âme ».
Xe prêtre demande que « la stibstance terrestre con- *^ ^*e à rhomme les dons divins » ; que « ce que les ^^-l«les célëbreqt en figure^ ils le reçoivent aussi dans la ^'^^-^iié même ».
Xe Adèle, en offrant a TÉternel le pain el le vin qui ^* i mentent sa vie, marque qu'il est prêt à lui offrir sa vie "^«ine.
Puis, ces sacrés symboles présentés à Dieu, ne sont-ils t^^spar nature, même avant d'être sanctifiés, les figures *^ la passion du Christ? Comme le blé a dû être broyé ^^ur faire le pain et le raisin pressé pour donner du vin, ^^tisi Jésus passa par les pires angoisses et les pires ^^rlures. C'ei^t participer au crime de ses meurtriers que ^^ recevoir en état de péché les signes de la sainteté.
Pour rendre sensible l'image de mort qu'offrait la
^^paration du pain et du vin, c'est-à-dire du corps et du
^ng, le prêtre perçait le pain consacré avec une sorte
^^ lancette, en répétant ces paroles de l'évangile : « Un
^Idat perça son côté avec une lance. » En même temps,
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comme de la plaie de Jésus il sortit] de Teau avec du sang, on mêlait au vin quelques gouttes d'eau, dont la théologie a faille symbole de riiumanilé mêlée dans le Christ à la divinité.
Mais voici qu'au vin* siècle, Jean [de Damas, le granrl champion du catholicisme, fort de quelques textes do Grégoire de Nysse et de Jean Chrysostome, enseigne dans le monde grec qu'après la consécration le pain et le vin sont bien réellement changés en corps et en sang* de Jésus-Christ ; qu'il y a une déification véritable, et que, non en figure mais en vérité, le Dieu-Homme est olTert à Dieu.
Le concile grec de Nicée adopte cette ^doctrine en 787. Selon les Pères de ce concile, de même que, dans l'incarnation, Jésus avait pris la chair et le sang de l'homme, rhomme, dans la communion, prend la chair et le sang de Jésus. Mais toutefois la substance du pain et du vin ne disparaît pas; il y a, qu'on me passe le mot, con- .v«/d5^an/2a/7on; et cette consubslantialion, de même que rincarnalion dans le sein de Marie, est Tœuvrc du Saint- Esprit.
Au ix** siècle, la doctrine de la présence réelle s'affirme dans TËglise latine en s'accentuant encore davantage
que dans TËglise grecque; et Tan i21S, le concile de Lalran promulgue le dogme do la Transstibsiantiation, d'après lequel la substance même du pain et du vin, anéantie, est remplacée par la suLslance du DieuIIomme présent dans toute la rîalilé de son être humain et divin.
La messe avait lieu jadis sans génuflexions, sans adoration. Maintenant, après la consécration, le prêtre