LES REVES DES ALCHIMISTES
pas que de chaque matière pouvaient être tirées toutes les formes de la matière ; que For en particulier pouvait, par une élaboration appropriée, être extrait des substances les plus diverses; enfin, que Thomme était susceptible d'être produit artificiellement, grâce à d*habiles mélanges? Posséder l'art de créer la richesse et de créer la vie ! Quelle merveille ! De là Talchimie, première étape de la chimie, avec ses cornues et ses creusets.
Nombreux furent les chercheurs qui, dans de noirs laboratoires, les mains charbonneuses, vouèrent toute leur activité au grand œuvre. Maintes fois un Faust, songeant aux Kabires, aux Psylles, aux Telchines, aux Lamies, se rappelant ces traditions mythologiques de la Grèce et surtout de la Samothrace qui font sortir la fécondatiion et la vie d'une certaine alliance entre l'élément igné et l'élément liquide, vieillit devant ses fourneaux et attendit, anxieux, le moment où d'un alambic se dégagerait rhomunculus^ c'est-à-dire l'homme embryonnaire non plus fils de la femme, mais fils de l'art vainqueur de la nature.
Il y en eut dont le vulgaire conta qu'ils étaient arrivés à réaliser ce prodige. Longtemps ils avaient cherché les principes mystérieux de la fécondité, les Mères^ selon le mot de l'antiquité et du moyen âge. Mais enfin le jour était venu où les matériaux mis par eux en fusion avaient palpité d'amour et où s'était accompli l'hyménée des éléments contraires. De la masse incandescente avait jailli, en sa fraîcheur et en sa force, la sève vitale, et devant les regards de l'alchimiste ébloui s'était dressé tout à coup, avec une main et un visage, l'être pensant.
Une fois mattre des sources de la vie, on pouvait ressusciter la douce fleur de jeunesse ; on pouvait éterniser
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la brillante aurore de l'existence hamaine. D*aprës h légende, tel ou tel savant avait sa flaire repousser sur son crâne dénudé les cheveux noirs de ses vingt ans et s'était assuré une longévité plusieurs fois séculaire.
l'aVERROISME et L'UNIVERSrrÊ DE PARIS
On vient de voir comment, avec l'esprit d^indépeodance, les aspirations les plus audacieuses et les plus chimériques fermentaient dans les âmes à l'époque où la philosophie arabe, franchissant les Pyrénées, se répandit dans l'Europe occidentale.
Les tendances qui avaient été suscitées soit par les doctrines du prétendu Denis TAréopagite et de Scot Erigène, les deux précurseurs d'Amaury et de David, soit par les discussions de Guillaume de Chain peaux, de Roscelin et d'Abailard, furent fortiûées par les théories néoplatoniciennes et néopéripatéticiennes des commentateurs arabes.
Parmi ceux-ci Averroès, qu'on appela fâme (TAristote^ acquit une autorité prépondérante.
Cependant, beaucoup d'idées des philosophes arabes étaient suspecles. Averroès, étant le plus célèbre, passa pour le moins orthodoxe. La croyance commune fit de lui le fauteur de toute sorte d'opinions hardies, dont les auteurs s'abritaient prudemment derrière son nom, et il devint la personnification de l'esprit d'incrédulité.
On imagina qu'hoslile aux trois religions existantes, Averroès avait fait voir dans Moïse, Jésus et Mahomet trois imposteurs; on lui prêta toute sorte de moqueries contre cette secte insensée des catholiques qui croient manger le Dieu qu'ils adorent; enfin, le mot d'aver-