DOCTRINES NÉO-PLATONICIENNES
Philon, précurseur des Pères de TEglise chrétienne, le fat aussi des philosophes de Técole d'Alexandrie, par cela même qu'il formula la doctrine qui, diversement interprêtée, devait tenir le premier rang dans le néo-platooisme comme dans le christianisme. Cette doctrine capit^e était l'explication des rapports du monde avec Dieu parla Trinité divine et par l'extension de l'Etre dans les êtres qui procèdent de lui.
Philon avait distingué en Dieu « le Père, le Verbe médiateur et TEsprit saint qui remplit toute chose et se communique sans s'amoindrir, » et il avait montré nos âmes émanant de l'àme divine qui <c s'étend en elles sans rien se retrancher d'elle-même », de même qu'un flambeau allumant un autre flambeau ne perd rien de la lumière qu'il lui communique.
Or, voici ce qu'enseigne l'école d'Alexandrie : Dieu, étant l'être absolu, ne saurait entrer dans aucune des catégories de la pensée et ne comporte aucune définition. Selon le mot de Philon, « sa nature est d'êlre, non d'être nommé. »
Mais Dieu n'existe pas seul. En même temps que lui
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il y a Tunivers, et Tunivers ne saurait être compris que parlui et en lui.
De fait, la perfection même deTUnité divine implique une pluralité sans fin d'êtres qui émanent d'elle.
Ce n'est ni par besoin, ni par nécessité, ni par hasard, ni par caprice, que l'Etre a engendré les êtres ; il n'a fait qu'obéir à sa nature. Pour lui, vouloir et réaliser le bien c'est se vouloir et se réaliser lui-même.
L'Intellect divin est le premier-né de Dieu, et de lui procède l'Ame divine. L'Ame est l'image de Tlntellect, et rintellect est l'image de l'Unique qui l'a engendré.
« Pas d'intermédiaire entre l'Unique qui est le Père et l'Intellect qui est son fils, non plus qu'entre l'Intellect et l'Ame. Quand celui qui engendre est souverainement parfait, celui qui est engendré doit lui être si étroitement uni qu'il n'en soit séparé que sous ce rapport qu'il en est distinct. »
Quelles que soient les ressemblances, gardons-nous ici de confondre la trinité des alexandrins avec la trinité des chrétiens.
L'expression de celle-ci est l'existence d'un Dieu en trois personnes consubstantielles et éternelles; l'expression de celle-là est un Dieu unique engendrant dans l'éternité deux essences divines consubstantielles, mais inférieures en dignité, et qui, désignées sous le nom (ïhf/postases, ressemblent aussi peu à une personne que la pensée à un homme.
De l'Ame divine, réalisant dans le temps et dans l'espace les modèles de l'Intellect divin, procèdent toutes les âmes, des degrés les plus hauts jusqu'aux degrés les plus bas de l'existence, et voilà le monde produit.
LA PHILOSOPUIE DK PLOTIN 45
Dans cette multiplication des êtres, émanés les uns des autres sous des formes de plus en plus inférieures, il va sans doute un abaissement et une chute. Mais le remède existe : c'est le progrès continu vers l'idéal, l'ascension universelle des âmes vers Dieu d'où elles sont descendues. La perfection est en tout, par cela même que tout part de l'infini et va à Tinfini.
Pour faciliter le retour à Dieu, il a été donné aux âmes différentes facultés : d'abord les sens et Timagination qui, nous faisant connaître les phénomènes du monde, correspondent à Faction de TAme divine, créatrice du monde; puis l'entendement qui, écho de l'Intellect divin, nous révèle ce qui se passe en nous, et, par ses opérations, nous élève à la connaissance des vérités intelligibles ; enfin la raison et l'amour, sens de l'absolu, qui nous permettent, la raison par ses intuitions, Tamour surtout par Textase, de contempler l'unité divine et de nous unir à elle. La suprême démarche de la pensée est de 5e dépasser elle-même^ si bien que Dieu soit tout en nous.