‹ La pensée chrétienne des Évangiles à l'Imitation de Jésus ChristChapitre 196 sur 244 · LA PAUVRETE EVANGELIQUE · texte numérisé non relu

LA PAUVRETE EVANGELIQUE

n'y a que les âmes qui comptent, et son trésor est Tamour des âmes fondé sur Tamour de Dieu.

Un pénitent des premiers siècles avait donné tous ses biens aux pauvres et ne gardait qu'un exemplaire de rÉvangile. Il finit par le vendre pour assister un indigent « 0 Seigneur, s'écria- t-il, heureux suis-je d'avoir tout quitté pour vous, même le livre qui m'a appris à quitter tout. »

Dans TËvangile l'avènement du royaume de Dieu est un renversement des r.onditions, où les pauvres deviennent les fortunés et les derniers les premiers. Ici est le riche, vêtu de magnifiques habits, servi par une valetaille empressée, nourri des mets les plus délicats. Là, étendu à sa porte, est le pauvre en guenilles, couvert d'ulcères que lèchent les chiens et gémissant de ne pouvoir rassasier sa faim avec les miettes tombées de la table du riche. La mort vient pour tous deux. Les anges transportent le pauvre au lieu des délices, et le riche descend au lieu des douleurs. « Âh ! gémit le riche, si ce pauvre trempait dans Teau le bout de son doigt et venait rafraîchir ma langue! je soufTre tant dans ces flammes ! » Il lui est répondu : « Souviens-toi! Dans la vie ce pauvre a eu les maux en partage; et toi les biens. Maintenant c'est à lui d'être consolé et à toi de souffrir. »

Le jeune homme à qui Jésus dit de donner sa fortune aux pauvres et de le suivre s'en alla tout triste; car il avait de grands biens. Et ce fut une occasion pour le maître de répéter à ses disciples qu'en vérité il était extrèmemement difficile aux riches d'entrer dans le royaume des cieux.

M! LSKTisTIQCQ

Ib es iml powtaat ■■ mnf%*m^ c'est <le se hîre paa- Tre« «n taÎTuit ce préeeple <{«i Icar est adresai par uiolPanl : « (Jm voire aliondaïKe SDpplè« & la dîselle lie Tos Irtres, alia (|tie l'^alilé f« fu&e. •

Od Teol élre lofé. meablê. serri, rélo, Doarri el en SèU^, k proportion de ses biens. Le poiat serait de rester paarre dans son opulence et de comprendre qu'on n'a les richesses que pour eo faire une sag« dispensalioo anx misérables. Le riche est pcnla s'il ne se fait point l'intendant des paoTre^. lU peuvent le sauver s'il leur est s«coarable, car il est dit : Heureux les miséricordieux ! « Si des pauvres tous vous faites des amis, ils TOUS introduiront dans les tabernacles èlernels, k

Une parabole nous tnoDtrc le pi-re de famille (]uî fait cherrber dans la ville les iadi^ents et les iiir|iutenls. ponr <]u*on les amène à sa table: et. dans saint Luc. Jésus dit expressément : « (^uand tu feras un festin, n'y convie pas les amis, ni tes frères, ni d'autres riclius, car ils l'inviteraient à leur tour et te rendraient lu pareille; mais invite les pauvres, les infirmes, les boiteux, le» aveugles, el heureux seras-tu de ce qu'ils ne jiourroul te le rendre, car cela le sera rendu à la résurrection des justes. H

Mais voici ce qui est le plus significalir. Lorsque TËvangile nous reprèsenle Jésus faisant le discerneiiient des élus et des damnés, il ne met en avant contre ceux-ci qu'uD seul chef daccusalion, la durelé envers les misérables, el en faveur de ceux-là qu'un seul mulif de glorilîcalion, la bonté envers les misérables : u Venez, vous, les bénis de mon père; car j\ii eu faim et vous m'avez donné h manger, j'ai «u soif el vous m'avez donné k boire, j'étais étranger et vous m'avez

recueilli, j'étais nu et vous m'avez vêtu, j'étais malade, j'étais en prison et vous m'avez visité. » Quand donc Tont-ils ainsi assisté? Quand il souCTrait ces maux dans la personne des misérables qui sont ses membres vivants. <( Ce que vous avez fait à un de ces plus petits de mes frères, dit-il, vous me Tavez fait à moi-même. » Et s'adressant aux damnés : « Retirez-vous de moi, mau-. (lits ; car j'ai eu faim et vous ne m'avez pas donné à manger; j'ai eu soif et vous ne m'avez pas donné à boire; j'étais étranger et vous ne m'avez pas logé; j'étais nu et vous ne m'avez pas vêtu; j'étais malade, j'étais en prison et vous ne m'avez pas visité. »

SAINT FRANÇOIS d'aSSISE

Dans l'Eglise, le grand restaurateur de la pauvreté évangélique fut saint François d'Assise, physionomie originale entre toutes.

Ce n'est pas dans les écoles que s'est formé François. Il a nourri son esprit non des doctes dissertations de la scolastique, mais des simples paraboles de , l'Évangile. Le Jésus du sermon de la montagne possède en lui un parfait disciple. Lui-même dira qu'il n'a eu de maître que Dieu le dressant à vivre selon le modèle donné par les saints évangiles.

L'amour de la pauvreté est sa marque propre. Il ne l'aime point par cet esprit de mortification qui fait de certains ascètes des bourreaux d'eux-mêmes; il l'aime par cet esprit de liberté qui sollicite une âme haute à se soustraire aux basses servitudes de la vie pour se donner toute à son perfectionnement dans la tendresse, la joie et la paix. Il l'aime surtout parce que Jésus l'a

fmlMW tfac la finW cal U bétf de U joie. Uodis ^«e U liiiltiM ■ccBMfgae l'oflencg. EU. eo effet, m non» tc^arloBS a^oar de bimu, boo^ verroos que U gaielé ed eow»éi»e»t le parlée de ceux que les fkbe» «ppeflcat les môcnbte». Les n»iiiai)aes de l'or, da taxe, des dôtinctioits, sont les boorreaux d'euxmêmes.

Le ■ petit paoTni de Dieo » troare, arec Terlollien, jw'i/ n'y a pat de plus grandei délices que le dfgoùt cjr-f dèiKff. Parmi les jeùces. les IraTaux. les aCTronts, les sottffraoces, il garde oae allégresse d'âme t\ui ensoleille toutes choses.

Il n'a pas dépendu de lui que l'Eglise ne retrouvit sa vigueur originelle dans un renouveau de ce grand courant d'amour, de simplicité, il'bumilité, Je pau%*reté, qui fut la force et le charme du cbrtstianisme primitif.

François, fils d'un riche marchand d'Assise, naquit en 1 182. Il se jeta d'abord dans le luxe et la dissipation. C'était un bourgeois qui jouait au chevalier. Mais, au milieu des divertissements, son cœur était triste. Le gniii. de la solitude le prit. II s'isola dans une retraite, où sa mélancolie le suivît; puis revint à la vie de plaisirs. Les

fêtes laissaient toujours une ombre sur son front. Plus que jamais il devenait songeur. Ses amis se mirent à le railler. A quoi rêvait-il? A prendre femme? « Oui, dit François, je pense à prendre une femme belle entre toutes. » Il était déjà amoureux de « dame Pauvreté » en qui il voyait dame Liberté et dame Charité.

Au cours d'une promenade à cheval il rencontra un lépreux. Saisi d'effroi et de dégoût, il tourna bride. « Quoi! se dit-il presque aussitôt, je m'éloigne ainsi de mon frère qui souffre ! » Il revint sur ses pas, mit pied à terre, donna tout son argent au lépreux et baisa sa main. A partir de ce jour, il se fit un devoir d'aller régulièrement dans toutes les léproseries porter un peu d'assistance à tant de malheureux morts au monde. Ils étaient ravis; et lui trouvait de plus en plus doux de les servir.

Un voyage qu'il fit à Rome pour le négoce de son père lui procura enfin l'occasion de réaliser sa pensée secrète. Ayant abordé un pauvre, il lui donna son riche habillement en échange de ses haillons. Ainsi vêtu de la livrée du Christ, François s'en va, sous le porche de la principale église, se mêler aux autres pauvres. Il tend la main avec eux, et, quand la foule s'est écoulée, il leur distribue, comme à ses frères, les aumônes qu'il a reçues. Des amis l'ont reconnnu. Mais l'opprobre lui est une joie. Il savoure son abjection volontaire. Il en est fier. Oui, selon la parole de Dante « il a pris pour dame celle à qui pas plus qu'à la mort personne n'ouvre sa porte en souriant »; il a épousé la Pauvreté. Mais Jésus-Christ ne l'avait-il pas épousée avant lui? Qu'il soit raillé, bafoué, peu lui importe. N'est-il pas bon au chrétien de subir des humiliations? L'apôtre saint Paul

LES «TSTIQL'ES

n'a-l-il pas dil qu"»7 faut être fou afin ffétre sogef El, ea «n'et, son pvre l'accuse de folie. Il se pliiot d'avoir un fils qui s'est consUlué le poorroyeur du familles iodigenles et lui prend toutes ses marchaDdisM pour en faire de l'argent qu'il liislribue aux pauvres. Alors François de renoncer à son patrimoine. Fi de tous ces biens, puisqu'on veut l'empêcher de les donner'. Il Jelle même ses habits aux pieds de son père. « Gardez tout, lui dit-il. Je m'en remettrai désormais lolalemeul à notre Père qui est dans les cieux. » Il Ira pauvre parmi les pauvres. Il travaillera pour eux; il rjuf'tera pour eux et il vivra avec eux.

On le voit parcourant villes et hameaux dans un perpétuel exercice de sa bienfaisante pauvreté. •• Chrétiens, dil-il à tous, joignez-vous à moi; vende: vos propriétés pour en faire le bénélîce des pauvres. Goûtez les délices de cette pauvreté qui est aussi la charité, u

Son enthousiasme pour les vertus qui doivent orner l'àme chrétienne prend une forme lyrique :

« Sois bénie, Sagesse, auguste reine, avec ta sœur ia pure et sainte simpliL'ilé.

Il Sois bénie, dame Pauvreté, avec ta sœur la sainte humilllé.

« Sois bénie, dame Charité, avec la sœur la sainte obissance.

" 0 vous toutes, 1res saintes vertus, soyez bénies par le Seigneur de qui vous procédez. »

La piété de rran(;ois n'a rien de morose. Il rit à loul. Les champs, les bois, la lumière, les oiseaux lui sont une fête perpétuelle. Son humilité profonde, son innocence d'enfant, sa cordiale sympathie pour toutes les

œuvres de Dieu le mettent en communion avec la nature.

Ce n'est pas lui qui aurait dit ce mot rude de saint Paul : « Est-ce que Dieu se met en peine des bœufs ? »

Il aimait les animaux, et les animaux Taimaient. Un jour un vol d'oiseaux s'arrête à ses côtés. François les prêche à sa manière : « Oiseaux, mes frères, louez le Créateur! Il vous a vêtus d'un fin duvet et il vous a donné des ailes. Vous lui devez de vivre dans l'air pur. Sans semer ni moissonner, vous trouvez tous les jours votre pâture. Célébrez en vos chants votre protecteur de là-haut ! » Et les oiseaux l'enveloppaient de leurs caresses.

Au cours d'un de ses sermons en plein champ, des hirondelles couvraient sa parole de leurs cris aigus. Lui aussitôt de s'adresser à elles pour les prier de favoriser par leur silence un humble serviteur de Dieu occupé à dire les louanges de celui qui les a créées.

Il admire les fourmis et les abeilles travaillant ensemble de bonne amitié. La mutuelle tendresse des pigeons et des colombes le ravit. A Sienne il se fil céder des tourterelles qu'on tenait prisonnières : « Petites sœurs, leur dit-il, simples et innocentes, vous vous étiez laissé prendre. Je vais vous donner la liberté, et je vous ferai des nids pour que vous puissiez y croître et y multiplier, selon le commandement de notre Créateur. )>

Une autre fois, ayant aperçu un agneau qu'on menait à la boucherie, il fut tout attendri et sacrifia sa tunique pour le racheter de la mort.

Au cours d'une traversée, un batelier lui offrit un gros poisson pour qu'il s'en régalât. Il ne l'accepta que pour le remettre dans l'eau : « Reste sauf, mon frère, lui dit-il, et, quoique muet, bénis Dieu.

618 LES xMYSTIQUES

Il y a un cantique où s'est peinte Tâme tendre de François d'Assise; c'est le cantique des créatures. Il le composa au cours d'une de ces journées de maladie où il fut veillé par l'abbesse des Clarisses, sainte Claire, cette fille adoptive, cette amie, cette sœur, qu'avait unie à lui un même amour du Christ et de la pauvreté. Que ne puis-je faire passer dans ma traduction le charma naïf du texte italien !

« Mon bon Seigneur, mon tout-puissant Seigneur, soyez loué, célébré et béni! Vous seul, ô Très Haut, méritez honneur et gloire, et aucun homme n'est digne de vous nommer.

« Soyez loué, mon Seigneur, avec toutes vos créatures, et spécialement avec notre frère le Soleil, qui verse le jour et nous illumine. Il est beau et rayonne avec grande splendeur. C'est de votre lumière, ô Très Haut, qu'il porte en soi l'emblème.

« Soyez loué, mon bon Seigneur, pour notre sœur la lune et pour les étoiles. Vous les avez formées dans le ciel, claires, brillantes et belles.

« Soyez loué, mon Seigneur, pour notre frère lèvent, et pour Tair, et pour le nuage, et pour le ciel serein, et, pour toutes les faces du temps, car c'est par là que vous donnez à vos créatures vie et accroissement.

« Soyez loué, mon Seigneur, pour notre sœur Teau; car elle est bien utile, et humble, et précieuse, et pure.

« Soyez loué, mon Seigneur, pour notre frère le feu, par qui vous allumez des flammes dans la nuit. Il est beau ; il est gai ; il est sain et fort.

« Soyez loué, mon Seigneur, pour noire mère la terre, qui nous soutient et nous nourrit, et produit toute la

SAINT FBANi.niS IVASSISIC 610

^tversilé des fruits, avec l'herbe el les fleurs mullicoires.

I « Soyez loué, mon Seig-ncur, pour nos frères qui parnnnent le mal par amour pour vous, qui supportent ( peines et les Iribulalious. 0 heureux ceux qui reatehot ioébranlablemenl des paciQqucs; car vous, le Très put, vous les couronnerez.

( Soyez loué, mon Seigneur, pour notre sœur, la mort Corporelle, à qui nul homme vivant ne peut échapper, Ali 1 malheur à ceux qui mourront en péché mortel ! Heureux ceux qui se trouveront dans les voies de votre volonté sainte I Ils ne seront pas exposés aux coups de la seconde mort, de la morl éternelle.

" Louons et bénissons notre Seigneur! itendons-lui grâce, et servons-le en grande humilité, i»

En général les mystiques ont ce sentiment de la nature qui donni- le charme d'une idylle à certaines pages de l'Kvangile.

Saint Bernard aimait àse laisser instruire par la terre, les biés, l'herbe et les fleurs : « Crois-en mon expérience, écrit-il à un ami, tu trouveras dans les forêts plus que dans tous les parchemins. Les arbres et les rochers t'enseigneront ce que nul maître ne saurait te faire comprendre. H

Hugues do Saint- Victor oppose aux livres écrits de la main des liommea, le monde visible qui est un livre écrit de la main de Dieu. Il déplore qu'on ait l'habitude de regarder la nature sans en épeler les caractères et qu'on se contente d'apercevoir l'extérieur des êtres au lieu d'en pénétrer le sens profond. " La sagesse divine, dit-il, est la vérité; la créature raison nabli' est l'image de la vérité; et le inonde des corps est l'ombre de cette image. >i

k Texemple de saint François d'Assise, sainl Bonaventure envisagera tous les êtres comme liés par des nœuds fraternels et il conviera les bluets des champs, le pampre de la vigne, le chêne de la forêt, 1 étoile du firmament à s'unir avec lui dans la glorification du Seigneur.

François était un intuitif, d'instruction médiocre, qui, tout en adorant le rêve, prisait beaucoup Faction.

Il semonçait les moines grands liseurs. « Jetez tous ces livres! Il ne s'agit pas d'étudier ce que d'autres ont fait, mais de faire nous-mêmes. C'est en peinant et en luttant sans répit que Charlemagne et ses paladins opéraient leurs conquêtes. Beaucoup s'imaginent qu'il suffil d'apprendre et de raconter les souffrances des martyrs pour avoir droit à leurs couronnes. Ce qu'ils contemplent en idées, il leur semble l'avoir accompli eux-mêmes. Non, non, il n'en va pas ainsi. Nos modèles furent agissants. Agissons! »

Dévoré de la soif du martyre, quand ses compagnons et lui décident d'aller sur tous les points du monde, les pays mahométans sont le domaine qu'il s'assigne. H espère qu'il gagnera des musulmans au catholicisme el que son apostolat finira par sa mise à mort. Vaine attente! Il ne fait pas des convertis; mais il se fait partout des admirateurs. Quelques vives que soient ses invectives contre la religion de Mahomet, pas un potentat ne songe à devenir son bourreau. Il revint tout triste de ces lointaines régions où lui était refusée la joie de conquérir des fidèles et de répandre son sang pour le Christ.

L'Eglise aurait voulu faire de François un prêtre. Il refusa cet honneur. C'était bien assez que le pape eut

consacré son ordre en 1108, et Teût autorisé, lui et ses frères, à prêcher la parole évangélique. D'autant plus héroïque qu'il était inconscient de son héroïsme, François se regardait comme un misérable pécheur indigne de la dignité sacerdotale.

François ordonnait à ses compagnons d'aller catéchiser les hommes pieds nus et sans rien autre que leurs habits de bure. Jésus ne disait-il pas à ses apôtres de ne prendre ni chaussures, ni bâton, ni sac de voyage, ni pièces de monnaie?

Pour gagner leur nourriture, ils aidaient ouvriers et paysans dans leurs travaux.

Il arrivait qu'on les accueillait mal. Des enfants leur lançaient des pierres, se suspendaient à leurs capuchons, faisaient des déchirures à leurs tuniques. Les frères prenaient tout en souriant. Leur patience étonnait et désarmait. Lorsqu'on apprenait que la plupart étaient des gens qui, possédant beaucoup, avaient tout donné pour Tamour de Dieu; on finissait par les admirer.

Ces premiers franciscains formaient des familles de frères où tous portaient le fardeau les uns des autres. Ils avaient une ingénuité de cœur qui les faisait semblables à des enfants, L'àme de François d'Assise rayonnait en eux.

Comment les foules n'auraient-elles pas été séduites par ce mystique passionné qui mêlait à son tendre ascétisme toutes les pétulances de la nature italienne?

Ennemi des spéculations théologiques, François proclamait que la simplicité et la pureté de Tàme valent plus que toute la science du monde. Hostile aux pratiques et aux formules vaines, il mettait un seul soupir parti du cœur

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au-dessus des longues prières qui ne sont qu'au botilile la langue. Singulièrement démouslraliF dans los élans i)e sa pîélé, il léchait avec une sorte de sensualité au lèvres quand elles prononçaient le nom de Jésus. îa légende le [leint transfiguré en Christ à force d'amour et de compassion, si bien que, dans un jour d'extase, son corps se trouva porter les marques des cinq plaies ilu crucilié.

Lui et SCS compagnons avaient pris le nom de Jon- '/leiiis de Dieu, et aux grands anniversaires, ils reodaienl au vif les scènes de la Nativité, avec la crèche, l'io* et le bœuf, ou les scènes de la Passion avec toutes les péripéties évoquées dans les quatorze stations du chemio de la croix.

Un jour François fut assailli par unt; troupe de voleurs. Il se mit à les sermonner. Rien à prendre, et un prfidia àsubir! Cela les filcha. Ils firent ébouler surlui unéaorme tas de neige. II s'en dégagea, moitié Irisle de leur endurcissement, moitié riant de sa déconvenue.

Avec d'autres brigands il fut plus heureux. 11 s'étiil mêlé à eux pour en faire des disciples. Sou sngélïqHe mansuétude agrémentée de belle humeur les convertît. Tout cela se disait, et de plus en plus s'étendait U renommée du grand pauvre de la douce terre d'Ombrie. A une assemblée générale de frères mineurs, il s'eu trouva réunis près d'Assise plus de cinq mille, lia campaient dans les champs, et de partout le peuple s'empressait pour suflire à leurs besoins.

D'après les témoignages qui nous sont restés de loi, on peut reconstituer les enseignements que Fruitob adressait & ses (ils spirituels :

« Fils bien-aimés, leur disait-il, recevez mes conseils quoique ce soient ceux d'nn misérable pécheur. Dieu m'a fait votre guide. Pourquoi moi, et non un autre? Parce que j'étais faible, humble, ignorant. Il lui plaît de confondre la force, la noblesse, la science du monde. Comme moi vous êtes des faibles, des petits et des ignorants. Mais soyez sans crainte; Dieu saura vous inspirer.

« Par vos discours et encore plus par vos exemples, exhortez les hommes à la pénitence de leurs fautes et à Tobservance des commandements de I)ieu; libérez-les de la prison des vices pour les rendre à la pure lumière de TEvangile.

« Apôtres de la paix, ayez-la dans le cœur; montrezvous si doux, si bons, qu'en vous voyant tous soient sollicités à la concorde et à la bienfaisance.

« Soyez patients et encore patients. Aimez vos frères plus que vous-même pour les amener au bien.

« Vous marcherez deux à deux, silencieux et modestes. Notre cellule nous suit partout. C'est notre corps. L'âme est Termite qui l'habite pour y prier et se tenir toujours élevée à Dieu avec humilité et simplicité.

« Travaillez tous de vos mains, non pour de l'argent, mais pour le bon exemple. Quand le nécessaire ne vous est pas donné en retour de votre travail, demandez l'aumône de porte en porte en disant : Dieu vous donne la paix.

« Réjouissez-vous d'être au nombre des fortunés qui ne possèdent rien et ne veulent jamais rien posséder. C'est tout avoir que renoncer à tout. Plaignez ces insensés dont la vie se passe dans les contentions pour acquérir ou défendre les chaînes qu'ils se donnent et

qu'ils appellent leurs richesses. Tant qu'ils vivent, les soucis les dévorent; quand ils meurent, leurs proche s'empressent autour de leur corps à peine refroidi, pour se disputer leurs dépouilles. Et chacun de dire : « Maudit soit-il, car il aurait pu me donner davantage et il ne Ta pas fait. »

François veut ses frères toujours occupés, mais jamais embarrassés de soucis matériels. Il les veut piochant la terre, prêchant les fidèles, visitant les léproseries, soignant les malades, mais ne touchant pas à l'argent. Pour lui, manger le pain de l'aumône c'est vivre de la table du Seigneur ei ressembler aux oiseaux qui n'ont pas leurs greniers d'abondance, mais vont picorant de çà et de là. Si l'alouette s'occupait de thésauriser, elle ne prendrait pas si gaiement son vol vers l'azur et le soleil.

François et ses disciples furent une fois tentés de prolonger leur séjour dans une solitude près de Rome.

Ne serait-il pas bon de rester là bien tranquilles, savourant les joies du renoncement, liés par une union fraternelle et se nourrissant des vivres que tantôt les uns, tantôt les autres, iraient quêter dans la grande ville?

Cette perspective d'une existence purement contemplative dont la sérénité serait embellie par le charme mystique d'un superbe paysage souriait aux pieux compagnons. Ils remémoraient avec complaisance ces versels de l'Evangile où il est dit que les lys ne travaillent ni ne filent et qu'il n'y a pas à avoir souci du lendemain : morale chimérique qui ne se comprenait que quand on croyait imminent le jugement de Dieu, annoncé si proche par Jésus.

François rejeta une tentation égoïste. Se cloîtrer, n'est-

SAINT FRANÇOIS D'ASSISE 6io

ce pas ne penser qu'à soi? Nous nous devons aux autres, disait-il. Et on quitta ce paradis terrestre pour revenir sur les routes.

A côté de ses légions de moines, François créa le Tiers-Ordre, sorte d'Internationale pieuse composée d'hommes et de femmes qui, sans renoncer à la famille et à la propriété, étaient unis par un commun esprit de détachement et de charité.

Les frères et les sœurs de la pénitence avaient pour règle de limiter au strict nécessaire l'usage des biens de ce monde et de disposer du superflu pour les pauvres. Outre des secours, ils devaient donner aux malheureux leurs soins et leur cœur. Il leur était prescrit d'être des pacifiques, appliqués à faire partout succéder au règne de la haine le règne de lamour.

Le Tiers-Ordre où les grands étaient mêlés aux petits favorisa le développement des instincts démocratiques, surtout en Italie. Immense était le contraste entre ces disciples de saint François appliqués à vivre selon les purs principes de l'Ëvangile et tous ces puissants eu lutte, dont les divisions et les attentats désolaient la riante patrie du mystique novateur.

Quand François mourut à quarante-quatre ans, consumé par cette flamme d'amour qui était en lui, les bonnes gens se racontaient que tous les oiseaux de la région étaient venus voleter autour de son corps et lui avaient chanté des hymnes d'adieu. Le jardinet qui avait eu le privilège d'être souvent foulé par les pas du séraphique religieux se mit à donner des roses sans épines. La petite portion de terrain où était sa cabane devint sous le nom de Portioncule un asile inaccessible

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à la force, un lieu saint dont il était dit qu'un chrétien obtiendrait tout ce qu'il y demanderait avec ferveur. On a vu jusqu'à 200.000 pèlerins campés dans les champs autour de l'église Sainte-Marie des Anges, le sanctuaire magnifique où est englobée la Portioncule.

Le maître disparu, il était fatal que la plaie de la mendicité fit dégénérer en bassesse fainéante et cupide celle pauvreté jointe au travail et à la bienfaisance qu'avait préconisée François d'Assise, d'accord avec l'Évangile.

Trente ans après la mort de saint François, saint Bonaventure déplorera qu'il y ait tant de franciscains oisifs, vagabonds, importuns, âpres à la curée. Ces professionnels de la pauvreté étaient en train de devenir les plus riches d'entre les riches.

Les frères mineurs donnèrent en quelque sorte le ton à ces mendiants éhontés qui pullulent encore dans les pays catholiques, en Bretagne, eh Italie, en Espagne, et qui, si vous offriez de les occuper, répondraient volontiers : « On vous demande de l'argent, et non pas du Iravail. »

Franc^ois avait prévu cette décadence. Il allait jusqu'à (lire qu'un temps viendrait où l'Ordre, déchu de la pauvreté et de l'humilité évangélique, tomberait en un tel discrédit que ses 7ncmbres rougiraient de se montrer.

Ils continueront à se montrer, et leur nombre croîtra vile jusqu'au delà de 130.000. Commis-voyageurs de la papauté, lesquêtenrs d'aumônespromènerontleur paresse gloutonne par tous les chemins, broderont des contes pieux pour capter les dons des fidèles, seront assidus aa chevet des mourants, feront pénétrer dans les hameaux les plus isolés les instructions de l'Eglise, espionneront les

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