‹ La pensée chrétienne des Évangiles à l'Imitation de Jésus ChristChapitre 20 sur 244 · LA MORALE DE PHILON · texte numérisé non relu

LA MORALE DE PHILON

même est Théritage qui l'attend. Courage, ô Ame, et comme tu as quitté tout le reste, sors aussi de toi. »

Ainsi voilà la seule vie digne d'être vécue, la viecomteroplative. C'est beaucoup concéder à la faiblesse humaine que de ne pas Timposer à tous. Mais enOn, au-dessous de la moralité parfaite, il y a place pour la moralité stricte.

Du moins demcure-t-il certain, aux yeux du philosophe juif, que la vie contemplative est infiniment au-dessus de la vie sociale et des vertus qui s'y rapportent avec Tamour des hommes pour principe et le bien commun pour fin.

Les juifs qu'on appelait les thérapeutes, absorbés qu'ils étaient dans les soins de Tàme, tendaient ù réaliser lidéal proposé par Philon. Modèles de tempérance et de continence, ils donnaient la plus grande partie de leur temps à des méditations pieuses, et ils se montraient si parfaits que plusieurs des pères de Téglise, comme le constate Tabbé Fleuri, les ont pris pour des chrétiens.

LE PROSÉLYTISME ET l'eSPRIT CHRKTIEN DE PHILON

Les exagérations spéculatives n'empochent pas Philon de mêler à ses leçons d'ascétisme un enseignement tout stoïcien sur l'unité du genre humain et sur la charité. II veut qu'on s'élève au-dessus de la conception judaïque qui admet qu'avec les étrangers, il n'y ait pas de communauté; etil reconnaît que la vraie vertu, à laquelle il appartient d'être l'inspiratrice des lois, nous fait voir dans l'étranger comme dans le compatriote notre prochain et notre frère.

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Il en vient même à prononcer ces belles paroles : « Le monde est une grande république que gouverne un droit unique, la droite raison, la loi divine, accordant à chacun ce qui lui est dû. S'il y a tant de lois différentes et contradictoires, c'est Teffet de l'orgueil et de l'incurable ignorance que l'orgueil produit. Les peuples, nés pour Tunion, ont divorcé, et ils n'aperçoivent plus, même en songe, le droit éternel. L'égalité est la mère de la justice. Mais on néglige Tégalilé, et chacun veut usurper ce qui est à autrui, haïssant les hommes et haï d'eux, lent à aider et prompt à nuire. Le sage, lui, est naturellement ami delà paix. Il est né pour l'amour et le service du genre humain. »

Il était naturel d'associer à l'idée de l'unité juridique l'idée de Tunité religieuse. Aussi Philon aime-t-il à se représenter la religion du vrai Dieu attirant à elle tout ce qu'il y a de pur dans les autres croyances, et réunissant tous les peuples au pied des mêmes autels. Il entrevoit l'avènementd'un pontife universel qui, tandis que chaque prêtre prie pour sa cité, prierait pour le genre humain tout entier et serait devant le créateur l'organe de la création à genoux et reconnaissante : fonction sainte mettant audessus de tous les rois l'homme appelé à l'exercer.

Lorsque Philon, s'élevant ainsi à la conception d'une Eglise mondiale, ambitionnait pour sa foi la conquête de l'univers, il obéissait à l'esprit juif qui était avant tout un esprit de prosélytisme.

Ce n'est pas sans raison que Jésus dira aux pharisiens qu'ils « courent la terre et la mer pour se faire des prosélytes. » En tous lieux on trouvait des colonies de Juifs. Nombreux et d'accord, ils étonnaient les imaginations.

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soit par la fidélité qu*ils gardaient à leurs coutumes» soit par le zèle qu'ils mettaientà prêcher le judaïsme; et celuici gagnait d'autant plus d'adhérents qu'il tendait à s'helléniser de plus en plus.

Aussi Philon s'écrie-t-il avec orgueil : « Où donc ne célèbre-t-on pas le jour du Seigneur? Nous sommes partout ; et partout, Grecs et Barbares, Occidentaux et Orientaux se convertissent à nous. A nous la terre entière. »

11 y avait néanmoins un grand obstacle : c'était la dif- Acuité, pour les convertis, de se soumettre à certaines pratiques juives très assujettissantes, et en particulier au sacrement essentiel du judaïsme, à la circoncision. C'est là la pierre d'achoppement que lèvera saint Paul. Plus conservateur, Philon prend ici la loi à la lettre et ne saurait tolérer qu'on s'en tienne, épargnant le corps, à circoncire le cœur.

C'est que Philon a pour les usages un respect que sa méthode allégorique le dispense d'avoir pour les idées. Il borne ses innovations à la doctrine. Celle-ci, il la revêt <i un caractère métaphysique, moral et cosmopolite, éminemment propre à lui concilier les intelligences fa(;onnées parla civilisation grecque.

D'autres pourront bien prétendre que la doctrine qu'inaugure Philon doit peu ou rien à la philosophie ; mais lui, tout en proclamant que « toute science n'est qu'une réminiscence de la révélation primitive », a soin de reconnaître qu'il est très redevable aux philosophes ^recs.

îloïse lui-môme, à l'en croire, serait leur débiteur. Il raconte, en effet, que Moïse eut, outre des maîtres égyp-

liens, d'autres maîtres, qu'on fît venir de la Grèce, et qu'il ne cessait d'étudier les doctrines de la philosopiiie. A dire le vrai, c'est seulement dans les commentaires de Philon que Moïse a été à l'école des Grecs et en particulier à l'école de Platon.

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