VINCENT DE BEAUVAIS ET ALEXANDRE DE HA LES
le père Noé lui dut le privilège d'avoir des enfants jusqu'à Tàge de cinq cents ans.
Le théologien anglais, Alexandre de Haies s'acquit le surnom de docteur hréfragable par ses controverses vigoureuses et par ses commentairessur les sentences dogmatiques des Pères de l'Eglise, sentences dont Pierre le Lombard, exécutant l'idée de Guillaume de Ghampeaux, avait fait un recueil devenu classique.
Mais ce qui a le plus contribué à rendre célèbre le moine anglais, c'est sa théorie du Trésor de l'Eglise, dont la mise en œuvre fut une intarissable source de prospérité et de corruption.
Sans doute depuis longtemps la vente des choses saintes s'était développée ; on avait trouvé moyen de faire argent du rachat des péchés ; et, avec l'exploitation des reliques, toute sorte de trafics édifiés sur la superstition s'étaient ajoutés au cynique commerce des bénéfices et des prélatures. Mais un champ immense fut ouvert aux spéculations de la cupidité cléricale, lorsque le moine Alexandre eut enseigné que les mérites de Marie, des saints et des saintes, joints aux mérites infinis du Ghrist, constituaient le trésor de l'Eglise, et que, dans cet incalculable trésor divinen^ent mis entre leurs mains, les successeurs de Saint-Pierre pouvaient puiser sans fin, pour ^*spenser aux vivants et aux morts, à titre d'indulgences, ^^ quoi se laver de leurs péchés et s'ouvrir le paradis. Le pape Glément VI fit de cette doctrine un article ^^ foi, en 1343. Il était loin de prévoir à quel excès monteraient les scandales ; et il ne soupçonnait pas qu'en ^^g^uant sa bulle, il avait signé l'acte de naissance du Luihérianisme.
: Tiacent était dominicaio.
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Ljcs MOMier de sanl Pwmkpic se distio^aient par «B TÎf $fBfif t de la dîscipliiie, par une soumissioQ estiefe aa poalife rruMiiii et par leur zèle ardent i povrsuTre yMBDoquc sortait de Tortliodoxie.
L'ordre de saint François se ressentit toujours de Fesprit dêmocratâqne qui avait présidé à son iDslilutioD. Ses membres étaient peu faTorables à la cour de Rome; ils se plaisaient à parler d*nnr»ioaTellement du christianisme dont la réforme introduite par François d'Assbe derait être le principe, et leurs inspirations ne furent pas étran^res aux tentatives de révolution socialiste faites par les béguards, les fraticelles ou frérots, les pauvres de Lyon, tous d'accord pour combattre Tesprit de propriété et pour exaller l'esprit de fraternité.
Encore faut-il faire cette réserve que très souvent il se trouva des franciscains qui eurent Tesprit inquisitoriaU^ saint Dominique, et des dominicains qui eurent Tesp^^ démocratique de saint François d'Assise.
Mille traits montreraient la force des haines qui di%'^^ saienl les deux congrégations. En voici un qui se pla^ à la fin du xv* siècle. 11 a été Tédifianle clôture de cett^ époque de crédulité et de fanatisme que fut le moyen àge^*
Savonarole, nouveau Tertullien dont la parole hardie^ ignorait les ménagements, prêchait aux Florentins le
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retour à la sévérité évangéliqiie; et il avait osé censurer la conduite du pape, l'infâme Alexandre Yl. Le pape l'excommunia. Les franciscains de crier : C'est justice! El pour prouver qu'en effet le prédicateur dominicain avait mérité d'èlre mis hors de l'Eglise, l'un d'eux émit l'avis de recourir à l'épreuve du feu. Les adversaires devaient se jeter dans un bûcher ardent. A Dieu d"en faire sortir saina et saufs ceux qui l'auraient pour soi.
Amis et ennemis de Savonarole acceptèrent la proposition avec enthousiasme. On eut pourtant la sagesse de décider qu'il n'y aurait qu'un champion de chaque parti. Beaucoup revendiquaient cet honneur, Frùre Dominique et frère Rondinellî furent choisis, l'un par les dominicains, l'autre par les friinciscains.
L'épreuve, publiquement annoncée, fut préparée sur la grande place de Florence. Mais, au moment ofi le liùcher commençait à jeter des Ûammes, une averse opportune survint qui dispersa les pieux adversaires et l'innombrable assistance.
Les franciscains profilèrent de ce répit pour jeter des émeutiers sur le couvent de Saint-Marc où était prieur Savonarole. Bientôt après, à leur grande joie, arrivaient Je Roine deux juges qui condamnèrent à mort le fougueux dominicain. Il fut brûlé vif, avec deux de ses disciples, en U98.
ALUEHT LE OR.\>D
Le fondateur de l'école dominicaine fut le moine allemand Albert le Grand, qui étudia à Pavie et professa à Cologne et à Paris, avant de devenir évèque de Ralisbonne.
Albert le Grand écrivit beaucoup et sur tout. On le regarda comme un prodige de génie. Il fut plutôt on prodige d'érudition. Ce qui Thonore le plus c'est d'avoir été le précurseur du moine Roger Bacon par sa passion des sciences naturelles et par son pressentiment des découvertes futures.
Du haut de sa chaire de Cologne, ce puissant encyclopédiste produit l'effet d'un prophète initié aux mystères du monde invisible. « C'est le grand magicien », disait de lui le peuple, et sa vue inspirait une admiration mêlée de terreur.
Déjà, comme le fera Bacon, maître Albert décrit avec un enthousiasme ingénu ces foudres terribles qui, jaillissant de tuyaux de bronze, feront explosion au milieu d'une vive lumière et sèmeront la mort dans les villes décimées ; ces appareils de navigation qui permettront à d'immenses vaisseaux gouvernés par un seul homnne de parcourir les mers avec plus de rapidité que s'ils étaient remplis d'agiles rameurs; et ces chars qui, sans le secours d'aucun animal, franchiront l'espace avec une vitesse incommensurable.
On se racontait qu'il avait fait une tête automate q^^ parlait, et on lui attribuait, entre autres inventions rti^^' veilleuses, celle d'amener artificiellement la terre à Ao^" ner tous les fruits en toutes saisons.
Adepte de l'alchimie à la suite des Arabes, Alb^^ pense qu'en décomposant un corps on peut « le relira de son espèce et revêtir de ses éléments un corps d'ui# autre espèce ». C'est la transsubstantiation appliquée à l^ nature.
Le premier, ou un des premiers, maître Albert formula^
THOMAS D'AQUIN 5i9
cette distinction entre le point de vue philosophique et le point de vue théologique qui devait si souvent abriter contre les foudres de l'Eglise les hardiesses de la pensée. Il déclare que la doctrine aristotélique de l'éternité du monde est théologiquement condamnable, mais demeure philosophiquement soutenable.
Albert le Grand dut recourir au même distinguo pour enseigner, sans compromettre son orthodoxie, Texistence des antipodes, alors que l'averroïste Cecco d'Ascoli, qui lui aussi était pour les antipodes, fut brûlé en Italie l'an 1327. Dès le vin" siècle, nous voyons saint Boniface dénoncer au pape saint Zacharie le prêtre irlandais Virgile, coupable d'avoir eu l'insigne audace d'affirmer, malgré Lactance et saint Augustin, qu'il doit y avoir d'autres hommes qui habitent l'hémisphère du monde opposé à celui où nous sommes. Et le souverain pontife de répondre : « S'il est prouvé que Virgile persiste à professer, au péril de son salut, cette doctrine fausse et pernicieuse qu'il y a un autre monde et d'autres hommes sous la terre, assemblez un concile. Que ce prêtre soit dépouillé de son litre de prêtre et chassé de l'Eglise ! »
Le nom du docteur de Cologne, aussi célèbre en France cju'en Allemagne, fut donné à une place de Paris, la place JSlauberty place niaitre Albert.
THOMAS d'aQUIN
Prenant surtout pour guide Avicenne, Albert le
Grand avait paraphrasé Aristote. Il eut un disciple qui,
îivec l'aide d'Ayerfoès, se montra de bonne heure com-
■inentateur large et profond du maître des maîtres. Ce
Oisciple est saint Thomas, la plus illustre personnifica-
Fabrb. — Pensée chrélienne. 34
ses facullés, sa destinée, et ses devoirs considérés soit dans leur généralité, soit dans les modifications particulières qu'y apportent les circonstances; enfin le Christ, médiateur entre Thomme et Dieu, et Tensemble des institutions ou pratiques catholiques ménageant le salut des âmes.
L'homme n'ayant pas une intuition immédiate et nécessaire de Dieu, il convient, selon saint Thomas, de démontrer que Dieu existe.
Pour le démontrer recourrons-nous à l'argument de saintAnselmeîNon; celargument estun sophisme. Procédons plutôt comme Aristote, et concluons du mouvement, fait incontestable^ à la nécessité d'un premier moteur; remontons à l'être nécessaire par suite de Timpossibilité d'étendre àTinfini la série des êtres contingents ; remarquons que les difTérentes hiérarchies d'êtres, de plus en plus élevées en perfection, impliquent un être souverainement parfait ; déduisons de l'ordre et de la beauté de cet univers l'existence d'un agent suprême, auteur de l'harmonie universelle ; enfin et surtout interrogeons la Révélation, de laquelle il faut toujours partir et à laquelle il faut toujours revenir, dociles aux enseignements de l'Eglise.
Dieu est « l'acte pur, sans mélange de matière, » c'est-à-dire qu'en lui l'activité est parfaite et ne comporte pas de limites. Il est à la fois la vérité même, la réalité même. Pour qu'une chose soit, c'est assez qu'il la pense. Voulue, elle est.
L'incrédule rejette volontairement la lumière par goût de la dépravation. L'horreur des devoirs du christianisme lui fait répudier la doctrine chrétienne ; et il sacrifie la vérité à son immoralité.