LES IMAGES VISUELLES
< Pain » — « Image d’une boutique de boulanger; j’ai cherché un pain, et j'ai dit : Croissant. »
Avec les tâches III et IV, la majorité des images visuelles représentent à la fois l’inducteur et l’induit. Cette particularité est des plus favorables à la recherche. Où elle ne se produit pas, les réactions sont souvent fausses. Ainsi les épreuves incorrectes du sujet II dans les séries de la tâche III sont caractérisées pour la plupart par la présence d’images représentant le tout et non la partie. Selon que la recherche est dirigée vers le tout (tâche III) ou vers la partie (tâche IV), l’image change d’aspect. S'agit-il de trouver le tout ? Les épreuves où les sujets ont une image visuelle claire de la partie inductrice forment une majorité absolue, à l’intérieur de laquelle il y a encore une majorité relative de cas où la totalité induite est elle-même clairement représentée (363). S'agit-il de trouver la partie ? Ici la majorité absolue des réactions est constituée par les épreuves dans lesquelles les sujets visualisent nettement le tout inducteur (majorité plus faible que la précédente, parce qu’il est plus difficile de se représenter le tout que de se représenter la partie) et, parmi elles, les cas où la partie induite est clairement représentée l’emportent sur les cas, séparément envisagés, où elle ne l’est qu’obscurément et où elle ne l’est pas du tout (365). Il est visible que, pour chaque groupe, la première particularité dépend de la tendance reproductrice éveillée par l’inducteur et par conséquent de l’association, la seconde, de la direction générale de la recherche, c’est-à-dire de la tâche.
D'autre part, dans le fait que l’une et l’autre ne se présentent pas toujours et ne sont pas absolument nécessaires pour que la réaction soit correcte, on peut voir la preuve du rôle simplement auxiliaire de l’image visuelle. Le sujet I observe, à propos des épreuves où
la consigne était de trouver la partie, que le mot de réaction est découvert au moyen de l’image et qu’en général, mais non pas toujours, il correspond à la partie accentuée. Les réactions verbales du sujet III sont souvent introduites par des tendances reproductrices d’une autre sorte que celle qui sort directement de limage. Des déclarations un peu confuses de cet observateur, il semble résulter que, dans ce cas, c’est le sens ou, comme il dit, le concept qui détermine la réaction. « Le concept peut devenir aussi net et plus net >» que l'image et se substituer plus ou moins à elle dans la découverte de l’induit (366). En définitive, le rôle de l’image consisterait, selon Watt, soit à servir de point de départ à l’évocation, soit à soutenir certaines tendances reproductrices et à en inhiber certaines autres.
Autre point intéressant à noter : les modifications de l’image pendant la recherche. « Le sujet II a, en général, des images très vives qu’il transforme pour ainsi dire comme une matière plastique et sur les différentes parties desquelles il dirige à volonté son regard. Même des mouvements s’y dessinent et, souvent, le sujet sent qu’il est lui-même dans l’image, à quel endroit, et qu'il s’y est mû (365). » Mêmes modifications, chez le sujet IT, de l’attention ou de l’accentuation de l’image. En s’élargissant, une image visuelle prend parfois une autre signification. Exemple : « Flamme » — « Représentation visuelle d’une flamme isolée, puis une représentation visuelle plus large : Feu. » La plasticité de l’image n'est-elle pas un nouveau signe de son caractère dépendant ? Nous voilà loin, en tous cas, de la théorie qui voit dans les images des clichés immuables conservés dans les magasins du cerveau, et, dans la pensée, une seconde épreuve, affaiblie et décolorée, des représentations sensorielles.
La dépendance des images à l’égard de la pensée est