‹ La pensée chrétienne des Évangiles à l'Imitation de Jésus ChristChapitre 127 sur 244 · L'ALLIANCE DES GLAIVES SPIRITUEL ET TEMPOREL 37U · texte numérisé non relu

L'ALLIANCE DES GLAIVES SPIRITUEL ET TEMPOREL 37U

rappeler aux souverains que ce n'était pas sans molif qu'ils portaient le glaive; qu'ils étaient ministres de Dieu pour procurer le bien de leurs peuples, et que le plus grand bien était le salut. Pourquoi ne feraît-on pas dans la masse hérétique des entailles salutaires? On fait bien des incisions aux arbres pour enter des espèces nouvelles qui porteront un jour de bons fruits.

C'était Tavis des théologiens ecclésiastiques que l'unité catholique n'aurait jamais pu exister si elle ne se fût pas appuyée sur le concours du bras séculier et sur la force : « Il est évident, disait au xvii® siècle le docte évêque de Montauban, que l'instruction toute seule, sans le secours des puissances temporelles, n'aurait pas détruit ce grand nombre d'hérésies qui se sont élevées depuis la naissance du christianisme; et plusieurs subsisteraient encore sur la terre, si l'autorité ne les eût éteintes. L'Eglise instruisait, et les empereurs punissaient selon les besoins : elle remplissait son ministère ])ar la parole, et ils accomplissaient le leur par le pou- ^oir que Dieu leur a confié. Et c'est par ce concert :Knutuel du sacerdoce et de l'empire, que la religion catholique a conservé le dépôt précieux de la foi. »

Tueries d'hérétiques et d'infidèles, espionnages, tortures, bûchers de l'Inquisition, égorgements, proscriptions, vous avez fait de l'histoire du catholicisme le martyrologe des consciences; mais il faut, nous dit-on, vous bénir parce que le catholicisme vous doit de s'être constitué et d'avoir vécu !

Sans doute, ce n'est qu'au temps des Nicolas le Grand, des Grégoire VII, des Innocent III, des Boniface VIII, que devait être dogmatiquement promulguée celte règle

qu'il convient que Y Église dispose du glaive spirituel et du glaive matériel; que le second doit être emplof/é pour r Église et le premier par F Église; qu'autant les choses spirituelles sont au-dessus des temporelles autant le pouvoir spirituel domine le pouvoir temporel^ elque celui-ci dévie s'il n est justiciable de celui-là, lequel na au-dessus de lui que Dieu seul, selon la parole de Tapôlre : « L'homme spirituel juge, et il n'est jugé lui-môme par personne. »

Mais, dès les premiers temps de la puissance papale, celte idée se fait jour que, comme le corps doit être subordonné à la raison^ le glaive matériel qui retranche le mal doit être subordonné au glaive spirituel qui retranche r erreur.

Au v** siècle le pape saint Léon le Grand écrivait à l'empereur Léon : « Grand prince, je ne vous flatterai pas. Ce serait déroger à la liberté évangélique. Mais je dois reconnaître que votre piété vous rend digne d'être associé au ministère apostolique. Si vous n'avez pas le caractère d'un prêtre de Jésus-Christ, vous en avez le zèle. Vousèlesleprolecteur de lafoi de Nicée, d'Ëphèse, de Chalcédoine. Punissez les sectateurs deNestorius, de Dioscore et d'Eulychés, et ne pprmettez pas qu'ils divisent l'unité de l'Eglise par leurs erreurs. »

Cinquante ans apri»s, le pape saint Grégoire le Grand recommandait au gouverneur de l'Afrique d'employer à la destruction de l'hérésie le pouvoir qu'il tenait de Dieu ; et, dans une lettre au roi d'Angleterre, il louait le monarque d'avoir procuré le progrès de la religion par la terreur non moins que par les bienfaits.

L'Église romaine condamne le libéralisme comme des-

L'ABSOLUTISME DOGTRIÎ^AL 381

tructeur de toute autorité spirituelle ; elle veut que les chefs d'Etat, vicaires du Christ au temporel, se fassent les auxiliaires du souverain pontife, vicaire du Christ au spirituel; elle réclame, sanctionne, applauditlesmesurespré- >'entivesou répressives qui ferment la bouche à Thérésie.

Quel abîme d*une religion ainsi persécutrice à la pure religion évangélique dont les fruits sont, selon saint Paul, « Tamour, la joie, la paix, la patience, Tamitié, la bonté, la douceur! »

Il ne s'agit pas d'enchaîner toutes les consciences par une même profession de foi; mais d'allumer dans tous les cœurs un même esprit de charité qui fasse les hommes frères d'un bout du monde à l'autre. Zélés orthodoxes', mauvais chrétiens.

l'absolutisme DOCTRINAL

Le catholicisme romain, déjà surchargé dès le vi** siècle de mystères et de dogmes définis par les premiers conciles, aggravera son credo de tout un ensemble de conceptions théologiques et cosmologiques, sans souci des objections éternelles de la philosophie ou des démentis prochains de la science.

Quelle prodigalité de sentences doctrinales ! Quelle multiplicité d'anathèmes contre des propositions apparaissant comme justifiées par la raison, par l'expérience, par la conscience ! Que de mises à l'index contre des œuvres filles du génie et mères du progrès !

Le paganisme était une religion sans articles de foi. Il laissait libre le vaste champ de la pensée. Le catholicisme s'est arrogé le droit d'y poser des bornes. Il a prétendu barrer la route à l'humanité.

LK DOr.M.VnSMK C.VTIIOLtQfK Sryllius qui crevaient les yeux à lesn csclavci, les pvèlres, en Égypie, dans l'Inde, partout, semblent prendre plaisir à mutiler l'iiitelligence du peuple par les opinions absurdes qu'ils imposent à sa crédulité, et ils estiment leur auLoritc d'aulanl mieii.\ assise que plus étendus sont k'urs alLenlals au sens coniniui)'

Tel a toujours été le génie des religions sacerdotales, qu'il faut distinguer de celles où, comme dans le Protestantisme et dans l'Islamisme, le ministre du cuUl<. n'ayant qu'une mission pastorale, n'est inisjirf'lrc.

L'accumulation des dogmes mystérieux et des symboles sacramentels fait le sacerdoce partout présent et ajoute à sa puissance. Plus il lie les croyants par la foi, plus il les tient.

Dès le r siècle le sacerdoce catholique affirme qu'il lui appartient la souveraineté dans l'ordre doctrinal ; que tous les principes se trouvent dans le dépôt do vérités dont il a la garde ; que l'oîuvre à accomplir c'est de tirer de ces prémisses de justes conséquences qui règlent tous les cas susceptibles de s'olTrir dans Texis- ' tence des individus et des peuples. ,

Et voilà tout tracé le plan de l'activité politique et < spéculative du moyen i\ge. Le moyen Age y sera assez docile pour porter à son plus haut point la théocratie i ainsi que k théologie catholique, et assez infidèle pour amener l'ère de l'esprit moderne.

LE UKSPOTISME P,\J>AL

Contre l'esprit moderne l'Kglise défendra toutes les ' survivances de ce droit public qui fondait le pouvoir sur la subordination de l'ordre temporel à l'ordre spirituel et

LK DESPOTISMK PAPAL 883

OÙ l'œuvre de réducalion était le monopole du clergé régulier et séculier.

El) même temps, pour maintenir les fidèles à Tétat d'éternels mineurs vis-à-vis du dogme et du prêtre, les Jeux grands conciles de Trente et du Vatican consolideront la toute-puissance de la tutelle sacerdotale.

Ces deux conciles, séparés Tun de l'autre par trois siècles, et consacrés, Tun à fixer le système de Torlhodoxie catholique, Tautre à établir Tinfaillibilité du pape, ont cela de commun que Tinfluence de la milice papale des Jésuites y a été prépondérante.

Conformément aux déclarations du général des Jésuites Lainez, devant l'assemblée du concile de Trenle,enl562, le point était de refuser toute autonomie aux fidèles en amenant à ses dernières applications la parole de Jésus à Pierre : « Pais mes brebis », c'est-à-dire, selon le successeur d^Ignace de Loyola : « Conduis mes hrebisy animaux qui n ont aucune raison ni par conséquent aucune part à leur propre conduite. » D'où la nécessité de la souveraine prééminence du Pape sur les autres évêques ses délégués, vu qu'en sa personne se concentrent « l'autorité suprême, l'infaillibilité et tous les privilèges que Jésus-Christ a promis à son Eglise ».

Déjà les papes avaient manifesté amplement ce génie de l'opportunisme qui fait que la Cour de Rome, capable de condescendance comme de fermeté, s'adapte avec une étonnante souplesse aux temps, aux circonstances, aux hommes et aux choses ; est fertile en distinctions ingénieuses pour modifier dans l'application ce qu'elle proclame inébranlable dans la doctrine ; a des sévérités outrées ou des indulgences singulières selon les milieux auxquels s'applique son action ; enfin confirme par la

■m LE UOdM.VTISMK CATHOLIQUE

pratique celle réponse de Pie IX au cardinal Guidi : « La tradilîon c'est moi. a

Mais combien te pape ne serait-il pas plus libre de ramener la religion à une politique et de décider sur tout à son gré, ou plulût au gré des inspirateurs occultes de lu Papauté, le Jour où, revêtu par les conciles mêmes de toute l'autorité des conciles, il pourrait dire : 11 L'Eglise, c'est moi » ?

Le concile de Trente avait avancé la réalisation de ce programme. Le concile du Vatican l'acbèva, en consacrant dans l'Eglise l'absoluLisme monarchique du Pape. passé à l'état de divinité puisqu'il est la vérité sur terre.

En vain un évèque allemand rappela-t-il que l'Église calbolique avait pourtant des devoirs tl' obéissance envers la conscience. En vain un archevêque fran(;ais s'écria- 1-il : « On veut jeter l'Eglise dans l'abime; nous y jetterons plutôt nos cadavres. » Les Jésuites furent obéis ; el il n'y eut pas de cadavre.

n se trouva sans doute des prélats pour dire : •■ Vous voulez faire les papes infaillibles. Alors k quoi bon les conciles'? Il n'y aura plus qu'à faire venir du Vatican la décision du Saint-E.-^prit, u

Il s'en trouva sans doulo pour rappeler que le pape Ilonorius avait été condamné comme hérétique par le concile de Conslanlinople, quand ce concile reconnut en l'Homme-Dieu deuj: volonlés, au lieu de la volonté unique que lui avait attribuée ce pape.

Il dut s'en trouver enfin pour songer aux époques ou 1 il était advenu soit que deux ou trois papes fussent en compétition, se prétendant chacun chef de l'Ëglise, 9'

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