‹ La pensée chrétienne des Évangiles à l'Imitation de Jésus ChristChapitre 126 sur 244 · TE · texte numérisé non relu

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songe à user de César pour I ce qui, selon elle, esl dû h Dieu.

Toujours avide d'empiéter sur l'autonomie des souverains, elle aboutira aux vastes prélenlions des Grégoire Vil et des IiiDOcent 111 soumeltanL les rois à la juridiction ponlilicale, vu que " tout roi est au pape ce que lu lune esl au soleil n ; elle cslimera en outre qu'il faut que son chef consolide sa domination spirituelle par une domination temporelle, si Lien qu'il soit roi d't^lals de l'Eglise en même temps que Pape ; elle corroborera enfin son absolutisme et l'affirmalion de sa pro|ire infaillibililù par l'aflirinalion de l'infaillibililé papale érigée en article de foi.

C'est ainsi que le christianisme, qui fui d'abord une œuvre de sanrlirication personnelle fondée sur la liberté des âmes, dégénérera en une œuvre d'omnipotence tbéocralique.

. (IRTMOUOXIE REJICLAl

f;nE DE l-A SAINTETÉ

C'en était fait de l'âge d'or des églises chrétiennes, qui fut aussi l'Age des tortures et des supplices. L'enthousiasme, qui s'était tant soutenu à l'époque des épreuves, s'était de plus en plus ralenti depuis qu'était venue la prospérité.

Aux premiers temps du cluislianisme la marque essentielle du chrétien était le renouvellement moral. Alors d'homme on devenait chrétien; maintenant on naissait chrétien comme on naîl homme. Alors les chrétiens se niellaient à part à force de vertus. Maintenant être chrétiens c'était ressembler à tout le monde.

L'ALLIANCE DES GLAIVES ï^PIRITUEL ET TEMPOREL 37.;

C'est avec raison qu'au v^ siècle les purs s'étonnaient (le voir submergée par le siècle cette société (lu Christ qui naguère rompait si héroïquement avec le siècle. « 0 Eglise, s'écriait Salvien, lu as été affaiblie par ta fécondité, diminuée par ton accroissement, et presque abattue par l'extension même de tes forces. » Cette voix de la Gaule ne faisait que répondre à une voix de l'Afrique. Peu de temps avant sa mort, survenue l'an 430, saint Augustin notait combien l'ivraie était mêlée au bon grain dans la société chrétienne de l'Occident. De son aveu, il y avait parmi la foule de ceux qui remplissaient les églises, des ivrognes, des escrocs, 4 les débauchés, puis une foule d'imposteurs, charlatans, enchanteurs, astrologues, devins de tout acabit. Et le ^)ieux évêque ajoutait que tous ces gens-là ne laissaient J>as de passer pour chrétiens.

Pourquoi en aurait-il été autrement? La marque propre

^u chrétien ce n'était plus la sainteté, c'était l'ortho-

<loxie. Le point de vue doctrinal prévalait de plus en plus

^ur le point de vue moral. Des conceptions théologiques

ï-evêtaient le caractère sacré qu'il aurait fallu réserver

aux seules sublimités de TEvangile. Sous le nom de foi

apostolique la foi en des mystères puisés aux sources

grecques était l'essence du catholicisme. Qui ne les

croyait pas, tels que les avaient définis les conciles, était

coupable de lèse-majesté envers Dieu et, à ce titre,

encourait Tanathème des gardiens de l'orthodoxie.

l'alliance du glaive SPIHITUEL ET DU GLAIVE TEMPOREL

Les gardiens de l'orthodoxie c'étaient les membres de la société ecclésiastique qui s'était superposée à la société

religieuse. Ici le corps du clergé; là le corps des Qdffl ici les gouvernants; là les gouvernés.

Ce sacerdoce, dont la cohésion s'élait accrue en même lenips que s'accroissait la dissolution de l'empire, jugeai! )e bien public intéressé au inaînlien el à l'exislence de son rëgiie sur les âmes.

Le temps n'était plus où les chrétiens no dcmandaleol lien aux puissances sinon de les laisser passer leur ehemîn et proclamaient qu'ils n'avaient pas d'établissement sur celte terre, d'où ils seraient heureux de sortit au plus tût. Le temps n'était plus où Terlullien pensait que le nom de César qui est un nom de majesté était incompatible avec le nom de chrétien qui est un nom d'humilité et s'écriait qu'il était impossible d'être à la fois chrétien el César.

L'Eglise, qui naguère ne voulait rien des princes hors la liberté, réclame maintenant leur appui et leurs faveurs. Tenant déjà le langage qui lui servira à obtenir toutes les subordinalions, toutes les concessions, tous les concordats, elle leur dit : « Mettez votre puissance à mon service; prodîgucz-moi honneurs et privilèges. Autant que vous me donniez, vous recevrez encore plus de moi; car je vous ferai un trône dans la conscience de vos sujets; et le respect de votre puissance, la sûreté de vos personnes, l'obéissance à vos décrets sera une partie de la foi que j'imposerai aux fidèles, b

Elle est bien écoutée. Il faut voir comme les llonorius, les Ârcadius, tes Théodose fulminent contre les Manichéens, qui se survivront quand même dans plusieurs sectes du moyen âge, et contre les Donatistes, eux aussi fanatiques furieux, qui dresseront quand même autel coalre autel jusqu'au vu" siècle.

L'ALLIANCt; DUS GLAIVIM SPIRITL'EL ET TEMPOHtX 377 Les empereurs déclarenl criminti l'hérélique, el ils le mettent hors la loi.

Pour l'hérélique pas d'accès aux emplois publics; aucun pouvoir de vendre, d'acheter, de lester, d'hériter. Tout cootrat passé par lui est oui. Les enfants ne peuvent recueillir la succession de leurs pèroî, ni les maris celle de leurs femmes, qu'à condition qu'ils aient formellement renié leur opprobre et embrassé la foi catholique.

Que les hérétiques fussent ainsi notés d'infamie et frualrés de tous leurs droits, ce n'était pas encore assez. On les condamnait à dos amendes considérables, progressivement accrues selon leurs facultés. Lorsqu'ils les avaient payées jusqu'à cinq fois sans renoncer à leurs erreurs, ils étaient bannis. Tliéodose fit plus. Suivi en Cela par Vaientinien el d'autres, il édicta. pour certains cas, le dernier supplice.

On peut vérifier que neuf des successeurs de Constantin firent contre les hérétiques plus de soixante-dix lois, les unes demandées par des conciles, les autres dictées par des évoques, toutes approuvées par les conciles ou par les évêques.

Ce sonl ces lois qui furent suivies pour rendre orthodoxes soit les Ariens du pays des Golhs qui, à l'exemple de leur grand roi Théodoric, acceptaient bien d'être -chrétiens, mais non d'admettre ta divinité du Ghri.fl; soit les Juifs d'Espagne dont quatre-vingt-dix mille se soumirent au baptême, tandis que les autres s'exilèrent; soit les Saxons dont la conversion forcée valut à Charlemagne sou titre de saint, malgré le scandale de ses mœurs.

Qu'importe que vous n'eussiez pas la foi dans l'àme?

378 Li; DOGMATISME CATHOLIQUE

De par la loi vous éliez coaLrainls aux exercices de religion; car oa considérait qu'en approchant le flambeau de l'œil des aveugles, s'ils ne voient pas la lumière, ils en sentent du moins la chaleur.

L'abjuration forcée ne suffisait pas; il fallait l'usage régulier de l'eucharistie. El les constitutions de Juslinieii portaient : " Nous appelons justement hérétiques ceux qui ne reçoivent pas la sainte conimunioD dans l'église catholique de la main des prêtres de Uieu. »

Les mômes procédés se perpétueront, notamment contre les Albigeois. Les conciles du temps de saint Bernard et de saint Louis édicleul, entre autres mesures, que les curés doivent tenir registre de ceux qui ne viennent pas à la messe. Il y a des espions, décorés di» nom de « témoins synodaux ». qui ont charge de constater l'assiduité des uns et le manquement des autres,^ les dimanches et fêtes. Les défaillants encourent def»amendes.

Que beaucoup ue fréquentassent les églises que pour"^ ne pas être dépouillés de leurs droits et de leurs biens^.. il n'importait. L'Eglise se promettait qu'aux pères pra^ — ■ tiquants par contrainte succéderaient des enfants prati — quant par foi et par amour. De fait, comme l'a constaté le pieux Lamoîgnon : h C'est par ces lois rigoureuses que l'hérésie a été éteinte; et on ne peut pas dire qu'il y ait eu d'autre voie efficace. »

Pupes et évoques l'entendaient ainsi. Convaincus qu'il y a lieu de réduire par la terreur ceux qui ne se laissent pas persuader par la raison, leur maxime constante était que " les princes doivent contraindre les errants à professer les dogmes de l'Eglise catliolique et à suivre ses pratiques ». Ils no perdaient aucune occasion de ,

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