‹ La pensée chrétienne des Évangiles à l'Imitation de Jésus ChristChapitre 74 sur 244 · L INCARNATION, 1)0(]HE PLUS PAÏEN QUE JUIF · texte numérisé non relu

L INCARNATION, 1)0(]HE PLUS PAÏEN QUE JUIF

Los Juifs coQlemporains de Jésus-Christ auraient crié ^ ^^ folie si quelqu^un leur eût tenu ce langage : « Le ^^Is Je la femme du charpentier Joseph est Dieu. II est "icu comme le Père ; et en même temps il n*est pas un '^ulre Dieu que le Père, mais ne fait qu'un seul Dieu ^vcclui. Engendré de toute la substance du Père éternel, ^t non simplenjent son Fils d'adoption, Jésus, Fils unique de Dieu, est Dieu de toute éternité et Seigneur ^e toutes choses. Il prit un corps à Nazareth, dans les ^nlrailles de Marie qui, devenue mère de Dieu, Ta onfanlé tout en n'ayant jamais cessé d'èlre vierge. Elle l'avait conçu par l'opération du Saint-Esprit, et Joseph ^^ fut que son nourricier. »

Les Juifs attendaient bien un Messie qui serait un second Moïse plus grand que le premier; mais ils ^ avaient pas l'idée d'un Homme-Dieu. Cette conception **épondait à la pensée hellénique, non à la pensée 'hébraïque, qui proclame infinie la distance entre Thu- ^aolté et la divinité.

Quand, à la fin du i" siècle, l'Evangile selon saint ''^an disait que ce Verbe dont parlent les philosophes ^ est fait homme et a habité parmi nous, il tenait un langage éminemment propre à scandaliser les Juifs Judaïsants, bien plus que les Grecs ou les Romains, accoutumés à admettre que la divinité prenne la forme humaine et entre en commerce avec les hommes.

Le grand chrétien Milton dira avec raison que l'idée ^ua Dieu incarné dans un homme est une idée foncière- "ienl païenne ; et il combattra la divinité de Jésus-Christ

LK DÛGMATlSMli CATHOLIQUE

comme un dogme idolâtrique rouvrant la porte aa poT théisme.

SainL Justin donnait implicitement raison à Milt( dans celle Apologie où, pour gagner les polythéistes, -** se plaisail à montrer les points Ht- rapprochement entf le paganisme et lechristianisme. « Jésus, disait-il, quan^^ même il ne serait qu'un homme comme les autres, seraî ■ digne, à cause Je sa sagesse, d'èlre appelé Fils de Dieu — Lorsque nous l'appelons le Logos, ou le Verbe, premie»^ né Je Dieu, engendré par lui sans l'intervention de 1^ femme, notre langage ressemble à celui que vous tenes; sur Hermès, fils de Zeus, que vous appelez aussi 1^ Lor/os et que vous repriîsentez aussi comme né autre — ment que par ta génération ordinaire. »

Passant à l'apparition du Fils de bleu dans le monde, Justin demande si Jésus, naissant d'une vierge, n'a pas cela de commun avec Persée né de Itanaé restée vierge. 11 ajoute que, quand les chrétiens disent que le Christa guéri des boiteux, des [laralytiques, des aveugles, et ramené des morts à la vie, ce qu'ils racontent de lui ressemble à ce que les païens racontent d'EscuIape, rendant lui aussi la santé u des malades et ressuscitant des morts.

Justin aurait pu emprunter à la mythologie d'autres exemples, en particulier celui de la Sagesse sortant du cerveau de Jupiter dans la personne de la déesse Minerve.

Le mal est que les précédents du paganisme fournissaient autant d'arguments aux contempteurs du christianisme qu'à ses apologistes. Ainsi on se faisait un jeu de comparer l'opération du Saint-lîspril, qui rend mère la femme de Joseph, aux interventions mystérieuses de Jupiter, dotant la femme d'Amphylrion d'un lils qui fut

L'ÉLABORATION DU DOGME DE L'INCARNATION i91

Hercule. Puis, on répondait aux chrétiens : « Quand vous ïïe trouvez que fables dans nos histoires, pourquoi prélendez-vous que nous n'en trouvions pas dans les vôtres? »

Les sages concluaient que partout l'imagination populaire se plaît à entourer de circonstances extraordinaires la naissance des grandes personnalités, ainsi qu'en lémoigne, d'après les mémoires mêmes des missionnaires catholiques, cette opinion des Chinois qui veut lue les saints^ les héros^ les grands chefs des dynastieSy naissent d'une vierge^ sans douleur et sans souillure^ par W'ie opération divine ; ainsi qu'en témoigne plus fortenient encore la légende indienne de Bouddha sur laquelle semblent calqués les récits évangéliques.

Toutes ces manifestations de la divinité, si communes dans la mythologie des Grecs qui les appellent des théophanies, et non moins communes dans la mythologie l>rahmanique où les incarnations succèdent aux incarnations, leur apparaissaient comme les prototypes de lHomme-Dieu.

l'élaboration du dogme de l'incahnaïion

Cestauiv'' et au v° siècle qu'a été défini et promulgué comme article de foi le dogme du Verbe incarné.

Le prêtre Arius vient et dit : « Que Jésus soit plus iî'^nd qu'aucun prophète, je Tadmets, d'accord avec saint "auletles trois premiers évangélisles. Mais qu'il soit égal ^^ Père et coéternel à lui, je le nie. Il est impossible que '^ père n'existe pas avant le fils né de lui. » Arius est <^ondamné en 323. — 11 fallait, pour l'autorité de l'Église nouvelle, qu'elle eût pour chef, en la personne de Jésus-

LE DOIl-MATISMB

Christ, Don un homme simplement surhumain, ma Dieu même, et qu'elle exclût cette orientation ration liste (lu christianisme, qui ne favorisait aucunement J partage des prêtres et des liJèles, les uns mandatair^^3 de Dieu, les autres leurs ouailles, les uns détermina »^ le dogme, les autres nayant qu'a l'accepter. 1

Le patriarche de Conslantinople Neslorius vient c^A dit : « Dieu peut se juxtaposer à l'homme, mais non ètre^ homme, par cela même (]u'il est Dieu. 11 y adonc eu va 1 Jésus-Christ deux personnes. » Neslorius est condamué i en 431, — Il fallait ne pas àter k l'œuvre du salut et au culte du Sauveur son unité et sa grandeur par le parla^'e entre un Jésus-Christ homme et un Jésus-Christ Dieu.

Le moine lîutychès et le patriarche d'Alexandrie Diuscorc viennent et disent : « En Jésus-Chrîst, la nature humaine a été, par rapport ù la nature divine, couime une goutte d'eau qui se perd dans l'Océan. On peut donc, au lieu d'attribuer au (Christ les deux natures, | proclamer qu'il n'a été que Dieu et n'a eu de l'homme que la rcsseiiiblaucG. i> Eutychès et Dioscore sont condamnés en 4.jU. — Il fallait no pas supprimer en Jésus- Christ la nature humaine qui fait que comme nous il a souffert, il a pleuré, et que nous aimons en lui un être à la fois notre semblable j>ur ce qu'il a d'humaiu et notre idéal par ce qu'il a de divin.

Les conciles grecs déterminent donc qu'il faut croire en notre Seigneur Dieu Jésus-Chrisl, unique en s« personne, vrai Dieu et vrai homme, parfait en sa divinité et parfait en son humanité, à la fois consubstantiel à LHeu et consuôstanlip/ à t'homine^ unissant indivisible- \ ment la nature divine et ta nature liumaine.

Qu'il fut contradictoire de dire qu'une mèraepersonue

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