‹ La pensée chrétienne des Évangiles à l'Imitation de Jésus ChristChapitre 58 sur 244 · FORCE VICTORIEUSE DU CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

FORCE VICTORIEUSE DU CHRISTIANISME

Comme on vient de le voir, beaucoup, en se ralliant AU christianisme, entendaient bien ne regarder le Christ que comme un grand initiateur, un sage inspiré de Dieu, ni^is non comme Dieu même. Le faire Dieu n'était-ce P^) en même temps que choquer le sens commun, tliniinuer les vertus de sa vie et Théroïsme de sa mort? Ya-l-il donc un si grand mérite à mourir homme pour renaître Dieu? Qu'est-ce que trois jours passés dans le tombeau pour qui se sait en possession de réternité?

Mais ces raisonnements des habiles n'ont pas accès près du vulgaire. Les foules proclameront le Dieu et persisteront à ne voir dans le supplicié que Thomme.

Et combien sublime apparaîtra à jamais celte Passion d'aulanlplustouchantequ'elleest plushumaine ! Lorsque approche Theure fatale, Jésus dit que son âme est triste jusqu'à la mort, et il demande à Dieu de lui épargner les épreuves qui se préparent. « 0 mon père, si cela se peut, détournez de moi ce calice ! » Mais non, voici qu'il va être trahi par un des siens ; réprouvé par le grand-

prêtre ; reni6 par ses meilleurs disciples ; accusé conime agitateur pulilic; eslimé de moindre prix qu'un abominable criminel; insulté par la Koldatesque, la valetaille, les grands et les prêtres ; enfin frappé, mis on croix. Eh bien, que la volonté de Dieu soit faite ! « Non ma volonté, mais la vôtre, û mon Père! n Et il demeure paisible sous les injures, sous les risées, sous les soufflets, sous les crachats de la vile multitude que prêtres el puissants ont ameutée contre lui. On le lie; unie flagelle; on le bâtonne; on lui enfonce dans la tète une couronne d'épines ; on le traite comme un fou ; on lui fait tenir un roseau en guise de sceptre ; on l'abreuve de sarcasmes; on lui arrache la barbe. Sa bénignité ne se dément point. H laisse tout faire. Mais ce n'est pas assez, il faut qu'il périsse. Traîne ta croix pour aller au supplice. Il traîne sa croix. Livre les mains pour qu'on les cloue. Il livre ses mains. Maintenant le voilà pendu à ce bois infâme. A sa droite et à sa gauche deux voleurs. Devant lui tout un peuple qui l'invective et le raille. Du haut de sa croix il voit celte foule de gens qui branlent la tète pour se moquer; il entend les huées dont tous l'accablent, et il dit ; ir 0 mon Père, pardonnez-leur car il ne savent ce qu'ils font ! » Mais pourtant il est un liomine celui qui vient de prononcer cette parole divinemenLsublime, et, les mains déchirées, la gorge en feu, les membres brisés, tout le corps meurtri, il soufl're d'horribles douleurs que centuple cette pensée araère qu'on le tue et le maudit quand on devrait l'exalter el lo bénir. Eu sa personne la fiction de Platon devient une réalité : le meilleur des justes a le sort du pire des scélérats. Abandonné des hommes, le juste méritait-il d'être abandonné de Dieu"? « U Dieu, pourquoi in'avez-vous aban-

donné ? » s'écrie Jésus, et, baissant la tête il expire. Grande mort, immortelle semence de grandes morts. Quelques mois après le supplice de Jésus, le diacre Etienne, pendu à une croix, rappellera un reste àe vie pour s'écrier : « 0 Dieu, n'imputez pointa mes bourreaux le mal qu'ils me font. » Et depuis, que de milliers d'hommes mourront, martyrs d'une idée, qui, à l'heure des suprêmes tortures, ranimeront leur énergie défaillante en se représentant le crucifié du Calvaire !

Les disciples du Christ qui, comme le diacre Etienne, subissaient pleins de résignation et de pardon les plus douloureux supplices, furent précisément les premiers et les plus puissants panégyristes de la doctrine chrétienne.

Tout ne se borna pas au témoignage du sang. De plus 6n plus, rinfluence grandissante de l'opinion populaire fil taire les scrupules des habiles, et la foi de ceux qui avaient le plus de chaleur dans Tàme entraîna l'adhésion Je ceux qui avaient le plus de lumières dans l'intelligence.

Peu à peu se forma, grossit et prévalut une phalange ^hommes supérieurs dont les efforts aboutirent à créer Jansle monde un nouvel ordre moral, sous les auspices Ju Christ. Ces hommes, d'accord à mettre l'éloquence, '^ philosophie et la politique au service d'une pensée commune, sont les apologistes, les docteurs et les Pères <ie l'Église.

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Dès la seconde moitié du deuxième siècle, saint Justin et ALhénagore, à la fois philosophes et chrétiens, écrivaient chacun une défense de la religion nouvelle où ils se montraient élèves de Platon autant que disciples de Jésus.

Justin était un platonicien qui se fit chrétien mais ne quitta jamais son manteau de philosophe et continua son enseignement, où se retrouvent les conceplions essentielles du Juif Philon.

Pour Justin le christianisme réside dans une mise en œuvre éclectique de toutes les grandes conclusions de la philosophie, subordonnée à la foi en Jésus qui est le Verbe, la Sagesse divine manifestée aux regards des hommes.

Dieu est ri^tre suprême et ineffable. Qui prétend le déilnir le dénature. Dites qu'il est le Créateur, qu'il est notre Seigneur, qu'il est notre Père, vous ne déterminerez pas son essence, vous ne ferez que qualiQer ses œuvres et ses bienfaits. L'esprit se perd dans la considération de celte grandeur iniinie qui nous écrase. C'est au cœur qu'il appartient de se rendre Dieu sensible par le culte de sa Bonté souveraine incarnée dans le Christ.

Justin nous montre les chrétiens réunis pour écouter la lecture des écrits des prophètes et des mémoires des ap6lres, le jour du soleil que nous appelons le dimanche. Après avoir été exhortés par le président de l'assemblée à s'inspirer des enseignements que le lecteur a eu charge de leur Faire entendre, les fidèles prient non seulement pour les autres fidèles, mais pour toute la famille humaine et en particulier pour les malheureux, endoloris du corps ou de l'àme; ils glorilient le Père universel ; ils communient avec le pain et le vin mêlé d'eau ; puis ils se

séparent en se donnant mutuellement le baiser de paix. La piété tout intérieure de ces croyants se passait d*images parlant aux yeux; et par cela même il arrivait qu ils étaient traités d'athées par ceux qui ont besoin de se figurer la divinité pour la comprendre. Justin s'en indignait, et il répondait aux idolâtres que ce qu'ils traitaient d'athéisme c'était le culte du seul vrai Dieu, inspirateur de la tempérance, de la justice et des autres vertus.

Aux pieux lutteurs s'exposant à mourir pour leur foi, Justin disait que non seulement, comme tous les morts, ils ressusciteraient en chair et en os, mais que, pendant niille ans, ils formeraient la cour du Christ revenu sur terre. 11 ajoutait qu'une fois terminé son règne terrestre de dix siècles le Christ jugerait tous les hommes; qu'ensuite, environné des saints, il remonterait au ciel pour inaugurer son règne éternel.

Par ses hardies réponses aux détracteurs des chrétiens, Justin se ménagea une place dans cette sainte phalange ^es martyrs, que sa plume avait tant exaltés. Il fut décapité à Rome Tan 167.

Justin avait adressé son apologie des chrétiens à Marc- Aurèle; Athénagore adressa la sienne à Commode.

Comme Justin, ce philosophe converti proclame qu*avoir plusieurs dieux c^est n'en avoir point, et il met dans ridolatrie le véritable athéisme. Les chrétiens ne sont athées qu'à l'endroit de ces dieux que leurs histoires révèlent inférieurs à Fhomme le plus chétif qui aspire à la vertu. Autant et mieux qu'un Platon ils ont foi en un Dieu unique. Ils voient en lui TEtre immense, éternel, incorporel, qui ne peut être entendu que par la pensée,

Fabm. — Pensée chrélicnno. 8

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impuissante à dire ce qu*elle sent. Dès qu'on parle de Dieu, on le déforme ; les idées qu'on en donne ne sont que des idoles spirituelles forgées par Timagination et les sens. Plaignons la sottise des hommes qui croient pouvoir enfermer la divinité dans un temple. Dieu est esprit ; et c*est dans les esprits qu est sa demeure.

Quand les chrétiens disent que Dieu a un (Ils, il ne s'agit pas d'un être né de lui à la façon de ces enfants des dieux dont nous entretiennent les fictions des poètes. « Le fils de Dieu est le Verbe, c'est-à-dire la Raison du Père en œuvre. Par ce Verbe ont été créées toutes choses. Le Père et le Fils ce n'est qu'un, le Fils étant dans le Père comme le Père est dans le Fils par l'unité et par la vertu de TEsprit. »

Ainsi, pour gagner à soi les doctes du paganisme, l'athénien Athénagore se plaît à leur développer des conceptions qui leur apparaissent comme des échos du grand Platon, le philosophe de leurs préférences. Mais il n a garde de se borner à platoniser; et, tandis que Platon n'affirmait que Timmortalité des âmes, il conclut à la résurrection des corps.

CELSE l'aNTICHRÉTIEN

Au deuxième siècle, sous l'empereur Adrien, vécut le philosophe Celse que la postérité a regardé comme le plus grand adversaire du christianisme.

Celse était un de ces sceptiques qui trouvent que, dans l'ignorance où nous sommes de la vérité, il faut conserver la religion existante du moment où elle est accréditée depuis des siècles et que des milliers d e générations s'en

or

CELSE L'ANTICIIRÉTIEN 115

sont accommodées. Le maintien du paganisme lui semblait indissolublement lié au maintien deTEmpire. Il mit à le défendre une espèce de patriotisme où la foi reliieuse n'entrait pour rien. Il ressemblait à ces conservateurs qui, quoique incrédules ou athées, sont aujourd'hui les ardents champions du catholicisme.

Tandis que les cultes les plus divers faisaient ensemble bon ménage dans le monde romain, le christianisme entendait s'imposer sans partage. Cela fit que Celse prit particulièrement en haine les chrétiens et écrivit contre la secte intransigeante son Discours véritable y réfuté par Origène qui nous Ta fait partiellement connaître.

Dans les parties soi-disant historiques de son œuvre, Celse fait de la mère de Jésus une épouse infidèle qui aurait dû sa maternité à son commerce avec le soldat Pantère; puis il représente le fils de Marie allant servir un maître en Egypte, par suite de sa pauvreté.

Chez les Egyptiens, selon Celse, Jésus apprit tous les secrets de la magie si en honneur en ce pays ; et il devint fort habile dans cet art, comme jadis Moïse.

Revenu d'Egypte en Israël, Jésus s'attribua, à l'exemple ^e bien d'autres, la vocation de Messie.

Avait-il du moins dans sa personne le grand air qui s^edàun Messie? Nullement. Ses sectateurs conviennent 1" il était de petite taille, d'allure grossière et vulgaire. Mais ils se tirent d'affaire en disant que le prophète Isaïe ^ prédit que le Messie <c ne posséderait ni beauté ni éclat pour attirer les regards; que son aspect n'aurait rien î^iplût, et qu'il serait semblable à celui dont on détourne 'c visage. »

Jésus groupa autour de lui une dizaine d individus sans *vea qui se déclarèrent ses disciples ; et il mena avec

araudago s' al liai i

116 LK CIIBISTIAMSMP: l'RIMITIF

eux une existence vagabonde où le à la mendicité.

Ses j)i'aliques de magicien et ses invectives contre les riches et les prèlres lui firent une popularité parmi les petites gens. Mais LienlôLIes autorités établies s'inquiétfcrent de ses méfaits et elles le firent mettre à mort.

Jésus, dil-on, avait pressenti cette fin et annoncé sa résurrection. Or il se trouva, paraît-il, une femme fanatique et quelques visionnaires qui prétendirent qu'en effet il était ressuscité.

Là-dessus s'édifia ta singulière fortune du Galiléen après sa mort. La foi en la résurrection de Jésus lui conquit les plus ardents enthousiasmes dans la lie du peuple, et fonda la religion nouvelle.

La dialectique de Celse s'accompagne de sarcasmes témoignant de la passion qui l'anime.

Qu'est celle nouvelle espèce de dieu qui va prendre naissance au sein d'une race méprisable et méprisée; chez ce peuple rapace et sale qui fut jadis Tesclave des Égyptiens?

Oui les Juifs se donnent pour la race élue, et les chrétiens renouvellent les mêmes prétentions à la primauté. Mais ne dirait-on pas des fourmis ou des chauvessouris, s'agitant dans la boue ou dans les ténèbres po^fl affecter une absurde supériorité"? ^|

a Nous sommes les privilégiés, disent-ils. A nous Dieu envoie ses messagers; pour nous il lève les voiles de l'avenir; avec nous il a fait une éternelle alliance. Parce

le parmi nous se sont rencontrées des brebis perdues,

envoie son fils pour les ramener. Et voici que nous

[ouïrons h. jamais d'ineffables félicités, tandis que ceux

CELSE L'ANTIGHRETIEN 117

qui ne se seront pas convertis à nous seront en proie aux Qammes. » Quel orgueil ! quelle clémence !

Du moins le messager du ciel se recommandait-il par la noblesse de ses origines ? Pas du tout. C'est le fils d*une misérable villageoise vivant du travail de ses mains, et de même que son corps n*a ni beauté ni majesté, sa famille n'a ni prestige ni lignée d'ancêtres. On s'émerveille des miracles de Jésus. Mais il n'y a rien là qui passe les miracles des charlatans asiatiques. Pour quelques oboles, ils nous donnent le spectacle d'apparents prodiges. Ils chassent les démons, guérissent les malades, évoquent des âmes. En faisonsHious pour cela des divinités ? Non certes. Nous voyons en eux une engeance de fripons et d'hommes de rien.

On s'extasie sur la passion de Jésus. Mais alors qu'est- ^^ qui empêche de voir des êtres divins dans tant de Personnages qui ont subi des peines éclatantes, et qui ^^aient prédit aux compagnons de leurs forfaits le châtîïnenl Gnal ?

Eux-mêmes les quelques misérables ignorants que ''ésus réussit à s'agréger comme disciples, n'en vinrent- ^'spas à le trahir ou à l'abandonner? Élait-il Dieu celui fui s'est laissé prendre malgré toute sa magie, qui s'est soumis à tant de mauvais traitements, qui a gémi de sa mort?

Dira-t-on que c'est là l'accomplissements des prophéties, consignées dans les livres hébreux? Mais ces prophéties sont applicables à des centaines d'autres individualités tout autant qu'à celle de Jésus. On ne compte pas les Juifs qui, avant et après Jésus, se sont donnés pour le Messie.

Qu'on ne prétende pas que Jésus se distingue des autres

t«a I.i: CEIBISTIAMSMF. PRIMITIF

|'ein[)ire qu'allait prendre sur l'avenir la personoalité de JéauH?

N(! jptaieDt-ils donc pas les yeux sur ces récils évangéliqiies, sur ces lellres apostoliques où l'esprit de vie H'ariirme avec des accents qui ne se trouvent point ailleurs V

ICIi qu'importe la christologie ? qu'importent toutes ces dissidences des controversisles sur le Christ ? Un fait demeure , c'est qu'une parole nouvelle , digne d'un éternel retentissement, s'est fait entendre dans le moDde.

LES APOLOGISTES LATINS, TKRTLLLIEN, MIMICICS, AUNOBK, LACTASCE

Au début du troisième siècle, dans l'église latine, le Cartaginois Tertullien se fil à son tour l'avocat de la même cause que Justin et Alhénagore avaient défendue dans l'église grecque. Son plaidoyer est doublé d'un réquisitoire véhément. Il accuse ; il réprouve ; il menace ; et la philosophie est associée au paganisme dans ses fougueux analhèmes.

Résumons ici les appels adressés aux païens par ce Lamennais du iii' siècle.

« Disciples de la Grèce, devenez les disciples du ciel ! Rompez avec les pompes du monde; désertez ces cirques et ces théâtres où triomphent l'inhumanité et l'immoralité. Vous ôles les esclaves de l'orgueil, de la sensualité, des cupidités. Chez les chrétiens régnent l'humilité, la pureté, la charité. Ils jouissent d'une liberté sainte ; et ils ont le privilège de l'innocence.

« Qu'espérez-vous, vous idoldlres, pour qui tout est

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