‹ La Pensée: D'après les recherches expérimentales de H.-J. Watt, de Messer et de BühlerChapitre 4 sur 18 · LES IMAGES VISUELLES · texte numérisé non relu

LES IMAGES VISUELLES

cation; 2° un type mnémonique caractérisé par la prédominance des tendances reproductrices; 3° un type mixte où les deux catégories de tendances sont également fortes ou également faibles.

Quoi qu'il en soit, il n’y a aucune raison sérieuse, pour rendre compte de la sélection qui s’opère parmi les associations, de recourir, à la manière de Wundt, à une faculté spéciale, « la forme active de l’aperception », dont le rôle consisterait « à choisir une des diverses représentations qui se présentent à la conscience ». Cette hypothèse est invérifiable et, de plus, inutile : il n’y a pas de choix, mais une sélection automatique qui dépend, la tâche restant la même, des différences de force et de rapidité entre les tendances reproductrices.

c. — Les images visuelles

Lorsqu’elles contribuent à la réaction, les images sont amenées à la conscience, conformément aux exigences de la tâche à remplir, par des tendances reproductrices et présentent par suite un caractère essentiellement d*pendant.

Considérons d’abord leur structure. Sans doute certaines d’entre elles sont claires et déterminées, mais ce n’est point la règle. Un grand nombre sont signalées par les sujets comme étant obscures, fragmentaires, indéterminées et, par conséquent, générales. Berkeley défiait Locke et les partisans de la théorie des idées abstraites d’imaginer un mouvement qui ne fût ni rapide, ni lent, ni rectiligne, ni curviligne. Les sujets de Watt ont eu fréquemment des représentations de ce genre. Au mot couleuvre, le sujet IIT a « la représentation générale d’un reptile sinueux, non d’un reptile individuel (362). >» Au mot pelage, le sujet I se repré-

sente tout à fait indistinctement la partie supérieure d’un corps fortement garnie de poils, sans savoir à quel animal cela appartenait. Le mot gueule fait surgir la représentation tout à fait obscure d’un animal tout à fait indéfinissable, qui pouvait être aussi bien un bœuf qu’un cheval ou un chien, et dans lequel la tête et la région de la bouche étaient particulièrement accentuées (364. Le mot bouquet évoque l’image obscure d’un bouquet de fleurs. Quelle espèce de fleurs ? Le sujet l’ignore absolument. « Les images sont souvent si obscures que les détails n’en sauraient être reconnus et qu’elles ont une valeur générale. » Dans son Etude expérimentale de l'intelligence, Binet avait cité un grand nombre d'exemples analogues et remarqué qu’ils constituent une réponse au défi de Berkeley. Très prudemment, Watt observe que, dans les cas précédemment cités, l’image était peut-être bien réellement déterminée, encore qu’il soit impossible de le prouver, mais qu’en fait, pour le sujet intéressé, elle avait la valeur d’une image générale. Nous retrouverons ce point un peu plus bas.

La fréquence, le rôle des images visuelles dans l’évocation varient avec les sujets, mais surtout avec les tâches. Ce sont les tâches III et IV qui en ont fait apparaître le plus grand nombre. S'agit-il de trouver un concept surordonné, subordonné ou coordonné ? Limage n’est souvent qu’un accompagnement du mot inducteur, un phénomène accessoire, sans influence sur la marche de l’évocation, soit qu’elle représente l’objet désigné par le mot, soit qu’elle représente quelque chose qui se rapporte à sa signification. Exemple : « Faucille » — « Image d’une paysanne en train de faucher; j'ai vu la main et la faucille. Outil. » D’autres fois, la pensée s’installe en quelque façon dans l’image pour y découvrir l’élément d’une réponse corforme à la fois à la tâche et à l’inducteur. Exemple :

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