‹ La pensée chrétienne des Évangiles à l'Imitation de Jésus ChristChapitre 82 sur 244 · LE PURGATOIRE · texte numérisé non relu

LE PURGATOIRE

Longtemps on ne distingua que l'enfer et le paradis. Mais ne trouve-t-on pas Tidée d'un état intermédiaire ^ntre la damnation et le salut, soit dans saint Jérôme, ^^and il parle d*un mari multipliant les aumônes pour »^ soulagement de sa femme défunte; soit dans saint Ghrysostôme quand il dit qu'il faut répandre sur la tombe ^^s morts non des larmes inutiles, mais de secourables P**ières; soit surtout dans saint Augustin, quand il conçoit une puriHcalion des âmes par le feu, et qu'il prononce que, puisque Jésus a dit que le péché contre le ^^int-Esprit ne comportait de pardon ni dans ce monde ^^* dans r autre ^ il s'en suit qu'il y a des péchés suscep- ^liles d'être remis dans l'autre monde?

Alafîn du vi® siècle, le pape Grégoire le Grand accré- ^^la la conjecture de saint Augustin sur un feu purificateur auquel les fidèles imparfaitement sanctifiés seraient ^^umis plus ou moins longtemps, selon (ju'ils auraient plus ou moins aimé les biens périssables.

Cette idée se trouva vite vulgarisée par toute sorle de ^écils d'apparitions où des morts en peine faisaient appel ^ux vivants. A ce propos Grégoire le Grand, dans le quatrième de

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ses dialogues, se fait demander par son interlocuteur : << Comment arrive-l-il qu'on entend dire maintenant tant de choses sur ces âmes du (lur^atoire dont auparavant on n'avait jamais rien su "! » A quoi l'illustre Pape, qui croyait proche le jugement dernier, fait cette réponse :

Il II n'y a là rien d'étonnant. Plus ce monde approche de sa fin, plus l'aurore du monde futur luit dans le présent et le révèle par des signes certains. »

Ce n'est cependant qu'en 1439 que la foi au purgatoire fut définitivement consacrée par le concile de Florence.

Le purgatoire a été bien attaqué. N'est-ce pas à lorlf Au lieu de n'admettre comme lieu d'expiation que l'enfer, ne serait-il pas plus raisonnable de n'admettre que le purgatoire? Autant la conscience repousse la vieille géhenne avec ses peines éternelles, autant elle comprend le purf/n/otre avec ses peines temporaires, proportionnées aux fautes, ne mettant pas les hommea en face de l'irréparable et laissant à tous l'espérance. 11 faut bien que, soit sur terre, soit ailleurs, chacun se purge de ses souillures. Comprendrait-on un lendemain de la vieoii il serait fait à un Caligulale même traitemeni qu'à un Vincent de Paul?

Mais que le purgatoire et la communion des saints motivent cette exploitation des œuvres surérogatoires et dei indulgences, dont le scandale détacha de Home tout le nord de l'Europe ; que l'Eglise anatltématise, avec le concile de Trente, quiconque ne la croit pas investie d'un droit de grâce applicable aux pénalités de l'autre monde ; que, se proclamant la dispensatrice des trésors spirituels, elle grossisse par là indéfinimctit ses trésors temporels { qu'elle fasse argent de la rémission des péchés ;

mette en actions la mine inépuisable des mérites de la Vierge et des saints ajoutés aux mérites infinis du Christ ; qu'elle délivre des exemptions authentiques de tant ou tant d'années, de mois, de jours de pénitence; que le mystère de l'au-delà, la sollicitude pour les morts aimés, le souci du salut, servent de matière à des trafics, masqués de piété ; que l'observance facile des prescriptions d'un jubilé supplée aux rigoureux devoirs de la vertu ; que Dieu, avec ses saints et ses prêtres, ressemble à un potentat oriental dont la Cour est convertie en une foire aux faveurs par ses grands et ses ministres ; qu'entre les mnombrables dévotions qui se disputent la clientèle catholique il y ait une perpétuelle surenchère de privilèges posthumes accordés par le pape et les évoques ; que les consciences soient viciées et les bourses vidées par le monnayage d'un crédit imaginaire ; cela fait horreur ou pilié, selon qu'on envisage ce qu'il y a là-dessous <i immoralité ou de niaiserie.

A la communion des saints TÉglise catholique oppose 'empire des démons. D'un côté ceux qui sont sauvés ou Peuvent l'être; de l'autre les réprouvés. Être incorporé P^rmi les chrétiens c'est « renoncer à Satan, à ses pompes, à ses œuvres »; être excommunié c'est être ^fijeté dans l'empire de Satan et par suite voué à l'enfer.

Grand dans son orgueil et dans sa perversité, Satan, '6 roi des anges déchus, apparaît aux imaginations comme ûue espèce de géant, moitié homme moitié bête, ayant tousses ordres tout un monde d'êtres malfaisants et bur-

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lesfjues. (Jiie Je solitaires dans leurs déserts crurent * grimacer autour d'eux des diables aux pattes velues, i ongles crochus, aux longues cornes, aux yeux de brai aux dents grinçantes, qui fouettaient l'aîr de leurs long' queues et laissaient échapper de leurs bouches des ba fées (le feu et de fumée, mêlées à d'épouvantables h lements!

Epilepsie, iiystérie, folie, toute maladie inexpliqi était une possession du démon. Les fortunes insolen qu'une grande piété ne faisait pas pardonner appari salent comme l'effet d'un pacte avec Satan donnant [n quelque temps pouvoirs, richesses et jouissances à ' lui avait vendu son âme pour l'élernité.

Malheur à qui était suspect de machiner diaboliq< ment la perle d'autrui, d'user de sortilèges et de f quenler les assemblées nocturnes attribuées par légende aux êtres infernaux! C'est par milliers que comptent au moyen âge les sorciers et les sorcières t* damnés à mort h cause de leurs prétendus maléfices.

On pensait qu'aussi nombreux sont les atomes poussières que nous voyons tourbillonner dans un raj de soleil, aussi nombreux sont les mystérieux démc qui sans cesse s'agitent autour de nous, comme des loi dévorants en quête de leur proie.

De Ik, chez les plus purs, des transes perpétuell des scrupules sans cesse renouvelés : a Ne suis-je | dupe d'une inspiration du démon? Ne dois-jc pas i méfier de cet élan du cœur? Ne vaia-je pas sur chemin semé de précipices? •■

La vision constante des malices possibles du dis épure souvent les âmes; mais plus souvent encore e les paralyse. Il y a une dévotion faite de la t

démon, qui ne laisse ni paix, ni initiative, ni virilité à ceux qu'elle possède. Tout dans la vie cache un piège redoutable ; tout dans Tétude cache une curiosité dangereuse; tout dans la vertu môme cache un orgueil répréhensible; et la nature entière n'est que tentation.

•Au prêtre le soin de prévenir les désespoirs, d'apaiser ïes inquiétudes, d'éclaircir les doutes, de lever les scrupules.

Par cela même que la lutte contre de mauvais génies <^onsacrant leur activité à faire le mal pour le seul plaisir ^e faire le mal ouvre un vaste champ à l'influence sacerdotale, toutes les religions Ihéocratiques ont accrédité ^^ foi aux démons, en leur opposant les bons anges.

Cette doctrine est chère aux prêtres de l'Egypte, aux ^''^hmanes de l'Inde, aux mages de la Perse ; et nous ^^yons que les Hébreux ne manquèrent pas de s'initier * ï^ doctrine des hiérarchies d'anges et de démons lors de '^ captivité de Babylone.

Jésus lui-même, dans l'évangile de saint Mathieu, nous ^^t montré soumis aux tentations de Satan qui, par sa Puissance de thaumaturge, l'enlève sur une haute mon- ^^gne d'où il lui fait embrasser d'une seule vue tous les ^^yaumesde la terre, laquelle pourtant est ronde comme ^*>acun sait. j{h' Adore-moi, et tout cela t'appartiendra », ^ît Satan aiiiD^j}^ Marie; et celui-ci oppose au tentateur '^ texte de la loi tnosaïque prescrivant de n'adorer que ûieu seul. /

D'autre part, quand Jésus sent les afl'res de la mort Pï'ochaine, un ange vient consoler sa douleur et le réconforter au jardin des olives.

De même que Dieu députa un ange près de Jésus

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pour l'assister dans ses angoisses, des anges sont envoyé! i (ous les chréliens pour être les ministres de leur salut. Chacun. Jès sa prime enfance, a son ange gardien qu'il doit resjvecteret dont il doit suivre les inspirations à l'enconlrv Je colles du démon tentateur.

L« mal est que souvent on risque de prendre pour wi «ris de son bon ange les perfides suggestions du 4i^«. Raison de plus d'avoir un prêtre pour directeur 4* s* conscience et de lui obéir, si nous voulons qu'à la ^Mvi^re heure notre àme soit portée au ciel par notre kea ange, au lieu d'être emportée aux enfers par le

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