‹ La pensée chrétienne des Évangiles à l'Imitation de Jésus ChristChapitre 145 sur 244 · SAINT ANSELME · texte numérisé non relu

SAINT ANSELME

tence de cel èire qui a tout prévu et tout faîL II raconte qu*il n'eut de repos que lorsqu'il eut trouvé la démonstration dont la recherche passionnait constamment sa pensée.

Pour démontrer Dieu, saint Anselme s'appuya tout d'abord sur la notion d'un être nécessaire, cause de tout ce qui est. Rien n'existe, disait-il, qui n'ait sa cause. Si cette cause est unique c'est Dieu. S'il y a plusieurs causes, ou bien chacune a sa cause dans les autres : mais c'est une hypothèse absurde, car une chose ne peut à la fois être la condition d'une autre et l'avoir pour condition d'elle-même; ou bien, chacune de ces causes est cause d'elle-même : mais alors il y a une certaine puissance d'exister par soi qui leur est commune à toutes, et cette puissance est précisémen.t Dieu ; ou bien enûn toutes ces causes dépendent d'une cause unique : or, encore une fois, cette cause unique ne peut être que Dieu. Il faut toujours en revenir à un être souverainement réel, cause de tout ce qui existe, existant de soi et par soi.

Avide d'arriver à un argument plus rigoureux, à un argument unique « qui, selon ses paroles, n'eût besoin que de soi pour se soutenir, » saint Anselme finit par développer une preuve qu'avait indiquée saint Augustin à la suite de Platon, et que Descartes, puis Leibniz devaient s'approprier : la preuve tirée de l'idée de l'être parfait. D'après Anselme, l'athée le plus insensé est obligé de convenir qu'il a l'idée d'un être au-dessus duquel on ne saurait en imaginer de plus grand. Or cet être doit exister non seulement dans notre intelligence, mais encore dans la réalité ; car^ s'il n'en était ainsi, nous pourrions en concevoir un autre à la fois intelligible et

réel, c'est-à-dire un autre plus grand : ce qui est contradictoire. L*ètre au-dessus duquel on ne peut rien concevoir ni dans la pensée ni dans la réalité, c'est Dieu. En deux mots : Il est bien évident qu'on peut afGrmer de tout être toute qualité qui est renfermée dans son idée. Or, dans Tidée d'un être parfait^ idée qui nous est commune à tous, est renfermée Tidée de son existence actuelle ; car, s*il n'existait pas, cet être ne serait pas parfait. On peut donc affirmer Texistence actuelle de Tètre parfait.

Kant objectera justement que, sans doute, étant donné un triangle, ses trois angles égaleront deux droits, mais encore faut-il que ce triangle existe. L'existence est moins une qualité que la condition de toute qualité. Vous prouvez bien qu'ayant Tidée d*unètre parfait, nous l'envisageons comme existant ; mais vous ne prouvez pas qu'en effet Tètre parfait existe indépendamment de ridée que nous nous en faisons.

Pourtant, la preuve en question renferme un fond de vérité. Au-dessus des êtres qui n'ont pas en eux-mêmes leur raison d'être, ne concevons-nous pas nécessairement une réalité ayant en elle-même sa raison d'être, telle, par suite, que son essence implique son existence?

Mais cette réalité, dont c'est la nature d'exister de tout temps, est-elle cet être qu'on appelle Dieu ? Ne se réduitelle point, par exemple, à un ensemble de forces dont les combinaisons et les transformations continues feraient la vie de l'univers ? L'argument de saint Anselme nous laisse incertains là-dessus.

Saint Anselme fut combattu par Gaunilon, ce moine e Hegel a libéralement appelé le Kant des anciena

Page 1