‹ La pensée chrétienne des Évangiles à l'Imitation de Jésus ChristChapitre 162 sur 244 · ARISTOTE ET L'ORTHODOXIE · texte numérisé non relu

ARISTOTE ET L'ORTHODOXIE

roïsme sonna aux oreilles, comme celui de matérialisme ou d'alhéisme.

Gilles de Rome, disciple de saint Thomas, Duns Scot et surtout l'espagnol Raymond Lulle se plairont à représenter Faverroïsme comme la peste des âmes. En revanche, Roger Bacon lui sera favorable, et il jouira d'un certain crédit dans TUniversité de Paris.

L'Université de Paris, quoique le courant de l'orthodoxie y fût le courant dominant, tendait déjà à être un foyer de liberté intellectuelle. On reprochait à quelquesuns de ses docteurs des propositions hardies. Il leur arrivait d'enseigner qu'on n'ajoute rien à ce qu'on sait en apprenant la théologie; que toutes les doctrines des théologiens reposent sur des fictions; que la religion chrétienne est mêlée de fables tout comme les autres religions; que le culte des saints n'est qu'une résurrection du paganisme ; que la sagesse consiste à être purement philosophe.

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Tout d'abord, l'hostilité des théologiens orthodoxes ne s'adressa pas uniquement aux penseurs arabes ; elle s^en prit aussi à Âristote, que les Arabes ne faisaient qu'abréger ou commenter, en mêlant d'ailleurs à leurs gloses des idées plus ou moins étrangères au péripatétisme. L'an 1209, dans la sentence portée contre Âmaury et David, défense fut faite par le concile de Paris de lire, soit publiquement, soit secrètement, les livres d'Aristote sur la philosophie naturelle, texte ou commentaires.

Mais bientôt, en faisant plus ample connaissance avec Âristote, on s'aperçut que sa doctrine n'était rien moins

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que favorable aux idées des Aniaury et des DavU). L'opplH silioo si tranchée qu'Aristote établit outre Dieu et le monde u'exclut-elle pas toute théorie paulhélstÊ?

On comprit le parti à tirer du péripatétisme coolredef audaces de pensée dont le vieil esprit orienta) était h première source, et peu à peu on fut amené k priser 1» philosophie d'Arislote au niveau de sa méthode si en vogue dans les écoles.

Dès lors, les mêmes livres qu'au premier moment on avait suspectés au nom du dogme, furent de plus en pliu regardés comme l'arsenal où il fallait prendre des amn pour combattre les ennemis du dogme.

Tout ce qui contrariait l'orthodoxie fut mis snr le compte des Arabes. On contesta, par exemple, qu'Aristote niât l'immortalité de l'àme, et on allé^ga que, quand il dit que dos facultés ne s'exercent plus après U mort, il veut parler de nos facultés iuférieures, mais ne laisse pas d'admettre la survivance de notre être en et qu'il a de plus élevé et de plus essentiel, la raison.

EnQn, l'autorité d'Arîstote devint telle qu'il fut presque canonisé et qu'on dit de lui : " Il a été le précurseur in Christ dans l'ordre de la nature, comme JeaD-[Ja|)(isl« l'a été dans l'ordre de la grâce. «

De fait, puisqu'il fallait com|iter avec la philosoplii«. ne valuil-il pas mieux, au lieu Je s'engager dans J«* conllits de doctrines, qu'un philosophe la représenlâl tout entière ? Ne pouvant tout à fait mettre la raison à la porte, n'était-ce pas de deux maux choisir ^^ moindre que d'adopter un homme qui tint la place Je 1^ raison?

Au fond, en consacrant l'autorité d'Aristote, ou visui'

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à asservir la pensée, par cela même qu'on lui faisait sa part de liberté.

Les philosophes de Tépoque antérieure s'étaient occupés d'accorder le dogme avec le sens commun ; maintenant il s'agira de l'accorder avec un texte. Voilà l'intelligence assagie et disciplinée. '

IVIais on ne saurait tout prévoir. Le même Âristote auquel on savait si bon gré de bien séparer Dieu du monde à l'encontre des doctrines néo-platoniciennes, favorisait, en éliminant toute intervention divine, cet esprit de recherche qui tend à tout expliquer au moyen de causes purement naturelles. Puis, il y avait chez lui des habitudes d'analyse qui, à mesure qu'il serait mieux connu, devaient se communiquer à ses disciples et aboutir à une résurrection triomphale du nominalisme, à la dissolution de la scolastique, enfin à la Renaissance.

GUILLAUME d'aUVERGNE

L'un des premiers scolastiques qui mirent largement à profit les traductions d' Aristote faites par les Arabes, fut Guillaume d'Auvergne, évoque de Paris.

Dans ses divers traités il s'élève avec force contre les juifs qu'il accuse d'être tous plus ou moins gangrenés par le rationalisme ; il se plaint de ces esprits mal faits qui, de son temps, osent voir dans l'immortalité de l'âme une invention des princes pour contenir les peuples ; il attaque, avec maintes invectives contre Avicenne, la théorie de l'intellect unique, qui, dit-il, est inconciliable avec la diversité des esprits, ruine la personnalité et implique le fatalisme ; enfin il affirme l'unité du moi en ces termes : « On a beau attribuer la pensée à la

faculté de connaître, la volonté et le désir à la faculté de désirer et de vouloir, ce n'en est pas moins une même âme qui veut, qui pense et qui désire. Toute âme se dit en elle-roème : C'est moi qui entends, qui connais, qui aime, qui veux, moi, dis-je, qui à travers tous ces actes reste une et indivisible. »

Guillaume fut un docte penseur; et on trouve chez lui des aperçus philosophiques qui sont comme les premiers balbutiements du spiritualisme cartésien.

Gela ne l'empêchait pas d'avoir des idées étranges, à l'exemple des autres théologiens. G'est ainsi qu'il enseigoe que Tàme est créée et infusée au corps, le quarantesixième jour après la conception, en mémoire des quarante-six ans qui furent nécessaires pour achever le temple de Jérusalem. Les souvenirs bibliques brouillaient les plus solides esprits.

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