‹ La pensée chrétienne des Évangiles à l'Imitation de Jésus ChristChapitre 59 sur 244 · LES APOLOGISTES LATINS · texte numérisé non relu

LES APOLOGISTES LATINS

Dieu, hors le vrai Dieu ? Observez donc que, dans les rues, au forum, dans les villes, dans les camps, partout, si ce n'est dans vos temples, on ne voit que nous. Plus croit votre cruauté, plus croît notre gloire. Vous nous condamnez; Dieu nous absout. Vous répandez notre sang; et il en germe des chrétiens.

» Les chrétiens reconnaissent César et lui obéissent, tant qu'il ne leur demande rien de contraire aux volontés du Seigneur d'en haut, dont lui-même César n'est que le délégué. Mais la conscience est-elle en cause? Ils se sentent libres; et ils n'ont pas d'autre maître que le Dieu tout-puissant, qui est aussi le maître de César.

« Au reste, que César le sache ! Plus il y aura des chrétiens, plus il y aura des hommes paciGques dans son ^œpire. Traqués, persécutés, nous resterons soumis, ïion faute de force mais par conscience. Nous savons <iue les princes tiennent leur pouvoir de Dieu et n'ont ^ue lui au-dessus d'eux.

« Or donc, puissants de Rome, nous ne sommes pas à craindre pour vous ; mais nous ne vous craignons pas. Que les bourreaux en prennent à leur aise ! Qu'ils "^gellent, qu'ils torturent, qu'ils broient, qu'ils décapitent, qu'ils crucifient ! Les supplices donnent élan à '^ vérité. Son jour est venu. »

Toujours bouillant et volontiers excessif, TertuUien ^ ses incohérences. Souvent il répète : « Qui dit nouveauté dit hérésie », et il pourfend les novateurs. Mais i d'autres moments il professe cette sage doctrine : * Rien ne peut prescrire contre la vérité. Qu'importe ^ue la longueur du temps et l'autorité des personnes

^lent fortifié une coutume? Si à sa base il y a l'erreur accréditée par l'ignorance ou la simplicité des hommes,

c'est en vain que la coutume se prévaudra de sa durée et de ses appuis. La vérité doit être la plus forte. Le Christ s'est appelé Vérité et non pas Coutume. Ce n'est pas la nouveauté, c'est Terreur qui fait Thérésie. D'où qu'en date Tusage, tout ce qui est opposé à la vérité est hérésie. »

Tandis que Tcrtullien condamne tout recours à des ménagements et dépasse les outrances où se complairont les plus rigides jansénistes, son contemporain, Minucius Félix, s'applique à rendre aisées les voies du christianisme qu'il réduit à la foi en la Providence et en l'Immortalité, sous les auspices du Christ.

L'accord de tous les grands esprits de l'antiquité dans l'affirmation d'un Dieu unique et d'une vie future, témoigne, dit cet apologiste, que les chrétiens sont philosophes ou que les philosophes ont été chrétiens.

On reproche aux adeptes du Christ de n'avoir ni temples, ni autels. Eh quel temple pourrait enfermer la majesté de celui que le monde même ne peut contenir? C'est dans notre pensée qu'il faut lui dresser un temple. C'est dans notre cœur qu'il faut lui consacrer un autel.

Pourquoi offririons-nous à Dieu des victimes ? Lui immoler les animaux qu'il a faits pour notre usage est une espèce d'ingratitude ; car c'est rejeter son présent. Les sacrifices qu'il nous demande c'est une àme pure, une conscience droite, une foi sincère. C'est le servir que vivre dans l'innocence; c'est lui sacrifier qu'exercer la vertu.

Parmi les chrétiens le plus pieux est celui qui est le plus juste. Aucune grandeur ne les tente, pas plus

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