LES ESSÉNIENS
adoptaient, les formant à vivre selon leur institution. Le caractère propre des Esséniens n*était pas seulement ce sens profond de la fraternité humaine qui allait être Tapostolat chrétien. Ils se faisaient également remarquer par la hauteur de leurs idées religieuses qui aboutissaient à voir dans la moralité l'essentiel du culte.
Cen^est pas qu'ils omissent d'observer le sabbat; mais ils navaient garde de s'astreindre rigoureusement à toutes les cérémonies prescrites par le Pentateuque, et, au risque de scandaliser les esclaves de la lettre, ils nadmettaient pas que la piété pût être où manquait la bonne vie.
C'était là une excellente réaction contre le formalisme judaïque. Déjà, au t^^ps des rois Achaz et Ezéchias, Michée s'écriait : « Qu'offrirai-je au Seigneur qui soit digne de lui ? Lui offrirai-je des holocaustes et le veau d'un an? Le Seigneur sera-t-il donc apaisé par des milliers de béliers, par des milliers de boucs engraissés ? Donnerai-je mon premier-né pour l'expiation de mon crime, le fruit de mes entrailles pour le péché que j'ai commis? 0 homme, je vais le dire ce qu'il y a à faire et ce que le Seigneur demande de toi : c'est de pratiquer Injustice, d'aimer la miséricorde et de marcher avec zèle dans la voie où est ton Dieu. »
^e^s la même époque, la même inspiration dictait à
I«« incomparable prophète vénéré sous le nom d Isaïe ces
paroles qu'il prête à Jéhovah : « Qu'ai-je affaire de la
multitude de vos victimes? Tout cela m'est à dégoût. Je
naime point la graisse de vos béliers ni le sang de vos
agneaux. Je hais vos solennités, et votre encens m'est un
^bjet d'abomination. En vain éleudrez-vous vos mains
vers moi ; je détournerai les yeux parce que vos mains
i* LÉCLECTISME JUIF
sont pleines de sang. Purifiez-vous ; corrigez vos pensées ; renoncez au mal ; assistez Topprimé ; faites justice à Torphelin; défendez la veuve. Et après cela venez, et plaidez votre cause ! »
LES DROITS DE l'iNSPIRATION CHEZ LES JUIFS
Les Juifs étaient pénétrés de cette idée profonde que c( l'esprit souffle où il veut. » De là vient que, toujours dans l'attente d'un écho d'en haut, leur instinct théocratique accordait une large part à l'inspiration personnelle.
Dans les synagogues le premier venu avait le droit de faire un commentaire sur les livres sacrés, et, par ce moyen, de mettre au jour sa pensée.
L'initiative étant ainsi encouragée, il pouvait s'élever de temps à autre de grandes voix dont les libres accents fortifiaient et renouvelaient la vitalité religieuse.
On se souvient de cet Elie qui, vivant dans la solitude du Carmel, parmi les rochers et les bêtes sauvages, apparaissait de loin en loin pour dénoncer aux rois les vengeances de Dieu. A son aspect tous demeuraient muets, et sa parole menaçante retentissait comme un tonnerre avant-coureur des grandes catastrophes.
Et plus lard, avant que Jésus commençât sa prédication, ne voyons-nous pas Jean-Baptiste prêchant au désert de Judée où il se rendit si populaire ? Amaigri par le jeûne, à moitié vêtu, il sortait tout à coup de sa solitude pour maudire les grands et les prêtres dont se glorifiait le pharisaïsme, et il annonçait que le royaume de Dieu était proche : « La cognée, s'écriail-il, est déjà à la racine des arbres. Tout arbre donc qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu. » Et le peuple